Musique Piloté par ses fils, l’album de reprise en hommage au chanteur est une vraie réussite.

La mode est aux albums de reprises en hommage à tel ou tel artiste. Les projets du genre se multiplient depuis Génération Goldman. Il y a les tributes to Barbara, Michel Delpech, Michel Fugain, etc. Mais le résultat est rarement à la hauteur. Soit parce que trop commercial, soit parce que manquant d’âme. Deux écueils que Pierre et Charles (alias Ours) Souchon sont parvenus à éviter, eux qui sont à la barre de Souchon dans l’air. C’est à la terrasse d’un bar bruxellois qu’on a évoqué avec eux cette aventure.

Comment est né le projet ?

Pierre : "Il ne vient pas de nous mais d’une maison de disques qui a voulu suivre ce qui se fait. Ils nous ont demandé de faire cet album mais on s’est d’abord dit que ce n’était pas forcément une bonne idée. Puis, très vite, on s’est dit que ce projet allait se réaliser qu’on en soit ou pas. Alors, autant être aux manettes et faire en sorte que ces chansons, qui font partie de notre vie, soient un peu soignées. Que ça ne fasse pas trop projet opportuniste ou commercial. Soyons les garde-fous."

Le choix des artistes et de ce qu’ils allaient chanter était-il évident ?

Charles : "Il y avait des gens évidents. M parce que c’est un ami d’enfance et qu’il a appris ses premiers accords de guitare sur la guitare de mon père. Mathieu Boogaerts, Jeanne Cherhal ou Vincent Delerm reprenaient déjà des chansons de notre père en concert et on voulait restituer ça."

Pierre : "Le plus important, c’étaient les élans de chacun. Faire une reprise, c’est un exercice artificiel alors il fallait que chacun se drape de la chanson et se l’approprie à sa manière. Ce ne sont pas des artistes qui sont à tout prix dans des projets commerciaux. Ce sont des artistes honnêtes qui restituent bien la sensibilité des chansons de notre père. Quand je vois Cœur de pirate - que j’aime beaucoup au demeurant - qui chante du Renaud, je ne vois pas la filiation. On voulait que ce soit cohérent."

Tous les artistes contactés ont dit oui ?

Charles : "Certains ont dit non, deux ou trois, pour des questions de planning ou de manière très cash. Francis Cabrel a répondu que l’exercice ne lui plaisait pas parce que rien ne valait la chanson originale. Pourtant, il aime beaucoup les chansons de notre père, il nous l’a déjà dit personnellement."

Il y a des choses inattendues sur ce disque…

Charles : "Avec Y a d’a rumba dans l’air, on s’est dit qu’il y avait un côté décalé et décadent, que Katerine incarnerait bien cela. Poulailler’s Song , c’est la chanson la plus tordue du disque. L’idée du projet n’était pas de faire un exercice de style en faisant des versions salsa ou en jazz, mais Poulailler’s Song étant une chanson rock garage, binaire, c’était trop éloigné de ce que fait Oxmo. Le faire en rap, avec son flow à lui, c’était assez évident. On est très contents de cette version. On redécouvre le texte qui a un autre écho. On a aussi voulu laisser une grande liberté aux artistes. On a contacté Vanessa Paradis en lui proposant de faire Quand j’serai K.O. Elle était très contente mais elle nous a confié avoir une grande affection pour la chanson Le Baiser. On a laissé les artistes libres de choisir leur chanson."

Comment Alain Souchon a réagi lorsqu’il a pris connaissance de ce projet ?

Charles : "Il a d’abord dit ‘Je ne suis pas mort. Je ne suis pas encore mort .’ Il n’était pas fou de l’idée, de faire comme tout le monde, et en même temps, ça le flatte, ça le touche. À la base, il est dans sa chambre avec un cahier et une guitare. Imaginer qu’ensuite ça va être chanté par Vanessa Paradis, ça l’amuse et ça lui fait très plaisir."

Il a eu son mot à dire sur cet album ?

Charles : "Il n’a absolument pas participé à ce projet. Il n’aurait pas su quoi dire parce qu’il n’aurait pas été objectif. Mais il était un peu comme un gosse, à vouloir des infos, c’était mignon."

Il reçoit beaucoup de reprises de ses chansons ?

Pierre : "C’est dingue. Il a reçu des versions punk de Allô maman bobo, des versions chiliennes de Foule sentimentale, des versions improbables et décalées… ( il chante : Les poules sentent l’Emmenthal…) C’est marrant."(rires)

Various artists : Souchon dans l’air - Disque 1 (Universal).