Musique Grâce à son vibrant spectacle sur Jacques Brel, le Belge Olivier Laurent a signé avec le plus grand festival d’humour au monde.

"C’est vraiment dommage d’être plus connu en Flandre ou à l’étranger qu’en Wallonie, déplore le Bruxellois Olivier Laurent, ex-chroniqueur sur DH Radio. C’est dommage qu’on ait pas plus de reconnaissance, j’ai l’impression qu’en Wallonie, on n’est pas assez fier de ses artistes. La téle flamande (l’émission Tegen de sterren op, NdlR) m’a ouvert des portes, par exemple. " Et pour cause, l’imitateur belge -il fait entre 100 et 150 voix- revient des trente-cinq ans du festival Juste pour rire où il a décroché un contrat de trois ans avec son show Jacques et les autres. " Si je chante Brel comme cela, c’est aussi parce que je suis belge, constate le showman de 40 ans qui, depuis tout petit - lorsqu’il a recontré Yves Montand en vacances à 6 ans -, voulait devenir imitateur. Un Français n’a pas le bon accent. Il est impossible pour un étranger d’imiter parfaitement Brel. Quand on est belge, on sait de quoi il parle et on connaît Bruges et Gand. Je revendique donc haut et fort ma totale belgitude."

Juste pour rire est un festival d’humour à la base, comment êtes-vous arrivé au Canada ?

"Juste pour rire a eu un coup de cœur pour mon spectacle. Cela fait apparemment quelques années qu’ils me suivent et je ne le savais pas. Juste pour rire France m’a d’abord contacté, mais, au départ, je ne voulais pas de contrat, car ça me faisait peur. Puis j’ai rencontré Gilbert Rozon (directeur et fondateur de Juste pour rire, NdlR) et c’est là que j’ai remarqué que Brel est international. Il intéresse plus à l’international, mais sans doute aussi parce que je fais de plus en plus de voix différentes. C’est donc moins dans l’humour aujourd’hui, mais c’est plus classe. Je vais vers l’acoustique avec un piano Steinway sur scène ou un guitariste. Ce sont eux qui ont eu cette idée-là."

Olivier Laurent se réincarne en Jacques Brel alors ?

"Je n’irai pas jusque-là, mais je ne veux pas faire juste de l’imitation comme certains collègues. Je ne veux pas aller dans le rire. Même si on s’entend très bien, je ne veux pas faire du Michael Gregorio, par exemple. Il a d’ailleurs compris que je ne faisais pas la même chose. Je suis dans l’émotion et la nostalgie. On retourne au show simple avec une poursuite, quatre lumières blanches et un piano Steinway. Faire une imitation pour rire, cela ne m’intéresse pas. Cela n’a jamais été mon truc. On m’a toujours demandé si je voulais faire du Thierry Le Luron. Absolument pas. Moi, ce que j’aime, c’est l’émotion."

Vous chantez d’ailleurs un titre de Stromae, Formidable, pour évoquer les attentats qui sont "fort minables"…

"Exact. Je ne fais pas de parodie, je la fais a cappella et tout le monde chiale… Cela s’explique tout simplement par les artistes en eux-mêmes. Sincèrement, quand on dit qu’il y a une ressemblance entre Brel et Stromae, c’est vrai. Dans le sens où ils roulent les "r" de la même manière. Et c’est pareil dans leur façon de jouer. Formidable, c’est un mélange des titres Jef et Ces gens-là. Stromae s’est inspiré de l’interprétation du mec saoul comme dans Jef. J’adore les gens qui ont un univers."

Contrairement aux idées reçues, l’imitation n’est donc pas un métier en "voix" d’extinction et ne véhicule pas forcément une image ringarde.

"Le truc qui m’ennuie le plus est qu’un imitateur doit soit faire rire, soit être un peu ringard. C’est exactement le contraire de ce que je veux montrer, un show élégant et qui a de la gueule ! Patrick Bruel et Johnny Hallyday, je ne les imite pas pour qu’on s’en moque. Et c’est tout un travail de trouver la note juste pour éviter ça. J’en ai fait des trucs ringards à une époque et c’est l’erreur que j’ai faite en Belgique. Vouloir trop faire d’imitations alors que ce n’était pas mon truc. Mais je l’ai quand même fait, car on me poussait à le faire."

Et pourquoi ne pas composer un album personnel ?

"Un jour, peut-être. Mais je ne cherche pas le vedettariat ou passer à la télé pour passer à la télé. Je cherche la qualité. J’ai déjà été à la télé pour faire quelque chose que je n’avais pas envie de faire. C’est la bêtise que j’ai faite dans ma carrière car ce n’était pas moi. Mais je ne regrette rien du tout, c’est aussi ce qui m’a permis d’être là aujourd’hui."

Plus d’infos : olivierlaurent.eu ou via le site du festival Juste pour rire : www.hahaha.com.