Musique

Maurane se souvient avec le sourire d'une première rencontre

BRUXELLES "J'étais dans un état... " Ce sont les mots de Maurane pour qualifier sa première rencontre avec Claude Nougaro. Et d'ajouter "C'était horrible ."

Mais encore ?

"La première fois, c'était au Palais des Beaux-Arts. J'étais allée voir son spectacle qui m'avait fascinée, emballée, fait voyager pendant deux heures. Je chantais déjà et l'idée d'en faire un métier faisait son chemin. À l'époque, je chantais dans la rue, dans les restos. Bref, ce soir-là, j'ai contourné la sécurité d'enfer et je me suis retrouvée dans sa loge. J'avais en main une cassette de mes chansons et un dessin qui représentait un scorpion, mon signe (rires). Aucun intérêt ! Il m'a regardée comme une extraterrestre, il a pris la cassette et je suis repartie la queue entre les jambes, ou presque."

Et ?

"Et rien. La deuxième fois, je suis parvenue à me procurer son numéro de téléphone. J'étais acharnée, j'étais plus que groupie : j'étais chiante. Un jour, je l'appelle et il me demande qui je suis. J'en profite pour lui rappeler l'épisode de la cassette et du dessin. Assez énervé, il me demande ce que je lui veux et je lui avoue que je le considère comme mon maître... Là, il me sort qu'il refuse catégoriquement ce rôle et il me raccroche au nez. C'était violent au début. "

Mais vous vous êtes accrochée !

"Oui, et j'ai eu raison. Finalement, c'est grâce à mon papa, qui était à l'époque directeur du conservatoire de Verviers - Claude passait au Grand Théâtre - que je suis à nouveau entrée en contact avec lui. J'ai supplié mon père de lui redonner ma cassette, de l'écouter, de me dire trois mots. Papa, super-pudique, était super-gêné, il s'est confondu en excuses et Claude lui a promis de l'écouter et de me faire signe."

Que vous a-t-il dit ?

"Il m'a envoyé une lettre, bourrée de critiques (rires) mais trouver une lettre de Nougaro dans sa boîte, ça fait de l'effet. J'étais aux anges, plus que contente, quoi. Même s'il me disait que ce que j'écrivais était du tarabiscotage complaisant, plein d'afféterie. Mais il me disait aussi qu'on sentait poindre un intérêt pour l'expressivité musicale et verbale. Ce qui, me disait-il, m'aiderait à m'éloigner de mes défauts et du parler du nous plutôt que de mon propre je."



© La Dernière Heure 2009