Les vrais musiciens de Ça plane pour moi

Propos recueillis par Eddy Przybylski Publié le - Mis à jour le

Musique

Ils ne s'étaient plus revus depuis vingt-cinq ans

BRUXELLES Le 29 mai dernier, les juges de la cour d'appel ont décidé que Plastic Bertrand était bel et bien l'interprète du disque Ça plane pour moi , sorti en 1977, alors que, depuis des années, le chanteur Lou, compositeur du disque, prétendait que cette chanson était sortie un peu comme un canular. Il affirmait que la voix du disque était la sienne et que Plastic Bertrand avait été engagé ensuite pour défendre la chanson en télévision, en apportant son énergie et son savoir-faire visuel.

La justice a tranché. Mais Lou prétend toujours être la vraie voix de Ça plane pour moi . Il a contre-attaqué par quelques interviews dans la presse, ces dernières semaines.

Restait à lui demander de prouver ce qu'il avançait et de faire ce que la justice n'a curieusement pas eu l'idée de faire. Car un disque, ça s'enregistre avec des témoins, qu'ils soient musiciens ou techniciens.

En entendant le jugement du mois de mai, Bob Dartsch, 62 ans, Mike Butcher, 54 ans, et John Valcke, 57 ans, n'en revenaient pas. Car eux jurent qu'ils y étaient. Et avec Lou ! Le premier à la batterie, le deuxième comme ingénieur du son (et, accidentellement, comme guitariste car le vrai guitariste convoqué n'est pas venu) et le troisième, qui a fait partie du légendaire Wallace Collection, comme bassiste.

L'enregistrement s'est déroulé pendant l'été 1977. "Un soir" se souviennent-ils. "Et très vite."

Lou : "Deux heures de studio et trois heures dans le bistrot d'à côté".

Le studio était le studio Morgan qui est aujourd'hui le studio Molière. Lou : "C'était la succursale bruxelloise d'un grand studio londonien. Quand Londres était surchargé, les artistes venaient ici. J'ai croisé Abba, dans les couloirs du Morgan. Black Sabbath, aussi."

Et Ça plane pour moi ? "Tout est parti du texte de Pipou qui obligeait à un chant très saccadé, comme le faisaient, en Angleterre, les chanteurs punk alors à la mode. Moi, je n'ai amené au texte que le titre, en référence à une chanson de Michel Delpech, Tu me fais planer. Ce qu'on voulait faire, c'était du pogo-pogo, la danse des punks. Une espèce de pastiche. J'avais trois accords simples, la mi et ré, et des musiciens que j'avais choisis sur mesure. Je ne voulais pas des virtuoses mais des gars un peu sauvages. Une fois en studio, avec ce texte et mes trois accords, je leur ai dit Débrouillez-vous et on l'a fait."

Mike Butcher, l'ingénieur du son, se souvient que, pour accélérer le tempo, il a fait du traficotage de studio : "On a ralenti la chanson puis on l'a repassée en l'accélérant. C'est ça qui a donné un son particulier."

À l'époque, Lou ne connaissait absolument pas Plastic Bertrand : "Dès le début, je ne voulais pas défendre moi-même cette chanson. Ce n'était pas le style qu'on me connaissait. C'est un mois et demi plus tard qu'un journaliste m'a présenté un batteur. À qui j'ai dit qu'on cherchait quelqu'un pour défendre la chanson en télé. Il m'a dit : Bon, je vais le faire. J usqu'en 1981, j'étais en studio pour enregistrer du Plastic Bertrand. Stop ou encore et Sentimentale-moi, c'est aussi ma voix. Plastic, lui, était sur les routes."

Puis ce fut la guerre : "C'était surtout une bagarre triangulaire, Plastic, moi et le producteur. On ne s'en rend pas compte, mais Plastic et moi, nous nous croisions vraiment très peu. Il a eu un très mauvais contrat. Plastic avait d'énormes qualités. Il dansait remarquablement. Il parlait parfaitement en télé. Il avait un charisme incroyable. Il était le porteur parfait pour la chanson. Au total, on a vendu huit millions de singles mais combien en aurait-on vendu sans sa participation ? Le producteur ne l'a augmenté que trois ans plus tard. Mais à ce moment-là, le gros de l'impact de la chanson était tombé. Alors, Plastic a voulu imposer ses propres compositions. Là, c'est moi qui ne les trouvais pas bonnes et puis, je ne voulais pas écarter Pipou. Ça, c'est l'origine de notre différend. À partir de ce moment-là, il a assumé sa voix et il a enregistré lui-même ses disques."

Quant aux musiciens réunis pour la première fois depuis vingt-cinq ans, avaient-ils imaginé le succès de cette chanson mise en boîte en deux heures ? John Valcke prétend que oui : "Je me suis même adressé à Lou en lui demandant s'il n'y avait pas moyen d'avoir un petit pourcentage sur les recettes".



© La Dernière Heure 2006
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