Musique Coupable du tube le plus assassin de 2002, Sophie Ellis Bextor remplit depuis longtemps son chargeur musical

BRUXELLES C'est sous un lipstick couleur sang et au son d'un gimmick solidement fluide qu'une Londonienne aux airs de poupée slave a enseveli, l'an dernier, bien des faiseurs de tubes. Mais si Murder on the dancefloor - ça se passe de commentaire! - est son premier visa pour la gloire, sachez que Sophie Ellis Bextor approvisionne son chargeur musical depuis l'âge de 8 ans. Avec le groupe The Audience, c'est plus tard qu'elle fait ses armes en tant que pro et, il y a 3 étés, sort définitivement de l'ombre en imprimant sa voix de nacre sur un morceau à mi-chemin entre dance et lounge, Groovejet, du DJ italien Christiano Spiller.

Varier les tempos!

Au moment où son album solo Read My Lips en est à son troisième single (Get over you), nous n'avons pas manqué de lui faire remarquer que Groovejet était peut-être un petit peu plus tendance et moins popu que ce qu'elle livre désormais. Sa réponse révèle tout de suite un caractère bien trempé.

`Désolée mais il ne me semble pas que Groovejet soit moins commercial que Murder on the dancefloor. Il l'est même plus! Fais-moi confiance, je sais qu'un succès grand public n'est pas un gage de qualité. Je n'ai jamais agi dans cette optique et la première personne que je dois satisfaire quand je fais de la musique, c'est moi. Ce qui m'intéresse, c'est de créer des tempos variant d'un titre à l'autre, une pour le vendredi soir, une pour le dimanche après-midi ou une autre pour le mercredi matin. Et, au niveau des textes, faire preuve de maturité. Comme Bowie ou Debbie Harry.´

A bientôt 24 ans (le 10 avril), Sophie n'est donc pas qu'une belle plante lookée 50ies (`j'adore cette époque, Rita Hayworth, Bette Davis, Vivien Leigh, Marilyn´) mais se passionne et se déchaîne pour un tas de choses. A commencer par la vie! Dans son discours, elle encourage les femmes à saisir les opportunités qu'elles méritent. Dans ses chansons, et notamment sur Move the mountain, elle soulève que le sexe fort gère moins facilement que le sexe faible les difficultés du quotidien. Et puis, porte-parole de luxe, elle est actuellement en campagne contre la fourrure naturelle. Répondant à l'appel de l'association PETA.

`Il n'y a rien de pire qu'un artiste qui se regarde le nombril et ne communique que sur son ego. Moi, je m'enflamme, je m'indigne, mon cerveau est sans cesse en ébullition, je suis impatiente et du genre à prendre les devants et il est donc normal que tout cela se traduise en musique. Même si je ne me prends jamais au sérieux. Murder on the dancefloor est un bon exemple. Cette chanson dénonce le côté compétitif de notre société mais c'est la légèreté et l'ironie qui l'emportent.´

Si l'on ajoute qu'elle est très fan de Nabokov (`j'aime son esprit, très noir et très drôle´), on comprend mieux pourquoi Sophie s'énerve quand on la bassine avec son soi-disant passé de mannequin. `J'ai fait ça pendant six semaines, il y a trois ans, en me disant que c'était plus fun que de bosser dans une boulangerie. Mais, je le répète, rien ne me fait autant vibrer que la musique.´

Elle parle français!

Pour couronner le tout, il arrive à Sophie de s'exprimer dans un français plus que potable. Ce qui tombe bien puisqu'elle sera sur la scène de l'Ancienne Belgique le 17 février. Nous lui avons demandé d'énumérer dans notre langue ses coups de coeur belges. `J'aime beaucoup La Madone de Bruges - Michel-Ange of course - et les moules marinières. Avec des frites, de la mayonnaise et une bière blonde.´ Chapeau! Sûr qu'à la sortie de son prochain album (`on n'en est qu'aux démos´), aucun admirateur belge n'aura oublié cet exploit. Merci Sophie.

Sophie Ellis Bextor, Read my lips (Universal). Le 17/02 à l'Ancienne Belgique.

© La Dernière Heure 2003