Musique

Johnny Clegg sera en concert exceptionnel le 1er juillet à Couleur Café

BRUXELLES Il a marqué une époque. Celle de l'apartheid en Afrique du Sud. Il a incarné un style de musique. La pop rock baignée de rythmes africains. Johnny Clegg reste encore pour beaucoup ce Zoulou blanc ayant été capable de diffuser aux quatre coins du monde des chants porteurs d'espoir pour les victimes de la ségrégation raciale dans son pays.

À son tableau de chasse, Jonathan (son vrai prénom) Clegg épingle quelques titres phares des années 80 et du début des années 90. Asimbonanga, Impi, Cruel crazy beautiful world et le démonstratif Scatterlings of Africa résonnent dans toutes les têtes. Même si son succès s'est fait plus discret, Johnny Clegg ne s'est pas retiré de la scène pour autant. À 54 ans, il sort un nouvel album, One Life, et sera surtout au festival Couleur Café ce 1er juillet. Nostalgie garantie.

Considérez-vous avoir été l'un des artisans de la chute de l'apartheid ?

"C'est une question difficile. Des gens me le disent. Mais j'étais d'abord quelqu'un qui tentait tout simplement de bâtir des ponts entre les Noirs et les Blancs, dans une Afrique du Sud où le mélange des cultures était interdit par la loi. J'ai contourné les lois. Et j'ai propagé cette idée de ce que le mélange des cultures pouvait donner comme résultat. Cela a certainement eu un effet sur ce qui s'est passé d'un point de vue politique."

Quels souvenirs heureux gardez-vous de cette sombre période ?

"On était en totale connexion avec les bidonvilles, partout en Afrique du Sud. À cette époque, ce qui me rendait le plus heureux, ce sont ces Noirs qui m'encourageaient à poursuivre mon combat contre vents et marées. À côté, il y avait des étudiants blancs qui me disaient exactement la même chose. Quand j'y repense aujourd'hui, je me rends compte que ces paroles sont des souvenirs très marquants."

Des moments difficiles ?

"J'ai perdu des amis, morts dans les violences. Des membres de mes groupes ont été assassinés. Pendant nos concerts, nous étions pourchassés par la police. Ce n'était pas facile."

Quel regard portez-vous sur l'Afrique du Sud d'aujourd'hui ?

"Je pense avoir un avis que beaucoup de gens partagent. La politique du gouvernement par rapport à la lutte contre le sida est inacceptable. Idem pour le niveau de violence... D'un autre côté, sur le plan économique, la relance est très bonne. Les infrastructures sont d'un excellent niveau."

Il était prévu, pour One Life, que vous enregistreriez une version en anglais de la chanson de Renaud en hommage à Ingrid Betancourt...

"Ce projet n'a pas marché. Ma version n'était pas bonne et donc je l'ai abandonnée. Parfois ça fonctionne, parfois non."

Vous chantez malgré tout en français sur cet album...

"Je parle un peu le français. Et à mon public français qui a toujours très bien accueilli mes chansons en anglo-zoulou, je voulais lui dédier un morceau. Je pense que dans chaque nouvel album, je chanterai dans une nouvelle langue. En français, en russe, en chinois... J'ai toujours été intéressé par les autres cultures."

Vous avez écrit une très belle chanson sur les enfants soldats. En avez-vous rencontrés ?

"Tout à fait. Quand on les voit, on se dit que les adultes leur ont volé leur enfance. Une enfance qui a été carrément détruite. Même la promesse qu'on leur a faite sur ce que le monde peut leur apporter s'est également envolée."

Le public de Couleur Café aura-t-il droit à vos danses si particulières ?

"À beaucoup de danses ! Ce sera un show très physique, très visuel, avec un nouveau groupe parmi lequel deux anciens membres de Savuka. Les gens pensent qu'à 50 ans, je ne suis plus capable de danser. Mais si, je danse ! Je danse tous les jours et les week-ends avec mon école zouloue."

Johnny Clegg, One Life (Harmonia Mundi). Le 1er juillet(18 h 30) à Couleur Café (Tour et Taxis).



© La Dernière Heure 2007