Musique

En ce début d'année, Justin Timberlake fêtait doublement l'arrivée de 2018 : en célébrant son trente-septième anniversaire le 31 janvier, et en publiant son cinquième album juste deux jours après. Si, à l'instar de ses prédécesseurs, ledit disque s'est rapidement hissé parmi les meilleures ventes américaines, avec "Man of the Woods", le kid du Tennessee surprenait néanmoins son petit monde.

D'entrée, le titre de ce nouveau chapitre suscitait en nous des images et des craintes... Voilà soudain que notre Justin Timberlake, éternel golden boy au smoking taillé sur mesure et au sourire Pepsodent, avait des envies de classe verte et des aspirations de garde forestier. Un "homme des bois" que l'on imaginait tel l'Alexander Supertramp du film "Into the Wild", couché sur le toit de son mini-van un pissenlit entre les dents et fredonnant "Cry Me a River" en yaourt. Un court instant, on a même cru à un featuring transgénérationnel avec Eddie Vedder, mais heureusement, il n'en fut rien. Sur une planète musique dominée par la culture hip hop, voilà que Timberlake déterrait le temps d'une quinzaine de pistes les racines folk et soul de sa mémoire et de son répertoire...

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Promenons-nous dans les bois

Entamée en mars sur les terres canadiennes, sa quatrième tournée mondiale faisait escale en Belgique pour deux soirs à guichets fermés cette semaine. Et, ce mardi peu après 21h, sous le vrombissement des basses rutilantes, notre hôte entrait dans la lumière pour sabrer la première. Ambiance bucolique oblige, les décors sont verdoyants et quelques arbustes en constituent la flore, plantés ci et là tout au long d'un catwalk en forme de S qui traverse la salle de part en part. La faune, si elle présente différents espèces ou spécimens, est plutôt féminine, assez adolescente et bardée de couronnes de fleurs à loupiottes qui clignotent. Enfin, dernière invitée, une chaleur implacable règne en les murs du palais. Il faudra payer à la sueur du front chacun de nos pas chassés.

Avec Timberlake, c'est toujours spectaculaire. On garde d'ailleurs sa dernière visite sous nos latitudes comme l'un des souvenirs les plus impressionnant de notre vie de mélomane niveau scénographie. Et de cette scène qui se désoclait pour passer au dessus de nos têtes et poursuivre le show... dans le fond de la salle. Cette fois, le thème forestier laissait sans doute moins de champ à la pirotechnie ou aux effets spéciaux, et ce sont les chorégraphies qui allaient twister la soirée. Car s'il sera bientôt quadragénaire, l'Américain demeure spécialiste en la matière. Avec lui une poignée de danseurs ont ainsi multiplié les tableaux. Auxquels il convient d'ajouter une dizaine de musiciens (batterie, cordes, clavier, cuivres, cordes et percussions) et un écran circulaire en forme de cloche pour y projeter les visuels et images du bellâtre.

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A genoux l'heure de jeu

Pas le moindre doute possible : nous avons affaire à une superstar. Sexy sur les écrans, précis dans ses mouvements, à droite, à gauche, omniprésent, l'ancien poulain de la maison Disney est un meneur de revue hors-pair. Nous sert un "Señorita" pianoté, s'improvise charmeur de pied de micro sur l'excellent "Suit&tie", ou chatouille la MPC pour nous faire remuer des hanches aux doigts de pied. Les tubes s'enchaînent et, dans son répertoire, ils sont légions. L'imparable "SexyBack" fait grimper le mercure, puis l'excellent "Mirror" finit en chorale populaire et à genoux à l'heure de jeu.

"On a déjà fait une quarataine de dates depuis le début du Man of the Wood Tour… Et vous êtes la foule la plus bruyante" nous ment-il allègrement. Avant d'ajouter : "Et ce qui est super, c'est qu'on a le droit de recommencer demain", évoquant sa seconde prestation sold out à venir ce mercredi soir. Toujours dans cet esprit de proximité rurale, Timberlake sert alors un verre à ses complices de planches et s'offre une pause pour trinquer, avant que ne s'improvise une jam session autour d'un feu de camp allumé au centre de la salle. Si l'on ne commentera pas le petit film consacré à l'amour avec un grand A diffusé (pour permettre à l'équipe en piste de se changer), on se souviendra avec le sourire des reprises acoustiques façon scouts des Beatles ("Come Together"), Fleetwood Mac ("Dreams"), Lauryn Hill ("Ex-Factor") et John Denver (l'épique "Thank God I'm a Country Boy"). Et des derniers élans festifs de "Rock Your Body" ou du final "Can't Stop the Feeling". Justin est dans les bois mais il est là… Des entertainers, Timberlake reste le roi.