Les Rolling Stones comme vous ne les avez jamais vus

Charles Van Dievort Publié le - Mis à jour le

Musique La galerie Photo House à Bruxelles présente une exposition consacrée au plus grand groupe de rock du monde. Elle montre comment ils se sont transformés entre 1965 et 1975.

Voici plus d’un demi-siècle que les Rolling Stones ne cessent de tourner et de sortir des disques. Bien plus qu’un groupe de rock, Mick Jagger, Keith Richards et les autres sont devenus des légendes. Alors qu’ils s’apprêtent à sortir une réédition Deluxe de leur album Their Satanic Majesties Request à l’occasion de ses 50 ans, ils se voient aussi consacrer une exposition dans la galerie Photo House, à Bruxelles. Celle-ci se concentre sur la décennie 1965-1975 et présente des clichés dont certains sont très connus et d’autres n’ont jamais été montrés en Belgique, voire en Europe.

L’accrochage propose une trentaine de clichés dont certains en grand format. Ils retracent l’évolution physique et l’histoire incroyable du groupe et de ses membres pendant une décennie. "Avoir mis tous ces photographes ensemble est une première, explique David Swaelens Kane, propriétaire des lieux mais aussi du célèbre magazine Photo qu’il a racheté en 2014 avec sa compagne Lady Bacardi, la veuve de l’héritier de l’empire du rhum du même nom. "Ce sont des images qui font partie de l’histoire de l’art mais aussi de la culture populaire de la seconde partie du XXe siècle."

Le cool absolu

Parmi les photographies exposées, la plus célèbre est certainement celle qui illustre la pochette de l’album Their Satanic Majesties Request. Elle est signée par le photographe anglais Michael Cooper qui est décédé en 1973. C’est un des cinq artistes exposés et l’événement s’articule d’ailleurs autour des œuvres de ce dernier. "C’est aussi lui qui a fait la couverture de Sgt. Pepper des Beatles, insiste David Swaelens Kane. Michael Cooper, c’était le photographe du London Swinging dans les années 60 et celui de la transformation des Stones. C’est la première fois qu’il est exposé à Bruxelles. Il a d’ailleurs été très peu exposé en Europe continentale. On présente de très belles photos du concert de Hyde Park donné après la mort de Brian Jones. Il y en a d’autres où on voit Keith, devenu très copain avec Graham Parson, partir prendre de l’acide à Joshua Tree. On les voit ivre de rock’n’roll et de liberté. C’est pour moi l’incarnation du cool absolu."

Ce qui rend incontestablement cette exposition intéressante, outre le fait de pouvoir voir des originaux rares, c’est le fait de découvrir comment en une décennie, entre 1965 et 1975, les Stones se sont transformés. "Cette décennie est non seulement celle où ils ont créé leur légende musicale, mais aussi celles où ils étaient les plus photogéniques. En 1965, l’époque de Satisfaction , ils ont moins des têtes de bambins. L’exposition commence avec des photos de Terry O’Neill de cette époque. Il y a aussi des clichés de Gered Mankowitz qui était le photographe qu’avait choisi Andrew Oldham, le premier manager des Stones. On voit l’évolution du groupe à travers les photos. Quand Allen Klein - qui les a ruinés par la suite - les reprend en main à la fin des années 60, l’entourage des Stones change beaucoup. C’est le cas des filles qui les entourent. Elles sont un peu plus toxiques. C’est l’époque où les Stones ne jouent plus les mauvais garçons comme on leur demandait de le faire mais ils deviennent de mauvais garçons. Ils se font arrêter dans la maison de Keith Richards, leur look devient plus intéressant. C’est le cas pour Keith Richards qui, une fois qu’il est sorti avec Anita Pallenberg, n’est plus le même mec qu’en 1965. Il a une tête de pirate avec des boucles d’oreille, etc. C’est Marianne Faithfull qui a initié Mick Jagger à la lecture de Baudelaire, etc. Et c’est grâce à ces lectures qu’il a écrit Sympathy For The Devil . C’est à cette époque, je trouve, qu’ils sont devenus les plus photogéniques. Ils sont juste beaux."

À partir de 800 euros

Des photographies de Dominic Lamblin et de Bob Gruen complètent l’accrochage proposé par la galerie Photo House. Le premier, considéré comme la nounou des Rolling Stones, les a surtout photographiés en coulisses. On lui doit notamment les photos prises lors du tournage d’un clip d’Angie dont une est exposée à Bruxelles. Le second fait partie des quelques photographes à avoir suivi le groupe sur la route. Il a, entre autres, immortalisé sur pellicule l’incroyable tournée de 1972. À l’époque, les Stones étaient le premier groupe à avoir son propre avion. On lui doit aussi les photos de la tournée de 1975 avec le fameux pénis géant sur scène. Toutes les photos présentées dans cette exposition sont aussi en vente comme c’est toujours le cas dans les galeries. Certaines en grand format sont onéreuses. Comptez pas moins de 3.300 euros pour celle de la pochette de Their Satanic Majesties Request. D’autres, plus petites et en tirage plus important, sont plus accessibles, aux environs de 800 euros. Ça reste une somme mais vous aurez entre les mains une œuvre d’art, voire même un investissement puisque ces originaux pourraient prendre de la valeur au fil du temps.

Their Satanic majesties Request réédité en 3D

© DR

À l’occasion des 50 ans de la sortie de l’album, la maison de disque Universal ressort ce disque avec une reproduction à l’identique de sa pochette en relief.

Il y a 50 ans, en décembre 1967, sortait Their Satanic Majesties Request, le 6e album studio des Stones. Un disque déconcertant pour les fans de la première heure puisque Brian Jones, Mick Jagger et compagnie y délaissent le rythm’n’blues qui a fait leur succès pour se tourner vers une musique plus expérimentale. C’est aussi le premier de la discographie du groupe à être autoproduit. Un demi-siècle plus tard, cet album est cependant régulièrement cité comme une influence majeure par certains groupes phare comme The Damned, Bad Brains, Redd Kross, KISS, Monster Magnet ou encore Arcade Fire.

L’album se distingue aussi par sa pochette. La photo de celle-ci, signée Michael Cooper, est imprimée en relief sur la première édition. Pour parvenir à ce résultat, le photographe avait utilisé un appareil photo très particulier pour l’époque, doté d’une lentille spécialement capable de reproduire du relief, chose extrêmement rare à l’époque. Une originalité qui ne sera pas reprise dans les rééditions suivantes mais que l’on retrouve sur celle qui est sortie ce 22 septembre à l’occasion de l’anniversaire du disque.

Universal propose en effet une version Deluxe en double vinyle ou double Super Audio CD (à la qualité audio haute définition) compatible avec les lecteurs CD traditionnels. Le tout s’accompagne d’une reproduction exacte de la pochette originale du disque.

On retrouve sur cette réédition, les versions mono et stéréo de Their Satanic Majesties Request remasterisées par Bob Ludwig, connu pour avoir travaillé avec les plus grands - dont les Stones - et lauréat de plusieurs Grammy Awards.

"Je voulais être une rock star"

C’est tout sauf un hasard si David Swaelens Kane organise dans sa galerie Photo House, à Bruxelles, une exposition photo consacrée aux Rolling Stones. Ce jet-setter et homme d’affaires belge de 39 ans est d’une part un mordu de photographie - en 2014, avec sa compagne Lady Bacardi, veuve de l’héritier de l’empire du rhum du même nom, il a racheté le prestigieux magazine Photo - et d’autre part, c’est un fan absolu des Stones à propos desquels il est intarissable. "Si je m’appelle David, c’est parce que ma mère était une grande fan de Bowie et il paraît que j’ai été conçu sur Angie ", dit-il en riant.

"Au départ, je voulais être rock star", ajoute-t-il pour parfaire le portrait. "J’ai enregistré un disque à 16 ans, un truc très Stones et Bowie. Mais je n’en ai vendu que 9 exemplaires, principalement aux membres de ma famille. J’ai rapidement compris que je ne serais pas une rock star. À défaut de ça, je me suis dit que j’allais être une rock star dans les affaires. J’ai monté mon premier business à 18 ans."

Dès le départ très impliqué dans tout ce qui touche à la photo et à l’entertainment - il a créé sa première affaire dans le domaine à 20 ans -, il s’est ensuite lancé dans d’autres domaines comme la finance, le médical, l’immobilier, les assurances et la gestion de marques. Mais ses amours de jeunesse ne l’ont jamais quitté.



Charles Van Dievort