Musique

Jean-Louis Aubert a perdu des proches, côtoyé la mort et en est sorti plus vivant encore

BRUXELLES On s’était quittés sur ses Premières prises , où pour se (et nous) faire plaisir, Jean-Louis Aubert avait emprunté leurs succès à d’autres (dont le sublime Dis, quand reviendras-tu à Barbara, son amie) ainsi qu’à Téléphone.

Puis le temps a passé et la vie n’a pas été tendre avec l’ex-leader de Téléphone. Des amis sont partis, des proches, aussi. Et son père, dont il a tenu la main jusqu’au dernier souffle. “J’ai eu deux périodes de dix jours pendant lesquelles j’ai écrit deux chansons par jour ”, explique-t-il. “Je pense que ça a été énormément teinté par la disparition de mon père et de beaucoup d’amis. Déjà, le fait d’être dans les coulisses de la vie, dans les morgues, les crématoriums et compagnie, ça m’a donné énormément de vitalité et de pêche. C’est assez curieux… Mais ça m’a donné envie de dire des choses sincères, de serrer les autres dans mes bras, de toucher les mains des personnes âgées. Ça a donné une espèce d’urgence.

C’est seul dans le Sud, en Provence, qu’il a ouvert les vannes de l’écriture en même temps que son cœur. Ce qui donne, au final, un album si riche… qu’il a fallu en faire deux ! “Ce qui a été difficile, ça a été d’éliminer des chansons, parce que j’en avais vraiment beaucoup. D’ailleurs, on a sorti un autre album, qui s’appelle Hiver. Au final, ça fera presque un double, en fait. Il y avait même encore plus de titres enregistrés que ça, mais on a arrêté le combat, faut de combattants ! (rires) Au total, on en avait 35.

De retour en studio, et alors qu’on lui propose de travailler avec une ribambelle de musiciens, Aubert hésite. Pour, au final, jouer d’à peu près tout, non par soucis d’économie ni par radinerie, mais parce que cet album, si personnel, il se voit mal en confier une part essentielle à d’autres, lui qui vit intensément cette musique de l’intérieur. Alors, sur certains titres, il touche à tout et s’en réjouit à l’arrivée.

La voix, elle, n’a pas changé. Ou plutôt si, mais en mieux. Il rougirait presque du compliment, si les années passées sur la route n’avaient blindé un peu le cœur d’artichaut. “Je ne fais rien de particulier, même si ça se travaille ”, confesse-t-il. “Mais je n’ai plus peur et ça aide énormément à sortir des sons qui jusque-là m’étaient inaccessibles.

Jean-Louis Aubert, Roc Eclair , EMI



© La Dernière Heure 2010