Musique Les Anversois étaient l'attraction du Pukkelpop. Un concert plaisant à défaut d'être entièrement convaincant

KIEWIT «Rien ne sert de comparer à dEUS les groupes belges qui marchent aujourd'hui comme Ghinzu, Girls In Hawaii ou Ozark Henry. Les Anversois ont placé la barre tellement haut que cette analyse sera toujours défavorable aux autres formations.»

Voilà ce que nous disait un responsable belge d'une firme de disques (concurrente à celle de dEUS) croisé ce vendredi après-midi dans le backstage du Pukkelpop. Un backstage qui était déjà imprégné d'une ambiance particulière. Mannequins, artistes pseudo-alternatifs, comédiens, bekende Vlamingen, amis, ceux qui croient l'être, happy fews... Tout ce que le petit monde flamand compte comme people branchés s'était donné rendez-vous en terres limbourgeoises pour assister au grand retour de dEUS.

Le dernier concert de Tom Barman et de son groupe en Belgique remonte à 2002 avec une prestation unique (mais pas inoubliable) à Werchter. Hormis la compilation No more loud music parue le 17 novembre 2001, dEUS n'a plus sorti de disque studio depuis Ideal crash en 1999 qui allait littéralement propulser le combo anversois au firmament de la scène rock européenne. Après les albums du bassiste Danny Mommens et son groupe new-wave Vive La Fête, après Any way the wind blows, premier long métrage de Tom Barman en forme d'ode déjantée à sa ville natale d'Anvers, après les dj sets dans les clubs trendy, les prestations intimistes en acoustique et le projet électro Magnus avec CJ Bolland (qu'on a vu jeudi au Pukkelpop), dEUS a sonné la fin de la récréation. Un nouveau single, If you don't get what you want est disponible en téléchargement sur le site officiel du groupe (www.deus.be) et l'album, enregistré dans le nord de la France au printemps dernier, devrait être dans les bacs au mois de janvier prochain.

dEUS a donc choisi le fesival limbourgeois pour sceller les retrouvailles avec son public. Sans prendre le temps de respirer, dEUS lance les (d)ébats avec Theme for turnpike, rock crépusculaire qui clôturait jadis leurs prestations. La boucle est bouclée... Le son flotte un peu. Danny Mommens rate son entrée à la basse et se fait tancer par son leader. Tom Barman est impérial. Comme d'habitude serait-on tenté d'écrire. Pour donner davantage d'effets à sa voix, il chante avec deux micros. Il est plus concentré que lorrsque nous l'avons vu la veille avec Magnus. Plus tendu aussi. On le constatera encore plus tard au travers de ses regards sévères vers les musiciens ou les ingénieurs du son lorsqu'un grain de sable vient enrayer la machine.

Le concert est livré en forme de best of. Suds & soda, qui a provoqué l'hystérie pendant dix ans, est placé en milieu de concert sans le moindre artifice.

Instant street, tiré de l'album Ideal crash, est beaucoup mieux réussi.

Lancé en acoustique, le morceau prend toute son ampleur lorsque les guitares de Tom Barman et celles de Craig Ward (an ventre de plus en plus bedonnant) s'envolent dans un crescendo irrésistible. Little arithmetics, Roses ou encore la magnifique ballade Nothing really ends ont aussi été sélectionnés dans le répertoire.

Quant aux nouveaux morceaux, il est difficile de se prononcer. C'est du dEUS sans conteste. Avec toujours cette démarche qui consiste à partir d'un format pop pour casser ensuite toutes les structures dans une sorte de chaos planifié. Le single If you don't get what you want sera gardé pour le rappel. Sun Ra et une composition qu'on baptisera, dans le doute, Cold sun n'accrochent pas avec une seule écoute. La ballade Seven days, seven weeks, par contre, fait mouche d'emblée. Elle devrait fort logiquement être choisie comme prochain single.

En fait, cette prestation, agréable, passionnante mais pas assez extravagante à notre goût, pose davantage de questions qu'elle n'y répond.

Porté à bouts de bras par un Tom Barman plus charismatique que jamais (toutes les sistas que nous connaissons en sont bleues!), dEUS repart sur les routes. Il a déjà trouvé ses marques notamment dans le chef du nouveau batteur Stéphane Misseghers. Il a planté ses repères mais est encore loin des sommets proposés lors de la tournée Ideal crash. Peut-être qu'à force de se disperser dans de passionnantes projets parallèles, les membres de la formation en sont venus à en oublier ce qui les unissait comme les doigts de la main voici cinq ans.

© La Dernière Heure 2004