Musique Le rockeur avait accepté de se livrer à Jean-Christophe Rosé, à Los Angeles, en avril 2017. Passionnant. " Johnny Hallyday, la France rock’n’roll", à découvrir ce mercredi soir sur La Une, à 20h35.

Attention : collector. Que l’on soit, ou non, fan de Johnny Hallyday, le reportage de Jean-Christophe Rosé est un véritable exploit, qui, deux heures durant, donne à voir un homme qui n’a plus rien à cacher, plus rien à perdre, plus rien à prouver. Et c’est tout simplement bouleversant.

Les choses, pourtant, avaient plutôt mal commencé : le 27 avril 2017, dans le studio d’enregistrement de Los Angeles où ils se sont donné rendez-vous, l’idole des jeunes affiche sa tête des mauvais jours. Johnny n’a pas envie de parler, comme le souligne, dans un commentaire impeccable, l’acteur Richard Berry. Pourtant, une fois équipé de son micro-cravate, une fois le voyant de la caméra passé au rouge, la bête se réveille. L’œil du professionnel s’allume et le chanteur se met à dérouler le fil de sa vie…

Mélange d’images d’archives et de bouts d’interviews, la voix du chanteur commente et l’on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit là de sa dernière interview. En avril 2017, la déflagration provoquée par l’annonce de son cancer avait eu lieu depuis un mois déjà. L’homme qui lui pose les questions sait dans quel état est Johnny. Les téléspectateurs qui l’écoutent, aussi. Alors, forcément, les mots sont d’autant plus chargés de sens.

“Quand je monte sur scène, je n’ai plus d’appréhensions sur rien”, dit-il. Évoquant son enfance, ce père qu’il n’a connu qu’une fois la gloire acquise, il botte en touche, préférant se souvenir des jours heureux. Comme celui-là, qui le fit découvrir Elvis Presley, presque par hasard, dans une salle de cinéma.

Tout y passe, ensuite : le succès naissant, puis confirmé; les tournées, les nuits blanches, les excès, la déprime, son amitié pour Jacques Brel, avec lequel il refaisait le monde jusqu’au petit matin. "Vivre vite et mourir jeune! Non, mais je suis fou d'avoir dit ça…". Ses yeux, d’un bleu toujours surnaturel, s’embuent parfois, mais le sourire est là, presque tout le temps. Le temps passe, les rides se creusent, Johnny semble intouchable, immortel. “La solitude d’une jeune idole est devenue celle d’un septuagénaire qui redoute le temps qui passe”, dit encore la voix du narrateur. Mais ce sont les mots de Johnny qu’au final, on retiendra. “La maladie, c’est dans la tête. Moi, je vais bien, merci. Je ne conçois pas de finir sans faire le métier que je fais. Ce serait d’un ennui mortel…”