Musique 13 , le nouvel album d’Indochine sort ce vendredi. C’est une synthèse des 35 ans du groupe.

Quatre ans après Black City Parade et une tournée qui est passée par le Stade de France, Indochine signe son retour vendredi avec 13 , son 13 e album studio. Au programme, 13 titres (il ne faut pas être superstitieux !) et deux bonus aux rythmes endiablés et au propos grave (les attentats, Trump et la présidentielle en France sont passés par-là). Un disque pêchu, aux antipodes des standards de la radio puisque les titres flirtent allègrement avec les 5 minutes. Nicola Sirkis, seul membre fondateur encore présent, et oLi dE Sat, compositeur et guitariste, étaient de passage à Bruxelles pour parler de leur dernier né.

Imaginiez-vous sortir 13 albums quand Indochine a commencé ?

Nicola Sirkis : "Non ! On s’est rendu compte que c’est un exploit incroyable pour un groupe de rock d’arriver à faire 13 albums. Et pour nous, d’être aussi attendus que nous le sommes. C’est un privilège insensé. C’est pour ça que cet album a été très complexe à faire. Je me suis dit qu’il fallait qu’il soit le meilleur de tous ceux qu’on a faits jusqu’à présent. Surtout qu’on ne nous prédisait pas une longue carrière… Certains albums ont vieilli du côté du son mais pas les mélodies. Malgré tout ce qui s’est passé, malgré le départ de Dominique, j’ai toujours cru que ce groupe est essentiel et ses morceaux éternels. L’aventurier a pratiquement 40 ans !"

Après autant de temps, ne se demande-t-on pas si on a encore quelque chose à dire ?

Nicola Sirkis : "On est dans un doute incroyable mais on a encore cette envie de créer, de composer des mélodies et d’assembler des sons. C’est génial de pouvoir le faire. Du coup, on est encore plus exigeants sur le résultat final."

C’est rare de laisser une telle trace et de durer aussi longtemps…

oLi dE Sat : "La chance, c’est peut-être d’être français. Des groupes comme Depeche Mode, The Cure, etc. n’ont plus besoin de faire de nouveaux albums pour remplir des salles. Je doute qu’ils soient motivés par l’envie d’attirer une nouvelle génération parce qu’ils n’en ont pas besoin. Mais nous, on ne sait pas ce qui va arriver. Il y a toujours cette étincelle, cette énergie-là."

Nicola Sirkis : "C’est ce qui nous fait du bien. On sait que ce n’est jamais acquis."

À l’écoute, 13 semble brasser plus de 30 ans d’Indochine…

Nicola Sirkis : "C’est tout à fait ça. Il y a un conflit entre trois sonorités, trois époques d’Indochine : le début des années 80 avec programmations de batteries, la période plus new wave, mécanique et pour finir, celle avec des morceaux qui contiennent des guitares beaucoup plus pop, à la Coldplay. Ce mélange-là fait Indochine aujourd’hui et sa richesse."

Vous vous êtes amusés en enregistrant ce disque ?

Nicola Sirkis : "S’amuser n’est pas le mot juste mais ça n’a pas non plus été la mine ! Ça a été le fruit d’un travail de réflexion et de remise en cause qui nous a été bénéfique. Depuis 1996 et Wax , on a toujours enregistré chez ICP, à Bruxelles. C’est un bel endroit, un des plus beaux puisque des gens du monde entier viennent pour y enregistrer. J’y ai fait les voix de 13 et je me sentais comme à la maison."

La Belgique a été une terre de refuge pour Indochine ?

Nicola Sirkis : "Ça a d’abord été une terre d’accueil pour moi entre 1 an et 15 ans. Après, ça a été un refuge parce qu’à un moment donné, en France, c’était assez difficile pour Indochine. La Belgique nous a toujours soutenus, que ce soit dans les médias ou côté public. C’est un pays qu’on privilégie quoi qu’il arrive. La mise en vente des places pour notre concert au Palais 12 était à 10 heures et à 10 heures 10, on m’a appelé pour me dire que c’était complet. Je n’y croyais pas."

Pourtant, vous avez déjà rempli le Stade de France !

Nicola Sirkis : "C’est vrai mais depuis, on avait disparu de la circulation pendant trois ans. On ne s’attend pas à remplir comme ça une salle, c’est à chaque fois un cadeau."


"Un label de coups de cœur"

L’année 2017 aura été chargée pour Indochine avec le nouvel album et les préparatifs pour la tournée en 2018. Mais aussi avec l’annonce des premiers disques à venir sur le label KMS Disques créé par le groupe. "On ne sortira pas beaucoup d’artistes, ce sera un label de coups de cœur" , explique Nicola Sirkis.

Le premier projet à voir le jour est 100 % féminin et s’appellera Girls Don’t Cry . Il sera disponible le 13 octobre. "J’ai une fan qui depuis la Chine me fait découvrir plein d’artistes féminins, explique Nicola Sirkis . Je trouve très gonflé en 2017, lorsqu’on a 18 ou 25 ans, de faire du rock alors que tout le monde dit qu’il est mort. Aujourd’hui, c’est le hip-hop, le R’n’B ou l’électro qui passent en radio. Alors, quand j’entends ces gamines jouer du rock, je trouve ça génial." Autre sortie programmée, celle du deuxième album de Requin Chagrin. "C’est un groupe incroyable avec cette fille qui a une voix très grave. J’ai écouté leur premier album tout l’été dernier et je me suis dit qu’il n’était pas possible que ce groupe soit aussi talentueux et qu’il passe inaperçu."

Ces sorties signifient-elles qu’Indochine va progressivement s’effacer ? "Non, répond le chanteur. Ça veut dire qu’aujourd’hui, Indochine a le pouvoir d’aider des groupes. C’est ce qu’on a toujours fait en première partie, mais là, on va un peu au-delà."


Indochine ressuscite la cassette et le Walkman

À l’heure du streaming roi en matière de musique, Nicola Sirkis et les siens ont décidé de ramer à contresens. Quelle ne fut pas notre surprise en découvrant que parmi les éditions collector de 13 figure une version avec l’album livré sur une ancestrale cassette audio fournie avec un authentique Walkman ! "Auto-reverse, s’il vous plaît", insiste non sans humour le chanteur d’Indochine.

Quelle mouche a donc piqué le groupe ? "Avec cette cassette audio, cet album sort sur tous les supports sur lesquels a existé Indochine, répond Nicola Sirkis. C’est un groupe qui a traversé toutes les époques : la fin du vinyle, le début du CD, le téléchargement et enfin l’avènement du streaming… Et sortir sur tous ces supports, c’est compliqué parce que ça signifie quatre à cinq mastering différents !"

Le groupe français n’est pas le seul à remettre la cassette audio au goût du jour. Récemment, le coffret Deluxe pour les 20 ans de l’album Ok Computer de Radiohead, était aussi livré avec un de ces supports qu’on croyait condamné à disparaître, voire disparu. Il ne contenait pas l’album en tant que tel mais des extraits des sessions d’enregistrement du groupe. Et en 2012, ce sont les Smashing Pumpkins qui initiaient le mouvement avec une cassette fournie dans la réédition de leur compilation de faces B intitulée Pisces Iscariot.

À l’heure du streaming en HD (Indochine est le seul artiste européen à être actionnaire de Tidal, la plateforme lancée par Jay Z), on peut sérieusement douter de l’intérêt de ressusciter un support dont les qualités acoustiques et de solidité paraissent complètement obsolètes. Qui n’a pas pesté sur une bande magnétique de cassette qui casse ? Qui peut, après le CD, etc., se réjouir d’entendre un souffle digne d’une tempête à l’écoute d’une cassette ? Et qui se félicite de devoir rembobiner mécaniquement la bande pour réécouter un titre en particulier alors que règne la loi du morceau unique depuis l’avènement d’iTunes ?

Malgré tous ces handicaps, la cassette audio semble avoir ses adeptes. Parmi les artistes, mais aussi parmi le public puisque les tous les coffrets avec le Walkman et la cassette de 13 ont trouvé preneur.


"Le 13 Tour, ce sera l’apocalypse !"

Avec ses titres qui déferlent tels des rouleaux compresseurs lancés à pleine vitesse, 13 est un album taillé pour la scène. "C’est bizarrement ce qu’on nous dit", confie le compositeur et guitariste oLi dE SaT, "alors que c’est l’album avec le plus de machines du groupe, si on excepte les premiers. Il y a beaucoup de titres sans batterie, sans guitare. Et énormément de programmation." C’est pourtant en concert que le disque est appelé à prendre encore plus d’ampleur, affirme Nicola Sirkis. " Black City Parade , c’était un hors-d’œuvre. Le 13 Tour , ce sera l’apocalypse !"

Et cette tournée commencera en force avec trois Bercy en guise de mise en bouche (après une première à Epernay), rien que ça. Et des innovations ! "Depuis les événements que l’on connaît", indique le chanteur, "la police ne veut plus avoir 8.000 personnes en train d’attendre devant une salle. Il faut donc fluidifier les queues. C’est ce que nous allons faire en proposant pour la première fois deux tarifs : un pour les gradins, un autre pour la fosse. On refuse aussi de faire toutes ces choses comme les early entrance (le privilège d’entrer plus tôt dans la salle) , les carrés d’or, etc., parce qu’on veut maîtriser le coût des places. Nous avons donc créé une sorte de carré d’or mais gratuit : la Zone 13. À chaque concert, des gens ayant un billet pour la fosse seront désignés au hasard pour y aller. Cette zone sera plus proche de nous. Ça ne veut cependant pas dire que les autres seront éloignés parce que nous avons bâti une scène qui sera au plus près de tout le monde."