Musique Avec Le bruit de mon âme, son nouvel album, Kaaris défonce le rap français.

"Le rap fait toujours aussi peur aux médias et aux gens, un peu comme le rock à son époque, confie le rappeur ivoirien (originaire de Sevran), Kaaris. Mais je sais que les Belges kiffent le rap et ça fait plaisir. Preuve que ce n’est pas que des gens de la rue qui l’écoutent, c’est pour tout le monde, c’est indéniable."

À 35 ans et après le succès d’Or Noir (plus de 100.000 ventes), le rappeur le plus sombre de France est de retour. Avec Le bruit de mon âme ("tu rajoutes un r et ça fait le bruit de mon arme"), Kaaris est devenu en près de 20 ans de carrière un acteur incontournable de la scène rap française. Le bruit de son âme ? "La liberté, insiste celui qui nous appelle "frérot" au téléphone. Le mal est partout car il est en chacun de nous. Si on n’éduque pas bien les gens, qu’on ne leur dit pas de ne pas faire cela, ils vont le faire. C’est le problème des humains d’aujourd’hui."

Même s’il ne l’avoue qu’à demi-mot, Kaaris - qui collabore sur ce deuxième disque avec Lacrim, Blacko ou Future ( le superbe Crystal) - est un rappeur engagé. "Je ne le cherche pas. Ma musique est avant tout du divertissement mais il arrive que je parle parfois de moi. Je parle de ce que je connais, je ne me prends pas la tête. Il faut s’amuser car on ne sait pas la chance qu’on a d’être libre. Faut profiter de la vie sans aller dans l’excès. Le premier message est celui-là, de rassembler les gens, de les faire kiffer. Je ne cherche pas à les éduquer pour autant car l’école et les livres sont bien plus forts que moi pour ça."

Surtout quand on sait que le rap véhicule de nombreuses idées reçues, selon le rappeur du neuf trois ou plutôt du 80 Zetrei. "Du son dur et des paroles dures voire provocantes, certes, mais si je parle de Pablo Escobar dans mes chansons, c’est tout simplement parce que la drogue est le fantasme de tous les jeunes du monde. Pas uniquement de ceux du quartier. Mais ce n’est pas la vraie vie !"

Connu pour ses clashs violents avec Booba, autre figure marquante de la scène rap avec qui il a déjà collaboré (sur Kalash notamment), Kaaris s’en défend. "La base du rap, c’est un mec face à un mec qui font un clash. Ce n’est pas méchant, c’est juste que quand je compose, j’écris comme si j’avais un mec en face de moi. D’où des morceaux parfois très lourds et qui balancent la sauce. Mais les clashs réels n’aident pas à la musique, au contraire."

Celui qui se dit fier de ce qu’il est et fait aujourd’hui, rappelle que le rap est revenu au-devant de la scène (des millions de vues sur YouTube !) et des discussions de la société grâce à internet. "Le rap hardcore reprend ses lettres de noblesse. On a dû passer par du rap un peu light pour pouvoir passer en radio mais là, on l’a remis au goût du jour."


Le bruit de l’âme (Universal) et Kaaris sera en concert ce 4 avril en Belgique.