Musique En marge de sa biographie et de son nouveau disque surréaliste, le Grand Jojo nous refait l’album… de sa vie.

"Le titre de mon album est volontairement dérisoire, explique Jules Vanobbergen de son vrai nom. Tout va très bien alors que pas vraiment, c’est juste qu’on veut rester optimiste." Une image festive tout en sachant qu’il y a des problèmes, telle est la marque de fabrique de l’interprète de (Chef, un p’tit verre) on a soif ! "Le secret d’une bonne chanson est son surréalisme, poursuit ce fan des Marx Brothers et des films à la Leslie Nielsen (Y a-t-il un pilote dans l’avion ?). Je mets en chanson la dérision comme ce que peindrait Magritte sur ses toiles. Je vois tout de travers."

Il est vrai qu’entre son cocktail royal youplaboum (fait de jus de citron, viagra, etc. : la recette de son éternelle jeunesse), ses critiques parodiques d’internet (Info ou Intox, ma tête dans un juke-box), de Napoléon (le premier exilé fiscal), de la télé-réalité (Un amour dans le pré "un taureau chante Meuh Meuh devant une vache qui rit") ou des syndicats (le double sens de La ferme), le Magritte de la chanson belge donnerait presque l’impression de pas avoir toutes ses frites dans le même sachet.

À bientôt 80 ans et avec une BD qui raconte ses chansons engagées, celui qui a son avatar dans les Simpsons n’est pas près de s’arrêter en si bon chemin. "Comme me disait Henri Salvador qui a vécu en pleine forme jusqu’à ses 90 ans, le secret de longévité est d’avoir ses heures de sommeil pour recharger ses batteries. Je me couche à 22 h et me lève à 8 h, confie l’artiste nommé chevalier de l’ordre de Léopold et qui sera fait en ce jour citoyen d’honneur de la ville de Bruxelles (avec un Manneken Pis déguisé en Jules César pour l’occasion et qui… pissera de la bière !). Mais je ne ronfle pas (sourires) !" Pour le plus grand bonheur de sa femme avec qui il partage déjà 10 ans de mariage. "J’avais deux fantasmes, plus jeune : Dalida et Mireille Darc. Un jour je vois Mireille Darc, celle qui est devenue ma femme. Et c’est alors qu’elle me dit : Tu me prends pour Mireille Darc mais je ne veux surtout pas que tu te prennes pour Alain Delon, hein ! (sourires) "

Son épouse est aussi celle qui lui aura permis de traverser de mauvais moments (la perte de sa première femme comme de sa fille unique). "Elle m’a remis sur les rails, comme il explique en long et en large dans sa biographie écrite par Brice Depasse. De sa jeunesse "à la Quick et Flupke" où il jouait encore dans les rues, à ses vacances à vélo à la mer en passant par son premier look "ringard de loubard", ses rencontres avec Annie Cordy (sa voisine) et Carlos (son interprétation culte de Jules César en version Cage aux folles) ou encore son accident miraculeux d’hélicoptère. Sans oublier son amour incommensurable pour nos Diables Rouges. Mais pas question de refaire le titre Olé Olé une troisième fois après Mexico et le Brésil. "Je laisse la place aux jeunes, insiste l’interprète de Victor le footballiste. Après avoir été dans plus de 80 pays et traduit dans presque autant de langues, je suis conscient que je ne ferai plus jamais un tel succès."

Ce festif mais pas buveur pour une goutte ne se rend d’ailleurs plus au stade. "Je ne vais plus aux matchs, confesse ce fervent supporter d’Anderlecht. J’ai très peur des mouvements de foule. Les gens me voient, me jettent en l’air. Ou ils me prennent et me mettent dans un bistro avec 15 verres de bière devant moi et je ne sais pas comment les boire. Je suis souvent pris dans un délire de masse que je ne tiens plus."

Tout va très bien (Universal) et le Grand Jojo refait son cirque, le 12 mars 2016 au Cirque Royal de Bruxelles.