Musique

Aussi incroyable que cela puisse paraître, les fans des Guns N' Roses en ont eu pour leur argent samedi soir sur la plaine de Werchter. A 91 et 156 euros la place, le pari était pourtant loin d’être gagné. Annoncé à la surprise générale fin 2015, ce “Not in this lifetime Tour” ressemblait davantage à un gros attrape-fans lucratif qu’à la réunion sincère des membres du groupe, en guerre ouverte depuis vingt ans.

Trois millions de dollars par concert

Initialement, il est donc bien question de gros sous dans cette histoire. Les deux concerts exceptionnels donnés par les "Guns" en janvier 2016 au festival de Coachella (Californie) leur auraient rapporté la somme sympathique de 14 millions de dollars. La tournée qui a suivi et qui les a déjà vus passer par l’Amérique du Nord, du Sud, l’Asie et l’Océanie avant de s’arrêter en Europe, est évaluée à plus de cent millions de dollars de bénéfices et offrirait contractuellement à Axl, Slash, Duff et compagnie un cachet de trois millions de dollars par concert. Le juste prix, sans doute, pour oublier les brouilles du passé, et rejouer l’unité.

© Coachella

Affreux, sales et ponctuels

Probablement motivés par ce joli “per diem”, les gaillards montent sur scène pile à l’heure samedi soir. Un exploit, quand on sait que ces sales gamins mal élevés avaient la fâcheuse habitude de faire patienter leur public pendant des heures pour s’enfiler des rails de coke dans leur loge, fin des années 80.

A 21H09, les deux Colts gigantesques qui trônent sur les écrans géants tirent quelques coups de semonce. Une minute plus tard, les employés engagés par le groupe pour la tournée prennent possession de la batterie, des claviers et de la guitare rythmique, avant que n’arrive le moment magique: la montée sur scène de Duff McKagan (basse), Slash (guitare) et Axl Rose (chant, piano), les trois membres restants de la formation originale. La scène est tellement surréaliste que les choses se passent trop vite. Blouson de cuir, jeans troué et chemise à carreaux autour de la taille, Axl court dans tous les sens en martelant “Its So Easy”. Slash est juste derrière, chevelure saillante et haut-de-forme sur la tête. Plus de vingt ans après leur séparation, les mecs ont pris un peu de poids mais pas une ride, et donnent à leurs fans exactement ce qu’ils attendaient: une plongée immédiate et frénétique dans les Guns and Roses des années 80.


Musicalement impeccable

Suivent rapidement Mr. Brownstone, Chinese Democracy (que Slash – bon prince – accepte de jouer alors qu’il n’y a pas contribué) et enfin Welcome to the Jungle que les 60.000 spectateurs présents samedi accueillent avec l’excitation qui sied aux grands moments. Essentiellement masculin, baraqué et tout de cuir ou de jean vêtu, le public chante, pardon... hurle le refrain éponyme et finit presque par masquer la voix d’Axl. Vocalement, le rouquin au bandana rouge est d'ailleurs pratiquement au niveau d’antan. Sa tournée avec ACDC avait déjà montré qu’il savait encore chanter, et s’il monte un peu moins dans les aigus, Rose assure, parcourt la scène comme à la belle époque et multiplie les poses qui ont fait sa gloire.

Tout aussi visible grâce à une scénographie gigantesque qui permet à chacun des membres du groupe de prendre la pose sans être dérangé, Slash prouve à quiconque pouvait encore en douter, qu’il reste l’un des plus grands guitaristes de hard rock de tous les temps et qu’il n’a absolument rien perdu de son talent. Guitare verticale, comme à son habitude, il enchaîne les solos avec une précision chirurgicale et fait littéralement pleurer les fans lorsqu’il enfile sa Gibson à double manche. La complicité entre les membres du groupe n'est pas débordante, mais le show est là, et tous les musiciens semblent y prendre un plaisir communicatif.


Des fans éparpillés

Pendant les trois heures qui suivent, tous les hits des Guns y passent. Live and let Die, You could be mine, Civil War et Coma s’enchaînent en l'espace d'une demi-heure. Survolté, le public a toutefois du mal à s’exprimer puisque les fanatiques du pogo côtoient ci et là des petites familles bien tranquilles. La faute à l’organisation qui a cru bon de mettre un carré VIP hors de prix (156 euros) aux premiers rangs, dispersant les fans durs et moins fortunés du groupe un peu partout dans la plaine. Par moments, on retrouve donc l’ambiance lourde et tendue des anciens concerts des Guns, mais les choses retombent rapidement et la joie d’être présent l’emporte sur l’envie d’aller mettre un gnon au type bourré qui veut absolument venir vous titiller.


Séquence émotion

Passé 23h, Slash et ses amis lancent la séquence “émotion”. Une reprise de Wish you were here (Pink Floyd), November Rain, Black Hole Sun (en hommage à Soundgarden dont le frontman Chris Cornell est décédé il y a quelques semaines) et Knocking On Heaven’s Door font pleurer les grands gamins sensibles qui cachent leurs coeurs tout mous derrière leurs blousons de cuir et leurs tatouages. Ere moderne oblige, les smartphones sont de sortie. Il fût un temps ou Axl serait descendu dans la foule pour donner un coup de boule au moindre photographe amateur, mais l’époque a changé. Tout le monde filme tout aujourd’hui, et le chanteur ne peut décemment pas casser la figure à 60.000 spectateurs qui vivent malheureusement les dernières minutes de ce concert-événement.

Après un show colossal d'intensité, Don’t Cry, The Seeker et un Paradise City d’anthologie viennent enfin finir le travail en beauté. Duff, Slash et Axl se sont sans doute réunis pour l’argent. Mais samedi soir, ils ont livré un show extraordinaire, se donnant sur scène comme peu d'artistes savent encore le faire. Totalement ancrés dans les années 80, les Guns ont par ailleurs rappelé à tout le monde qu’ils étaient les seuls à posséder cet équilibre parfait entre puissance et mélodie, riffs gras et envolées au piano. Du très grand art.


Setlist (Setlist FM)

1. It's So Easy

2. Mr. Brownstone

3. Chinese Democracy

4. Welcome to the Jungle

5. Double Talkin' Jive

6. Better

7. Estranged

8. Live and Let Die

9. Rocket Queen

10. You Could Be Mine

11. Attitude

12. This I Love

13. Civil War

14. Yesterdays

15. Coma

16. Slash Guitar Solo

17. Speak Softly Love (Love Theme From The Godfather)

18. Sweet Child O' Mine

19. Out Ta Get Me

20. Wish You Were Here

21. November Rain

22. Black Hole Sun

23. Knockin' on Heaven's Door

24. Nightrain

25. Don't Cry

26. The Seeker

27. Paradise City