Musique Le chanteur français présentera ses Carnets de bord ce soir à Charleroi et demain à Bruxelles...

BRUXELLES Bernard Lavilliers a écrit toutes ses chansons au cours de ses nombreux voyages. Cette fois encore, il a emmené ses carnets de bord pour y écrire tout ce qui l'a sensibilisé. "J'apprécie ce boulot", avoue-t-il. "J'emmène toujours des carnets avec moi où j'y inscrit mes notes, des rendez-vous précis."

Au travers de son dernier album, Bernard Lavilliers nous fait découvrir les continents au sujet desquels il a écrit quelques notes et, surtout, de superbes chansons. "Au Brésil, j'ai réalisé quelques maquettes", confirme-t-il. "A New York, c'était plus sérieux avec Mino Cinelu qui m'avait accompagné lors de ma précédente tournée. Et puis j'ai aussi enregistré à Kingston au studio Tuff Gong que je connais bien..."

C'est précisément là où le chanteur enregistra le célèbre Melody tempo harmony avec Jimmy Cliff. Bernard Lavilliers n'a jamais dérogé à ses principes. Le chanteur parle de choses qui lui tiennent à coeur avec des vibrations personnelles que l'auditeur s'approprie rapidement. Le titre Guitar Song illustre la relation que le chanteur entretient avec sa six cordes. "Ma guitare a changé toute ma vie", avoue-t-il. "Elle m'accompagne partout où je vais. J'ai une relation très sensuelle avec elle puisqu'elle est toujours posée sur mes genoux. Je l'emporte dans mes bagages même quand je n'ai pas de valises. J'aurais pu écrire cette chanson plus tôt mais ce n'était pas aussi bien. Comme le disait Jacques Brel, ce sont nos moins mauvaises chansons que les gens écoutent..."

Bernard Lavilliers ne manque, en effet, pas de références, de repères. La mort du Che, véritable ode à Ernesto Che Guevara pour lequel il voue une profonde admiration, le prouve. "J'ai voyagé en Bolivie pour essayer de comprendre sa cause", poursuit-il. "J'ai constaté qu'il avait été largué par tout le monde. Il me manque car il n'existe plus de personnes aussi incorruptibles que lui. Che Guevara possédait une intelligence brillante. Je ne l'aurais jamais imaginé ventripotent. Il est, à mes yeux, une sorte de Robin des Bois sur le tard."

Les carnets de bords de Lavilliers sont très colorés. Il n'a d'ailleurs pas hésité à demander le concours de Cesaria Evora et de Tiken Jah Fakoly pour s'imprégner du métissage culturel des régions qu'il a visitées. "La présence de Césaria Evora sur Elle chante est un véritable cadeau", s'exclame le Français. "Un soir, je me suis rendu à son concert. J'avais écrit cette chanson pour elle. Je voulais qu'elle l'écoute. Je lui ai traduit en portugais et ça l'a beaucoup touché. Elle a donc accepté de répondre en portugais à ce que je lui chante en français. Il y a une odeur du Cap Vert qui s'échappe de ce morceau. Cette terre qui ressemble à une grande piste volcanique et qui dégage une énorme mélancolie, une sorte de blues..."

Mais il n'y a pas besoin de voyager si loin pour être sensibilisé par le discours engagé du chanteur français. Question de peau dénonce aussi les conditions de vie des clandestins. "Ils sont sur le qui-vive", raconte-t-il. "Ils sont toujours susceptibles d'être pris dans la rue, d'être exploité par des patrons sans scrupule pour un minable boulot payé en noir. Cette chanson raconte la différence qui existe entre un pays démocratique et riche ce qu'ils vivent..." Et puis il y a aussi cette magistrale interprétation de L'été qui a déjà inondé nos ondes radiophoniques. "C'est un tube brésilien sur lequel j'ai collé mes textes", avoue Bernard Lavilliers. "C'est l'histoire de Carmen. D'un amour déchirant car il y en a toujours un qui croit que ça continue alors que ce n'est qu'un coup de soleil..."

Si l'envie de vous laisser bercer sur les vagues de ses voyages vous prend, Bernard Lavilliers fera escale ce soir au Palais des Beaux Arts à Charleroi (071/31.12.12) ou demain au Cirque Royal à Bruxelles (02/218.20.15).

Bernard Lavilliers, Carnets de bord, (Universal).

© La Dernière Heure 2005