Musique La chanteuse fête ses 60 ans aujourd’hui. Il y a tout juste 40 ans, elle gagnait l’Eurovision.

Ça commence par quelques mots de Brel, "Ne me quitte pas", qu’elle chante à l’orgue, dans le restaurant de ses parents. Comme un clin d’œil à la Belgique, avec laquelle elle entretient des liens particuliers. Car Marie Myriam, qui, voici quarante ans, offrait à la France sa dernière victoire à l’Eurovision, est née au Congo belge, à Luluabourg - aujourd’hui Kananga - le 8 mai 1957. Ces premiers souvenirs, et tant d’autres, elle les raconte dans un livre qui vient de sortir, La fille du Ribatejo. Interview.

Vous fêtez vos soixante ans aujourd’hui. Dans quelle France aviez-vous envie de vous réveiller ?

"Oh la la, certainement pas l’extrême droite ! On ne se rend pas compte, en France, que nous sommes gâtés de tant de liberté. Il faut vraiment faire appel à sa mémoire, et être sage."

Dans votre livre, vous racontez comme l’hebdomadaire d’extrême droite Minute vous avait attaquée au moment de l’Eurovision, en 1977

"C’était d’une violence ! On parlait de mon ‘ petit filet de voix ’, de ma mère ‘ femme de ménage ’ et de ‘Kananga, au Portugal’ . Le journaliste n’était même pas foutu de savoir que ça se trouvait au Congo. J’ai été très touchée parce que je ne m’y attendais pas. Je me cache plutôt des médias, je n’ai pas cette fougue qu’il faut pour se défendre vis-à-vis des médias. Cette agressivité, ça tue les gens comme moi."

Le fait d’avoir à revenir sur votre passé a été douloureux, parfois ?

"Oui. Je l’ai écrit avec un ami journaliste. Seule, je n’aurais pas pu. C’est parfois difficile de se livrer, mais en me relisant, je me suis rendu compte qu’écrire, ça faisait un bien fou. C’est une thérapie, il n’y a rien de mieux. Bien sûr, ça n’enlève pas la peine du départ de mon papa ou de mon mari… Mon père, encore, c’était une longue maladie, on a pu se dire adieu. Mais Michel, mon mari pendant 35 ans, même pas : il a dit ‘Je suis fatigué’ et il est mort…"

Quarante ans après votre victoire à l’Eurovision, l’une de vos plus grande fiertés, c’est que L’oiseau et l’enfant soit encore apprise aux enfants d’aujourd’hui ?

"Ma plus grande fierté, ce sont mes enfants. C’est la plus belle chose que j’ai faite, de toute ma vie. Après ça, oui, je suis très fière de cette chanson. Et je ne suis jamais fatiguée qu’on m’en parle, je suis très fière d’avoir gagné pour la France."

En plus du livre, votre actualité, c’est aussi un double album. Le succès de L’oiseau et l’enfant n’a pas porté une ombre trop grande sur les autres chansons ?

"Non, il y a beaucoup d’autres titres que les gens reprennent avec moi lorsque je chante : c’est le cas de Sentimentale , de Tout est pardonné , d’ Aime-moi . Non, ça n’a rien empêché. Sur ce double album, on a mis des chansons qui n’étaient jamais sorties, comme Coup de blush , la reprise des Carpenters. Et des inédits : le duo avec Jean-Louis Murat, un autre avec Nazare Pereira…"

Marie Myriam, La fille du Ribatejo, L’archipel (livre) et 40 ans de carrière (2 DC, SMPC)