Musique Thomas : "Mon père était un homme qui voulait toujours aller vers la lumière."

Pierre n’est devenu Rapsat que lorsqu’il fut chanteur. Auparavant, du temps des groupes rock, lorsqu’il était le bassiste de Laurélie puis de Jenghiz Khan, il était Pierre Rapsaet. Son fils Thomas a hérité du vrai nom.

Thomas avait 22 ans, le 20 avril 2002, lorsqu’un cancer emporta son père. Pierre Rapsat nous a quittés à 53 ans : "J’ai eu le malheur d’avoir un père qui est mort jeune. En revanche, j’ai cette chance d’avoir gardé sa voix, son image, ses interviews, ses mélodies..."

Vous réécoutez ses disques ?

"Émotionnellement, ce n’est pas toujours facile. Mais cela m’arrive et je redécouvre toujours des chansons que j’avais oubliées. Il avait un répertoire vachement créatif, avec beaucoup de richesse, des textes oniriques à lire entre les lignes. Moi, ça me parle beaucoup. Mais, chez moi, il y a un temps pour les écouter."

Une chanson préférée ?

"Plusieurs. Parmi elles Aurore . C’était sa grand-mère que j’ai connue. Elle était fière quand la chanson est sortie. Elle avait fait encadrer le disque. Au-delà de la musique, ce sont des choses qui font partie de mon histoire."

Votre mère racontait que, déjà, à l’école maternelle, vous n’aimiez pas trop parler de votre père…

"J’ai très vite compris, dans la perception des autres, que cette information-là pouvait ne pas être neutre. J’ai un souvenir d’école, un jour où je m’étais amusé à faire glisser mon cartable au sol, en direction des portemanteaux. C’était un petit jeu : arriver le plus près possible des plinthes. Une fille m’a vu et elle m’a crié : ‘Tu fais le malin parce que ton père est chanteur.’ Cela n’avait rien à voir."

Ça fait mal ?

"Non. Mais on se pose des questions. Le mot ‘faire mal" ’ou le mot ‘se protéger’ , qui se ressemblent, ne conviennent pas. Simplement, je ne le disais pas par moi-même, mais je ne mentais pas non plus. Si on me posait la question, je confirmais. Parfois, on ne me croyait pas. Mais tout ça ne m’a pas vraiment perturbé. Il y a des avantages, des inconvénients. Les commérages font partie du package."

Et à l’âge où on fréquente les filles ?

"J’étais plutôt assez timide et pas très actif. Pour le nom, c’était comme pour tout. On sent assez facilement si une personne s’intéresse à vous ou pas, si elle n’est pas naturelle, s’il y a un côté malsain au premier contact. À l’adolescence, j’ai eu le besoin de m’émanciper de ça. Je voulais devenir moi. Mon évolution identitaire avait, parmi les éléments, l’ombre de ce père, qui pesait dans l’équation. Mais comme je n’ai pas trop connu ses copains ni son univers, il avait son monde et moi le mien. J’étais et je suis resté très indépendant, mais j’ai toujours eu de bons rapports avec mes parents. Beaucoup de respect, beaucoup d’affection. Avec mon père, sur certains points, il était plus difficile de nous comprendre. Moi, je réfléchis énormément et, dans mon adolescence, j’ai été très marqué par les premières injustices qui me sont apparues. Comme beaucoup d’ados, je fonctionnais sans nuances et ça, ça déconcertait mon père qui était un homme qui voulait toujours aller vers la lumière et pour qui, quoi qu’il arrive, les choses allaient finir par s’arranger.

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