Musique L’Américain tutoie Armstrong et Chaplin

BRUXELLES 32e ou 34e album studio ? Bob Dylan opte pour la première réponse, ses biographes pour la seconde. Quoi qu’il en soit, à 65 ans, le songwritter américain, légende vivante s’il en est encore, s’inscrit de plain-pied dans le 21e avec ses Modern Times. S’il avait déjà œuvré après le passage au nouveau millénaire avec Love and Theft, un album (31e ou 33e ? peu importe) couronné par un Grammy dans la catégorie folk.

Septante ans après la première d’un des chefs-d’œuvre de Charlie Chaplin, Robert Allen Zimmerman emprunte ce titre pour mettre en exergue l’une de ses obsessions : le temps. Celui qui passe, qui se déroule, parfois sans que l’on ait la moindre emprise sur lui. Celui-ci, qui patine, qui creuse les rides, affermit les idées et non les sens, a manifestement laissé Bob Dylan dans une bulle. Quarante ans de carrière, soixante-cinq au compteur, et un nouvel album apaisant. Avec une voix moins nasale qu’à son habitude (il chante une octave plus bas), l’Américain met son empreinte ineffaçable dès la première strophe. “Je suis habité par l’écho de la voix de Louis Armstrong”, affirme-t-il même à L’Express, cherchant à dérouter l’auditeur en s’inspirant du grain de la voix et du timbre de la trompette de Satchmo.

Pendant deux mois, Bob Dylan s’est imposé un programme astreignant, répétant pendant cinq heures par jour dans le théâtre de l’Opéra de Poughkeepsie (état de New York), avant de se sentir fin prêt et de rejoindre un studio de Manhattan avec Tony Garnier (basse, violoncelle), George Receli (batterie, percussions), Stu Kimball et Denny Freeman (guitares), Donnie Herron (steel guitar, viole, mandoline).

Si Bruce Springsteen vient de rendre un hommage appuyé à Pete Seeger, Bob Dylan ne renie pas sur cet album cette influence majeure mais il l’associe également au jazz et au blues chanté par les Noirs. Avec dix nouvelles chansons (une seule dure moins de cinq minutes), le natif du Minnesotta berce son auditeur avec des ballades jazzy, des blues ou des chansons folks lentes mais jamais flemmardes. Ain’t Talkin’, Rollin’and Tumblin’sortent du lot ? L’ensemble est en tout cas homogène. La patte du maître.