Musique

On ne sait pas si c'est la chaleur, mais le public de Werchter manque un peu de mordant en cette fin d'après-midi. Même Jerry Cantrell, qui balance pourtant un son on ne peut plus lourd avec "Alice In Chains" s'en offusque, et finit par demander à la foule si elle s'amuse... "Parce que tout cela a l'air bien plat". Il faudra bien le charisme d'un Josh Homme et la maîtrise des Queens Of The Stone Age pour faire bouger la masse apathique qui est plantée devant la Main Stage à 21h30 précises.

Homme et cie

Les "Queens" sont de grands habitués de l'étape. Homme et cie sont venus présenter chacun de leurs albums sur le sol brabançon, et le petit dernier ne fera pas exception. Publié il y a quelques mois, "Villains" est plus pop, plus groove, plus dansant, mais aussi moins puissant que ses prédécesseurs. Homme le sait, et lance les hostilités avec trois vieux classiques du répertoire: "Do it Again", "The Lost Art Of Keeping a Secret" et "Go With The Flow" qui fait encore le même effet, seize ans après sa sortie.

Comme toujours, la scénographie est d'une beauté simple: des tubes de néon verticaux se dressent entre les membres du groupe et font varier les ambiances au gré des jeux de lumière.

Des villains relativement gentils

Viennent alors "Feet Don't Fail Me" et "The Way You Used To Do", deux valeurs sûres de ce "Villains" qui récoltent leur petit succès d'audience et permettent aux "Queens" d'enchaîner en force avec ses véritables chefs-d'oeuvres : "You Think I Ain't Worth a Dollar But I Feel Like a Millionaire" et "No One Knows".

Nick Oliveri, qui officiait à la basse sur l'album "Songs For The Deaf" avant de se faire écarter, se demandait il y a quelques années "où était passé le son des Queens of The Stone Age". On ne peut que lui donner raison en entendant "The Evil Has Landed", troisième extrait d'un dernier album honorable, mais délesté de la fureur qui a inscrit "Songs for The Deaf" et "Lullabies to Paralyze" dans les anales du rock. "Burn The Witch", "Little Sister" et le toujours magnifique "A Song For The Dead" sont là pour en attester et boucler le show en beauté.

Josh Homme est incroyablement charismatique, ses sbires sont carrés et le concert en jette. Mais le line up de la belle époque (Oliveri à la basse, Joey Castillo à la batterie, Mark Lanegan en special guest) nous manque, et les nouvelles compos n'apportent pas grand-chose à l'ensemble.

2D, Murdoc et surtout Damon

La plupart des festivals auraient été ravis de clôturer leur première journée avec cette belle bande de rednecks. Mais Werchter a une réputation de super mastodonte à tenir, et s'est donc permis de convier un deuxième headliner en la personne de Gorillaz. La bande à Damon Albarn vient tout juste de sortir le très convaincant "The Now Now" et s'invite à la fête en lançant "M1 A1", son intro floydienne et son explosion de guitares, que vient immédiatement suivre "Tranz", bel hymne disco tout juste sorti sur les ondes. 

Comme ses nombreux fans le savent, Gorillaz est avant tout l'oeuvre d'un duo. Damon Albarn gère le volet musical et Jamie Hewlett l'univers graphique du groupe, qui s'est fait un nom sur les alter ego animés des membres originaux. Voir cela en concert est donc forcément déroutant. On aimerait voir Russel, 2D, Murdoc et Noodle là, devant nous, mais les personnages défilent sur l'écran géant où sont essentiellement diffusés les clips des différents morceaux. 

Little Simz, De La Soul et autres surprises

Albarn et cie auraient pu aller un poil plus loin pour faire vivre leur univers génial, et se démènent sur scène pour compenser ce vide. Doté d'un "solide carnet d'adresse" comme nous le faisait remarquer un honorable collègue, ils ont en outre eu le bon goût de convier la crème du hip-hop. De la Soul vient rapper sur "Superfast Jellyfish" et "Feel Good Inc", Little Simz - déjà convaincante lors du concert solo donné quelques heures plus tôt - dynamite "Garage Palace", et il faut logiquement se contenter de Snoop Dogg sur écran géant. "On Melancholy Hill", "Strobelite" et "El Manana" s'enchaînent fort bien et sont, elles, parfaitement portées par les six choristes qui leur donnent un joli relief.

Reste, l'homme de la soirée. Immanquable dans son pull jaune canari, Albarn s'agite, touche à tout, étale son charisme et triomphe avec les hits générationnels comme "Kids With Guns" ou "Clint Eastwood". Mais on ne nous ôtera pas le sentiment étrange de ne voir que la moitié du duo. Et bien que Gorillaz soit une référence incontestable, les compos du groupe manquent parfois un peu de peps pour tenir la foule en haleine durant 1h30.