Musique

Une carrière commencée tôt, à la terrasse des bistrots

PARIS "À chaque fois que je monte sur scène, j'ai l'impression de passer un check-up ", disait-il, sous forme de boutade, lors de sa dernière tournée. Le moins qu'on puisse écrire, c'est que dans ce cas, des examens médicaux, il s'en est collé quelques-uns, au fil d'une carrière aussi longue qu'inégale.

C'est qu'il n'avait que 16 ans à peine lorsqu'il fut engagé pour la première fois dans un cabaret parisien. Son talent d'humoriste lui vaut d'être rapidement adopté par le Tout-Paris qui vient, notamment, l'applaudir au Jimmy's Bar. C'est là que Django Reinhardt le repère et l'engage comme accompagnateur.

Après son service militaire, quand la Seconde Guerre éclate, Salvador doit attendre 1941 pour parvenir à passer en zone libre. Le hasard des rencontres, une nouvelle fois, va lui faire croiser la route d'un homme à qui il devra beaucoup : Ray Ventura. Dans son orchestre, il occupe le rôle du musicien fantaisiste. Leur tournée, qui les emmène à l'autre bout du monde, en Amérique du Sud, fait un tabac. Salvador est engagé comme vedette au Brésil, en 1942. Il concurrence les stars américaines et fait rire aux larmes des soldats qui ont bien besoin de se changer les idées.

C'est donc tout auréolé de gloire qu'il rentre à Paris à la fin de la guerre. Ray Ventura est prêt à le réintégrer mais Henri a envie de vivre son aventure à lui. Il crée son orchestre et s'offre Bobino. En 1947, il connaît son premier tube : Maladie d'amour , adaptation d'une chanson créole. Deux ans plus tard, ce sera Une chanson douce, berceuse qui a accompagné les rêves de milliers d'enfants. Et ce sera aussi la rencontre avec un autre magicien des mots : Boris Vian. Ensemble, ils signeront 400 chansons.

L'affaire va grandissant. En 1956, il chante pendant six mois dans la capitale française, à guichets fermés. La mort brutale de Vian, en 1959, le laisse orphelin. Mais, comme pour lui rendre un ultime hommage, il chante leurs collaborations, pendant deux mois, à l'Alhambra.

Avec son épouse, il crée sa propre maison d'édition musicale. C'est sur le label Rigolo que sortiront ses titres pas tristes comme Zorro est arrivé, Le travail c'est la santé et Juanita Banana . Et d'autres plus sérieux comme le magnifique Syracuse .

Adoré des enfants, il leur offre quelques jolies prestations télévisées (lire ci-dessous) et, surtout, la chanson d'un dessin animé de Walt Disney, Les aristochats .

En 1977, il s'offre un premier bilan avec Le monde merveilleux d'Henri Salvador, coffret trois disques qui reprend ses plus grands succès.

Au début des années 80, enfin, comme si l'âge aidant, il s'autorisait à renouer avec ses premières amours, il monte sur scène pour un récital plutôt jazzy, qui déconcerte les fans du Salvador grimaçant. Mais qu'importe : lui a retrouvé sa voix. La vraie. En 1985, nouvelle série de concerts au palais des Congrès, à Paris. Il prétend alors que c'est là sa tournée d'adieux...

Mais c'est plus fort que lui : il sort un nouvel album (Des goûts et des couleurs ) en 89, chante dans les clubs de jazz en 92 et au Casino de Paris en 1995. Mais sa vraie résurrection artistique aura lieu cinq ans plus tard. Avec Chambre avec vue ...



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