Raphaël : "Mes chansons ne sont pas une invitation au suicide"

Pierre-Yves Paque Publié le - Mis à jour le

Musique Entre deux ouragans, le chanteur Raphaël revient avec Anticyclone , son album le plus intime.

"Les bons écrivains peuvent écrire de belles chansons et inversement" , nous glisse Raphaël Haroche. "Je pense que c’est complémentaire. Je ne vais pas attendre de faire un disque tous les deux ans et attendre que cela marche ou pas. J’ai besoin de faire d’autres choses. Je pourrais faire de la gymnastique hein mais bon (sourire) !"

Preuve de ses dires : le prix Goncourt de la nouvelle que l’artiste de 41 ans a reçu en mai dernier pour Retourner à la mer . Un livre dont le titre est aussi celui de l’une des chansons de son 8e album Anticyclone . Pour un disque qui fait étrangement écho à l’actualité météorologique de ces dernières semaines. "Surtout avec cette chanson de L’année la plus chaude de tous les temps qui parle du dérèglement climatique" , poursuit l’interprète de Caravane. "Ce sont des phénomènes qui sont amenés à se multiplier et devenir de plus en plus violents à cause du réchauffement. Mais cette chanson parle à la fois de la météo extérieure mais aussi de celle qu’on a dans sa tête, la tempête qu’on peut avoir dans son crâne."

Parfois, les chansons ne sont pas toujours interprétées de la manière dont l’artiste le désire. Cela pourrait-il être le cas avec Anticyclone ?

"Je comprends mais mes chansons ne sont pas une invitation au suicide non plus (sourire) ! Si on prend l’exemple du titre Je ne pense plus voyager , ça ne parle effectivement pas du voyage. C’est plutôt une forme d’apaisement, l’envie de se poser et de profiter de la vie. J’ai envie de ça. Mes chansons, même si elles sont plus intimes que mes livres ( il est en train d’en écrire un second, NdlR) , sont des personnages aussi, ce n’est pas toujours moi. Je fume , c’est juste une chanson un peu dandy. Les gens ont le droit de fumer. Moi, personnellement, je ne fume pas. Je déteste la cigarette. Par contre, le cigare deux fois par semaine, oui. Je fumais 70.000 paquets de cigarettes et j’ai donc décidé que plus jamais je n’en fumerais. Enfin, ça ne parle pas vraiment de ça. Mais bien du sens un peu dandy du monde. Une position de laisser les choses couler sur vous sans se soucier ni se laisser atteindre. Je fume ne va donc pas susciter des vocations."

Anticyclone a été enregistré avec le chanteur de Louise Attaque, Gaetan Roussel. Une évidence ?

"On avait déjà fait une chanson ensemble sur mon précédent disque ( Solitude des latitudes , NdlR) , et travaillé ensemble sur un spectacle aussi. On se connaissait donc bien. Et je savais que l’endroit où il avait envie de m’amener était celui où je voulais aller aussi. Quelque chose d’assez généreux et, en même temps, une certaine forme de simplicité. C’est ce qu’on cherche tous les deux. Ne pas se compliquer la vie musicalement, comme dans le reste. On a une relation très amicale et gentleman."

Pour un album réalisé en une semaine à peine…

"Les disques se font toujours vite aujourd’hui. Il n’y a plus d’argent dans la musique. Donc, soit on bidouille des trucs chez soi sur son ordinateur, soit on va en studio. Elvis a enregistré des disques en 2 jours. On s’en fout du temps qu’on passe en studio. On n’aurait pas fait un meilleur disque en y passant plus de temps. Les chansons fonctionnaient bien, on n’a pas eu de difficulté ni de résistance dans les textes."

À l’image de Paris est une fête , en clin d’œil aux attentats ?

"Je n’avais même pas pensé aux attentats en écrivant la chanson. Je pensais plutôt à comment trouver l’ivresse, cette sorte de fièvre dans la nuit à Paris. Aujourd’hui et à nos âges. Mais il est vrai que ça y fait penser car on ne peut plus vivre à Paris sans y penser. C’est inconscient."

Vu que c’est un peu à la mode en ce moment, à quand un film ou une émission à la The Voice ou Danse avec les stars ?

"Non, je ne suis pas du tout attiré. Je ne regarde pas ces émissions. J’essaie d’écrire des bouquins et des disques donc j’ai autre chose à faire que de passer dans une émission télé ou d’être animateur (rire) ! Si j’en avais besoin, je le ferais. Mais là, non. Ne jamais dire jamais car on m’a déjà proposé plusieurs fois mais ça ne m’intéresse pas. Et je n’ai aucun problème avec les gens qui le font, chacun fait ce dont il a envie."

Et vos apparitions au cinéma (dont Ces amours-là de Claude Lelouch) ne vous ont pas donné envie d’en faire davantage ?

"Je suis en train d’écrire un film que j’aimerais bien réaliser avec ma femme comme actrice. Mais moi je ne suis pas acteur, je n’aime pas ça. C’est comme une émission télé, ce n’est pas pour moi. J’aime mieux écrire une histoire ou la filmer. Acteur, ce n’est pas dans mon tempérament. Je n’ai déjà pas de talent d’acteur, ce qui limite beaucoup. Puis, surtout, ça m’angoisse…"

Un duo avec sa femme Mélanie Thierry

"Il a fini par réussir à me faire chanter !" , vient de poster sur Instagram l’actrice avec qui Raphaël file le parfait amour depuis 15 ans.

En effet, sur le titre La question est why , Mélanie Thierry et le père de ses deux garçons (Roman, 9 ans, et Aliocha, 3 ans) chantent en duo. Une première. " C’est une chanson que j’avais écrite sur mon album Super-Welter il y a 4 ans , confie l’artiste de 41 ans. Je l’avais dans les tiroirs. Je l’avais écrite pour un duo mais ça n’allait pas sur le précédent album. J’aimais bien cette mélodie très gainsbourrienne. Quelqu’un qui commence une phrase et l’autre la termine."

Un clin d’œil aussi amusant que touchant vu que sa compagne ne voulait pas pousser la chansonnette. "Je ne me voyais pas la chanter avec quelqu’un d’autre car c’est quelque chose d’intime. Mélanie est la personne avec laquelle j’avais le plus envie de chanter. Elle s’en foutait un peu de ma chanson, ça ne l’intéressait pas. Mais je l’ai un peu piégée le matin en lui disant : On essaie ? Car je ne me vois pas la chanter avec quelqu’un d’autre que toi. Et Mélanie a chanté spontanément en pyjama (sourire) !" Raphaël précise toutefois que ce n’est pas demain la veille que sa femme sera chanteuse. " Elle n’en a rien à cirer de chanter, elle ne recommencera donc pas pour tout l’or du monde ! Enfin, c’est peut-être une fausse pudeur aussi. Mais je suis heureux d’avoir ce très joli souvenir, rien qu’à nous deux."

Pierre-Yves Paque