Musique Avant la sortie de son 10e album studio éponyme et sa venue en Belgique dimanche à l’occasion de Cap48, interview exclusive de Patricia Kaas.

" Le temps passe tellement vite !", nous lance Patricia Kaas au bout du fil. Une voix reconnaissable entre mille, celle d’une grande dame de la chanson française qui comptabilise désormais 30 ans de carrière. Et, bientôt, un dixième disque studio, attendu de pied ferme (le 11 novembre)… S’ensuivra une tournée. "Je venais de dire à l’instant à une copine que dans 3 mois je serai sur scène ! Je n’ai pas encore les musiciens, mais j’ai l’album, c’est le plus important !", sourit-elle. Treize ans qu’on attendait de nouvelles chansons originales. Elles arrivent...enfin! "On dit que c’est mon grand retour. Mais retour, je n’aime pas trop, nous dit-elle. Parce qu’il y a eu l’album Kabaret, puis Kaas chante Piaf, une tournée de plus de 200 concerts. Je peux dire qu’effectivement il y a un nouveau départ pour moi, pas pour l’artiste. Parce qu’il s’est passé des choses dans ma vie, pendant deux ans, où je n’allais pas très bien. J’avais vraiment besoin que cet album reflète la femme que je suis aujourd’hui. "

Par les thématiques qu’il aborde (l’inceste, les femmes battues,…), cet album peut paraître sombre…

"Je ne sais pas si on peut dire qu’il est sombre. Par exemple, la chanson Le jour et l’heure n’est pas une chanson sur les attentats. C’est bien plus large que ça. Quand un événement dramatique, comme un décès, surgit dans notre vie, on se souvient en général toujours du jour et de l’heure. Quand il s’agit d’une bonne nouvelle, on ne s’en souvient par contre pas toujours… Bien sûr, il y a cette allusion aux attentats en évoquant les terrasses pleines car, quand on travaillait sur l’album, on était en plein dans ce bordel. Mais ces thèmes-là, ces sujets, je ne les ai pas commandés. Ce sont des textes qui m’ont touchée… Je n’ai pas demandé à ce qu’on m’écrive une chanson sur les femmes battues. L’inceste, après, on m’a dit que c’était courageux d’en parler. Pour moi, il n’y avait rien de courageux dans ma démarche… Et puis, je ne me pose pas la question de pourquoi j’aime une chanson. Je suis arrivée à un âge où je n’ai pas envie d’expliquer pourquoi telle ou telle chanson me touche."

Avec la carrière que vous avez, vous n’avez plus rien à prouver non plus…

(sourire un peu gêné) "C’est vrai, avec une carrière de 30 ans, je n’ai plus rien à prouver… Enfin, si, à moi-même…"

Vous évoquez vos 30 ans de carrière, vous arrivez aujourd’hui à être fière de ce que vous avez accompli ?

"J’accepte… Quand je me regarde dans un miroir, je me vois. Il y a toujours eu trop de doutes en moi. Il y en a toujours, mais des choses ont bien guéri. J’assume et je m’assume beaucoup plus qu’avant."

Est-ce que l’approche de vos 50 ans (qu’elle fêtera le 5 décembre prochain, NdlR), joue un rôle là-dedans aussi ?

"Je pense que c’est un tout. Ces 10 dernières années, je faisais plus mon job, plutôt que de profiter de tout ça…"

Vous voulez dire que la passion n’y était plus ?

"Si, sur scène il y en avait de la passion, avec le public. Mais pas avec tout ce qui était autour. J’enchaînais les concerts… J’ai peut-être aussi fui pas mal de douleurs, compensé le manque de personnes qui n’étaient plus là. Le public remplaçait ça un peu sur scène… mais ça ne guérit pas ! Entre le téléfilm dramatique que j’ai fait, Assassinée (pour France 3, NdlR) , la tournée Piaf, etc., à un moment ça a pété. J’avais besoin que ça pète pour me poser les bonnes questions… L’âge fait aussi que tu veux être en accord avec toi-même…"


"C’est la première fois que je pleure en finissant un album !"

Humble, discrète. Patricia Kaas fait des vagues avec sa voix, pas avec sa vie. Le 2e extrait de l’album Patricia Kaas à venir s’intitule Madame Tout-le-monde. Parce que Patricia, malgré sa notoriété, a réussi à mener une vie de Madame Tout-le-monde, loin des Une des magazines à scandales ? Elle rit ! "C’est peut-être que ma vie n’est pas assez excitante pour eux ! Peut-être si je changeais d’amant toutes les semaines… Mais être Madame Tout-le-monde ? Je pense qu’on a tous envie d’être quelqu’un d’exceptionnel, pour soi-même. On est tous différents. Est-ce que j’ai envie de ressembler à ma voisine ou à une autre chanteuse ? Non."

Pas envie non plus qu’une chanson ressemble à une autre… Et si c’était devenu plus difficile, pour une star ayant chanté les mots et les musiques de Goldman, Barbelivien, Obispo, de trouver aujourd’hui des chansons qui lui collent à la voix ? "Peut-être qu’il y a quelques années j’aurais répondu que oui, c’est difficile. Surtout quand, comme moi, on n’écrit pas ses propres chansons. Mais avec ce disque, c’est la première fois que quand je finis un album, j’en pleure… Ça fait peut-être aussi partie de ma guérison."