Musique

Il y a quelques semaines, Salvador Sobral était presque un parfait inconnu en attente d'une greffe de cœur. Samedi à Kiev, l'artiste portugais de 27 ans a offert à son pays son premier sacre à l'Eurovision grâce au charme d'une voix de crooner épurée de tout artifice. Petit frère d'une chanteuse à succès, Luisa Sobral, le jeune homme issu de la bourgeoisie lisboète cache une certaine fragilité, symbolisée par une voix fluette couplée à une sévère insuffisance cardiaque ne l'éloignant jamais plus de deux semaines de ses médecins. "Ma maladie, même si on ne peut pas la guérir totalement, c'est un petit problème en vérité, certainement le seul que j'ai dans ma vie", dédramatisait avant son départ en Ukraine le chanteur, toujours en attente d'une greffe de cœur, le sien étant trop gros pour son corps. Pour des raisons de santé, il n'avait exceptionnellement pas pris part en début de semaine aux répétitions organisées au centre d'exposition international de Kiev, laissant la place à sa sœur.

Après sa demi-finale mardi, il arborait en conférence de presse un pull en soutien aux réfugiés. "Quand j'ai su que j'allais participer à l'Eurovision j'ai tout de suite pensé à eux, parce qu'ils quittent leur pays pour échapper à la mort. Ces personnes ne sont pas de simples immigrés", déclarait-il.

Repéré en 2009 dans la version portugaise du télé-crochet "American Idol", comme sa sœur quelques années auparavant, le jeune homme tout juste majeur avait mal vécu son exposition médiatique et s'était arrêté de chanter peu après sa sortie de l'émission. En 2011, il quitte le Portugal pour les Baléares et un Erasmus de psychologie. Sur les îles espagnoles, il plonge dans la drogue et consomme régulièrement des champignons hallucinogènes.

Peu à peu, il remonte la pente et commence à se produire dans les bars et hôtels de Majorque. "C'était dur de chanter tous les soirs jusqu'à minuit mais ça en valait la peine, je pensais rester sur l'île mais quand j'ai vu qu'il ne s'y passait rien l'hiver j'ai compris qu'il fallait prendre une décision", confiait-il avant de s'envoler pour l'Ukraine. Il rejoint alors Barcelone afin d'y étudier le jazz et parfaire sa voix. C'est dans la cité catalane qu'il découvre les compositions du trompettiste et chanteur au timbre particulier Chet Baker, aujourd'hui sa plus grande inspiration musicale.