Musique Les Français seront au Botanique ce jeudi

LE MANS Peut-on croire aux vertus de la publicité? Ou du moins à son impact sur le consommateur qui se ruera sur le produit vanté? The Film n'en a cure mais n'en finit pas d'apprécier les conséquences dérivées qu'une annonce télévisée expose à son auditoire. Sans maison de disques, le duo issu de Champagne avait placé Can You Touch Me sur une compilation qui est arrivée un peu par hasard dans une agence de pub qui devait lancer une nouvelle campagne pour une célèbre marque d'automobiles françaises. Les White Stripes ne voulant pas solder comme musique d'accompagnement Seven Nations Army, les créatifs se sont rabattus sur un autre duo: celui formé par Guillaume Briere et Benjamin Lebeau.

Attachante et entraînante, cette chanson éveillera vite les intérêts, si bien que les deux Français ont trouvé une maison de disques et ont pu sortir un premier album en sacrifiant pas mal de titres parmi les quarante morceaux qu'ils avaient en stock. Sans ce passage répété à la télé, les Rémois seraient-ils au Botanique ce jeudi pour donner un nouveau concert en Belgique (ils sont déjà passés par la Rotonde pendant les Nuits)? La question ne sera jamais résolue, mais il est évident que The Film ne s'est pas reposé sur ses lauriers. Avec le travail comme vertu cardinale, les deux garçons qui se sont connus vers 17 ans s'étaient déjà essayés sous le nom de Time Stretcher ou de Benja & Fatalis pour des projets plus électros qui leur ont permis d'ouvrir leurs horizons musicaux et de davantage jongler avec la technique.

Produit et réalisé dans leur home studio, le premier opus sonne british à un point confondant. En phase avec son temps, The Film revisite certaines ambiances du passé où des références comme T-Rex ou David Bowie ne peuvent qu'écrire en or de bien belles lettres de noblesse.

«Le public belge réceptif»

Sur scène, le duo se mue en quatuor (avec batteur et saxophoniste, les deux initiateurs du projet se défoulant à la guitare et à la basse) pour déployer une énergie communicative et démontrer que ce rock inventif ne repose pas sur du vent.

«Cela fait un an et demi que l'on tourne, mais on peut véritablement parler de tournée depuis deux mois et demi puisque nous avons plus ou moins quatre concerts par semaine, examine Benjamin Lebeau. Nous sommes ravis de revenir en Belgique où nous avions apprécié l'accueil reçu à la Rotonde. Sincèrement, le public belge - et allemand aussi, du reste - est plus réceptif que celui de Navarre. En France, il est long à démarrer. Dernièrement, on a donné un concert pendant lequel les gens ont timidement hoché la tête. Un flop? Le mec de la salle nous a dit que ça faisait longtemps qu'un groupe n'avait pas autant fait bouger son auditoire.»

Le public belge, qui apprécie déjà The Film, se pose peut-être moins la question que le français pour qui l'interrogation suivante est capitale: le successeur de l'album éponyme sera-t-il chanté en français, sésame pour être diffusé sur les ondes et, a priori, ratisser un plus large public? «Nous n'avions inclus qu'une seule chanson en français (NdlR: Où est le plaisir?) sur le premier album. Ce qui est certain, c'est qu'il y aura encore des chansons dans la langue de Shakespeare. On a envie d'en faire davantage dans notre langue maternelle, mais tout dépendra de notre niveau de satisfaction face au résultat. On va devoir trouver la bonne formule. Etre authentique. Mes références en français sont Bashung ou Gainsbourg qui chantent d'une façon assez linéaire. Il y a moins d'envolée mélodique que chez les anglophones. En anglais, je peux balancer un Baby Come On comme refrain car mon degré d'exigence est moindre. L'anglais est plus facile d'un point de vue phonétique. Je dois encore trouver une plume pour m'exprimer en français. Mais le but du jeu, c'est de continuer à écrire des textes ludiques.»

Si Benjamin Lebeau dit ne pas encore savoir à quoi ressemblera musicalement le nouvel album, nul doute qu'il s'alignera dans la lignée du premier. Maintenant que le duo a trouvé une formule qui marche...

© La Dernière Heure 2005