Musique Avec Je veux vivre, Faudel retrouve le succès

BRUXELLES Mantes-la-Jolie est un des plus vastes sites de HLM de la grande banlieue parisienne. C'est là que Faudel a grandi. Un enfant beur des cités... Pourtant, quand il en parle, il y a dans ses yeux et dans son sourire tout le soleil de cette Algérie dont il est originaire.

«A Mantes se côtoyaient plus de cent ethnies différentes. C'est un record en Europe. Et je sais que si je n'étais pas né là-bas, je ne serais pas aujourd'hui où je suis. Mantes, c'était un village. Les gens y avaient un vide-ordures sur le palier, une douche à l'intérieur et, pour beaucoup, c'était un luxe extraordinaire. Il y avait les écoles tout à côté, des jardins aux alentours, un Monoprix. Et nous nous connaissions tous. Quand nous rentrions, mes frères et moi - car nous étions sept frères, rien que des mecs, dans la famille - et que maman et papa étaient au marché, on frappait à la porte des voisins, on déposait nos sacs et on allait jouer dehors. En plus, à l'époque de Mitterrand, on a encouragé l'associatif. C'est ainsi qu'on a formé des groupes. Moi, j'ai fait ma première scène à 12 ans. Le maire laissait un local à notre disposition et on pouvait s'amuser entre copains à faire de la musique sans imaginer le moins du monde qu'un jour, cela prendrait des proportions internationales puisqu'aujourd'hui, je tourne dans le Moyen Orient et en Afrique du Nord. Quand je repense à tout ce chemin parcouru, je vous assure que je rêve toujours debout.»

Que s'est-il passé alors dans ces cités pour que les choses changent à ce point? «La première chose, c'est que quand les immigrés sont arrivés, on leur a trop fait sentir qu'on était contre eux. La deuxième, c'est que, souvent, les jeunes beurs, ne se sentent bien nulle part. Ici, on les traite comme des étrangers. Mais quand ils rentrent au pays, on leur fait bien comprendre qu'ils ne sont plus chez eux. Et ça, je l'ai vécu. Même avec ma musique. Là-bas, j'ai eu toutes les critiques de la part des puristes du raï. Il ne faut pas oublier que, pour eux, je suis un Blanc. Par contre, une fois que ça a cartonné, les gens qui me critiquaient avant se sont mis à faire les mêmes choses que moi, à utiliser les mêmes recettes.»

Pourtant, son Algérie, Faudel continue à l'aimer: » Avec mes parents, on y allait régulièrement jusqu'à mes 12 ans. Et je n'y suis retourné que l'an dernier, pour y chanter à l'occasion des cérémonies du quarantième anniversaire de l'Etat. La fête durait trois soirs. Un soir, avec Cheb Mami en vedette. Un soir avec Faudel. Un soir avec Khaled. Et Khaled est venu voir mon spectacle. Il s'est assis à côté de ma mère...» Quand il le raconte, Faudel le savoure encore.

Papa Faudel

Un autre grand bonheur lui est arrivé voici vingt mois: son fils, Enzy.

«Son arrivée a bouleversé ma vie. J'avais eu mon succès à 20 ans, grâce à la chanson Tellement Je t'aime. Puis, on a sorti un album, Samra, qui n'a pas eu le même succès. C'est vrai qu'à l'époque, j'avais dit que j'étais épuisé et que je n'avais plus la force de le défendre comme il le fallait. Mais je crois qu'après avoir vendu deux millions d'albums du premier, je me suis surtout laissé guider par mon entourage et l'erreur fut de faire de cet album la copie conforme du premier. La naissance de mon fils m'a permis de tout bien recadrer. Dans le fond, une carrière, ça n'est pas un sprint: c'est de l'endurance. J'ai donc retroussé les manches. J'ai travaillé directement avec le patron de mon label, Mercury. Il m'a fait écouter des dizaines de maquettes. Qui ne me convenaient pas. Alors, il m'a demandé «Mais qu'est-ce que tu écoutes?» Je lui ai parlé de Zebda, de Manu Tchao, des Négresses Vertes... Il m'a dit: «Alors, on va dans cette direction.» Et là-dessus, la chanson Je veux vivre est arrivée, avec ses accents optimistes qui peuvent, me semble-t-il, aider les jeunes en difficulté. Quand, comme moi, on commence à 16 ans, on pense à l'amour et tous mes textes ne parlaient que de ça. Aujourd'hui, je pense qu'il est bon, à travers des mots simples, de parler davantage en père de famille, en homme responsable. Le titre de mon nouvel album, Un autre soleil, évoque beaucoup de choses pour moi.»

Faudel, CD Un autre soleil, Universal.

© La Dernière Heure 2003