Musique

Avec un patronyme pareil, impossible de ne pas jouer à Dour. Pourtant, en cette troisième journée du festival hennuyer, le pari ne paraissait pas spécialement gagné pour Antoine Hénaut.

Même s’il est originaire d’Onnezie, un petit village au sud-ouest de Mons, le chanteur à textes doit se sentir davantage dans son élément aux Francofolies (où, du reste, il était le 18 juillet) que dans son jardin. Mais c’est mal connaître ce diable d’homme. Exubérant, survolté, il a réussi à mettre le public du Dance Hall dans sa poche, musclant un peu son set.

Respect. Comme l’énergie déployée par Clotilde Floret, la chanteuse de We Are Enfant Terrible. Terrible comme son accent anglais qui trahit facilement ses origines françaises. Mais c’est assez secondaire pour apprécier le concert de ces Lillois qui, sans déployer un arsenal d’originalités musicales, mettent de l’ambiance.

Ambiance plus enfumée devant la grande scène pour la venue de E.R.M. accompagné de Lee Scratch Perry. "Une magnifique histoire d’amitié, de rêve sauvage et de détermination" comme l’explique le pape du reggae. À 77 ans, le Jamaicain s’est associé à Easy Riddim Maker (E.R.M.), deux Strasbourgeois : Olivier Gangloff et Romain Ferrey. À la base pour un titre, au final pour un album et une tournée.

Respect.

Et comme si le mot d’ordre était lancé, les gars de Mass Hysteria qu’on aime ou pas ce rock-metal français, ont mis une solide ambiance devant la Last Arena. Mouss Kelai, le chanteur, était déchaîné. Bien sûr, il cause, il cause de quoi faire passer Ponpon (qui présente certains groupes) pour un taiseux mais en dehors de ses diatribes anti-capitalistes, le Français fait passer un message. Celui de la fête et du respect pour son public. Ça cogne, ça frappe mais jamais de manière gratuite. Un beau bordel.

Comme celui dans nos têtes. Si DIIV a deux I et Suuns deux U, impossible de se couper en deux : les New-yorkais et les Montréalais jouaient en même temps. Les premiers dans la Petite Maison dans la Prairie, les seconds dans la Jupiler X Marquee.

Et il fut pénible de quitter les Canadiens qui, avec deux albums et deux EP au compteur, imposent leur patte. Leur rock un peu psyché mais surtout hypnotique et bien électrique n’est pas sans faire penser à leurs concurrents, auteurs du seul Oshin.

De quoi tenir 50 minutes, pas plus, Zachary Cole Smith, le chanteur quittant la scène avant de se raviser en regardant sa montre. C’est que le public en redemandait. Deux groupes, assurément, à suivre.

Devandra Banhart, lui, se présentait avec un statut bien plus important. Pour preuve, La Petite Maison dans la Prairie ne s’est pas vidée alors que l’Américain se faisait attendre. Sans un mot d’excuse pour son retard, cet hybride entre le mannequin et le hippie que ces dames adorent a livré un concert tout à fait mou du genou. Bien sûr, on ne s’attendait pas à pogotter mais de là à le voir chuchoter, gestuelle bizarre pour souligner le propos, on ne s’y attendait pas. "À Mon avis, il est dépressif en ce moment", susurrait une admiratrice. Ouaip, mais pas son public.

C’était quoi le mot d’ordre ? Respect ? Zappons…