Musique La plateforme de streaming se voit réclamer 1,6 milliard de dollars pour avoir utilisé des milliers de titres sans autorisation.

Bonne et heureuse année 2018 ! Ces bons vœux n’ont pas résonné chez tout le monde de la même façon. Pour Spotify, par exemple, la nouvelle année n’a pas commencé de la meilleure façon qui soit. Le leader mondial de la musique diffusée en streaming, a appris quelques heures avant le week-end du réveillon qu’elle était poursuivie par la maison d’édition Wixen Music Publishing. Selon The Hollywood Reporter celle-ci réclame à la plateforme suédoise pas moins de 1,6 milliard de dollars de dommages et intérêts pour avoir utilisé des milliers de titres sans accord et avoir sous-traité le recouvrement des royalties auprès d’une société non équipée pour ce travail.

L’affaire est loin d’être anodine. D’abord en raison du catalogue concerné. Il porte sur des artistes d’envergure internationale comme les Doors, Neil Young, le chanteur et le guitariste de Rage Against The Machine et d’autres grosses pointures du genre Tom Petty, Weezer, Stevie Nicks ou Dan Auerbach des Black Keys… Autrement dit, des gros vendeurs. Ensuite - et surtout - parce que le montant réclamé est colossal. On parle de 1,6 milliard de dollars, soit plus de la moitié du chiffre d’affaires 2016 du géant suédois du streaming qui s’élevait à 2,933 milliards d’euros.

Le moins que l’on puisse écrire, c’est que l’affaire tombe très mal pour Spotify. Bien qu’affichant des taux de croissance à faire pâlir n’importe quel patron d’entreprise (+ 45 % en 2014, + 80 % en 2015 !), la plateforme n’a jamais dégagé de bénéfice net depuis sa création en 2008. Pire, sa dette s’est creusée l’an dernier pour atteindre environ près de 540 millions d’euros.

Et l’affaire se corse encore un peu plus quand on sait que Spotify a signé des accords pluriannuels avec certains labels musicaux et éditeurs afin de pouvoir diffuser leurs catalogues contre le versement minimum de 2 milliards d’euros de royalties sur les deux prochaines années. À cela s’ajoute une concurrence qui prend très sérieusement forme, notamment du côté d’Apple Music qui comble à grandes enjambées son retard au démarrage.

Même si le géant du streaming n’a pas encore un genou à terre, les poursuites intentées par Wixen Music Publishing font planer au-dessus de sa tête une épée de Damoclès dont il se serait bien passé. Car tout indiquait que Spotify s’était tracé une route royale vers le succès. Les chiffres le démontrent : aujourd’hui c’est véritablement le streaming qui tire le marché de la musique. Même les ventes en téléchargement sont en chute libre.

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Une rémunération décriée par les artistes

Un malheur n’arrivant que rarement seul, c’est au moment où Spotify est attaqué que certains rallument le débat houleux sur la rémunération des artistes par les plateformes d’écoute en ligne. Le 27 décembre, Geoff Barrow, du groupe Portishead, posait une question aux musiciens via Twitter : "Combien d’entre vous ont personnellement reçu plus de 500 £ de la part de Spotify ?" Un tweet immédiatement relayé par Thom Yorke dont on sait que les propos bénéficient d’une caisse de résonance à nulle autre pareille. Le chanteur de Radiohead n’a jamais caché tout le mal qu’il pense du système de rémunération des artistes mis en place par les plateformes de streaming. En 2013, il disait : "Je considère que nous les musiciens devons nous battre contre les choses comme Spotify. J’ai l’impression que, d’une certaine manière, ce qui se passe est le dernier souffle d’une industrie vieillissante. Une fois qu’elle mourra, ce qui arrivera, quelque chose d’autre naîtra."

Pourtant, ces dernières années, le catalogue de Radiohead, qui avait disparu des Spotify et autres, est à nouveau accessible sur ceux-ci. Et le mois dernier, les deux albums solo de Thom Yorke et celui de son autre groupe, Atoms For Peace, ont aussi fait leur réapparition sur ces plateformes.

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