Musique

"Toujours vivant, rassurez-vous." Le chanteur français Renaud, absent depuis sept ans en raison d'une profonde déprime, chante d'une voix abîmée sa santé retrouvée dans une chanson sortie mardi, avant un album en avril et une tournée qui le mènera jusqu'au Québec.

"J'suis retapé, remis sur pieds/Droit sur mes guibolles, ressuscité", poursuit le chanteur au bandana rouge, 63 ans, qui s'affuble désormais du surnom du "Phénix". "Je m'exprime avec une certaine assurance, et surtout beaucoup, ce que je ne faisais pas depuis près de sept ans", a-t-il déclaré sur les ondes des France Inter. "Les gens sont heurex de me voir dans cet état-là, avec cette tête-là: je n'ai plus de cernes sous les yeux, je marche droit, je ne titube plus, je marche même pus vite que mes potes."

Pas vraiment de second degré ni d'auto-dérision, ses marques de fabrique depuis ses premiers disques au milieu des années 1970, mais une plume grinçante pour répondre aux "trous du cul" ou aux "enfoirés" qui ont voulu "l'enterrer" trop vite. Dans son viseur notamment: les "chasseurs de primes" et les "paparazzi en embuscade" accusés de colporter des "rumeurs sur (sa) santé". 

Ce titre n'est que l'avant-goût d'un album prévu pour début avril, le premier avec des productions originales depuis "Rouge sang" en 2006. Il contiendra "13 nouvelles chansons, plus une chanson cachée qui est un peu spéciale, puisqu'il s'agit d'un slam", a expliqué le chanteur de "Mistral Gagnant" ou "Laisse béton" sur France Inter. "C'est une chanson dans laquelle je dis mes colères et qui finit comme un hommage à mes fans, mon public chéri d'amour (sic) que j'aime et qui m'aime infiniment, qui me l'a prouvé tout au long de ces longues années où j'étais absent de Paris", a-t-il également dit. "Tous les jours, j'étais en terrasse, au soleil, été comme hiver, au bistrot et tous les jours, tous les jours venaient et revenaient des fans, des admirateurs, qui venaient parfois du nord de la France, des Belges, des Suisses, des Canadiens, des Français. Ils me demandaient des nouvelles de ma santé, de mon moral, quand reviendrais-je sur scène, pour faire un disque. J'avais tendance à répondre que je ne chanterais plus, que je n'avais plus d'inspiration, plus d'idées, plus le moindre poil de cul d'amorce de début de chanson (re-sic)."

Le chanteur évoque également les médias qui ne l'ont pas lâché durant cette période "sans". "Ils n'ont pas cessé de parler de moi, de délirer sur moi, des '50 minutes Inside', des '7 à 8', des émissions de ce style", a-t-il poursuivi. "Le pire, c'était 'Un jour, un destin', comme si j'étais mort. La veile, ils avaient fait Edith Piaf, le lendemain Charles Trenet."


Une tournée internationale

Il enchaînera avec une tournée marathon jusqu'au printemps 2017, qui devrait l'emmener notamment en Belgique et au Québec. Renaud affirme être en pleine forme, se levant "très tôt le matin" pour lire et "rattraper le temps perdu, ces années noires pendant lesquelles je n'ai pas lu un livre".

S'il fume toujours "cigarette sur cigarette, malheureusement", il confie ne plus avoir bu depuis "plus de quatre mois". "Je suis allé en clinique pour voir un addictologue magnifique et je n'ai pas bu une goutte d'alcool depuis, et la voix est revenue. Au bout de huit jours, je recommençais à chanter, le lendemain mieux, le surlendemain de mieux en mieux. J'avais retrouvé du coffre, la banane, l'envie de chanter, d'écrire et j'ai chanté, chanté, chanté, écrit, écrit, écrit..."

Renaud a retrouvé l'inspiration après avoir écrit un texte, "Ta batterie", qu'il chante sur le dernier album du slameur Grand Corps Malade. "Ca m'a redonné le goût à l'écriture. Le dragon qui sommeillait au fond de moi s'est réveillé et a commencé à cracher sa flamme: en quinze jours, j'avais torché quatorze chansons, dont le premier single de l'album 'Toujours debout'", a-t-il encore raconté sur France Inter.

Ce nouvel album devrait notamment contenir des chansons inspirées par les attentats de 2015 en France, baptisées "J'ai embrassé un flic" et "Hyper Cacher", a récemment révélé Renaud qui, dans les années 1990, avait tenu une chronique dans Charlie Hebdo dont la rédaction a été décimée par des djihadistes.