Musique Le groupe de hard rock français fête ses 40 ans ce soir au Brussels Summer Festival. Rencontre avec le guitariste Norbert - alias Nono - Krief.

"On est ravis de revenir en Belgique, confesse le guitariste de 61 ans dont le meilleur ami est liégeois. À chaque fois, depuis quarante ans, on y a passé d’excellents moments. Le public belge est très chaleureux." L’occasion pour Norbert Krief, fondateur du groupe Trust avec Bernie Bonvoisin, de se rappeler quelques anecdotes propres au plat pays qui remontent à trente ans ! "Je me souviens d’un festival axé sur les homosexuels, hommes comme femmes. C’était super, mais quand on est arrivés sur les lieux, il n’y avait que des matelas sur le sol… C’est très particulier. Il n’y a que des Belges pour faire cela ! (sourire)" Sans oublier le jour où ils ont fini en prison. "On devait jouer à Mouscron, raconte Nono, le compositeur d’Antisocial, qui est en train de réaliser un album (Father and Son) avec son fils David Sparte. On est arrivés dans une salle où il y avait de la terre battue par terre et des fils un peu partout. Heureusement, on a été contraints d’annuler le concert, car on mettait en péril la sécurité de tous. Du coup, on a passé la soirée à l’hôtel. Avec nos équipes anglaises de l’époque, entre 25 et 30 personnes. On jouait au foot sur le parking. Le ballon est tombé sur une voiture. La personne a appelé la police et on a commencé à se disputer avec eux. Ça s’est fini en bagarre et tout le groupe a terminé la nuit en cellule ! Il se passe toujours quelque chose d’intéressant en Belgique ! (sourire)"

Pourquoi Trust a connu autant de séparation en quarante ans ?

"Ce sont nos histoires… Mais on est un vieux couple avec Bernie. Et tout le monde le sait, ce n’est pas facile de vivre en couple. Il y a des hauts et des bas. On a connu tellement de succès dans les années 80 - on jouait 350 dates par an - qu’on était arrivés à un point de saturation et de lassitude, ce qui est normal. Mais on a été honnêtes, car, à chaque fois qu’on a eu ce sentiment, on s’est séparés. Alors qu’on aurait pu continuer pour l’argent. Mais à partir du moment ou on a plus envie d’être sur scène, on a tout stoppé. Quand ça ne va plus, il faut savoir se dire : on fait un break. Ce qui est moins évident avec sa femme ou son mec ! (sourire) "

Et vous voilà de nouveau sur les routes pour vos 40 ans…

"Avec Bernie, on s’était recroisés en juin 2016 à la terrasse d’un café. On était un petit peu en froid. Mais comme on s’était rencontrés en 1977, on s’est dit que ce serait bien de mettre nos querelles de côté. Car on a créé un beau bébé tous les deux et ce serait bien de fêter ses 40 ans. Personne, même pas nous, ne pensait qu’on allait remplir les salles aussi vite. Si on l’avait fait pour l’argent, on n’aurait pas fait une tournée de petites salles entre 500 et 1.000 spectateurs. Ce n’est pas là-dedans qu’on gagne de l’argent et puis, vingt personnes sur la route, ça coûte ! C’est juste une chance d’avoir un groupe qui marche dans le temps alors pourquoi s’en priver ?

Votre tube Antisocial fait-il toujours sens aujourd’hui, reste-t-il d’actualité ?

"Il est plus que d’actualité, malheureusement. Avec cette chanson, on est pris par deux sentiments. Le premier, c’est la fierté d’avoir pondu un titre comme celui-là. Surtout qu’on l’avait écrit et composé en cinq minutes avec Bernie. Et c’est un énorme succès, encore aujourd’hui. Le second sentiment est de la tristesse, car si la chanson plaît et parle encore aujourd’hui aux gens, c’est qu’elle est toujours d’actualité. La pauvreté est là, plus que jamais. Le seuil de pauvreté ne fait qu’augmenter. Les riches sont plus riches et les pauvres sont plus pauvres…"

Cela vous a donné envie de refaire un album engagé ?

"Ah ben il est terminé et on espère le sortir fin de cette année. On l’a enregistré il y a trois mois en live, mais sans public. Exactement comme notre tout premier album, dans une salle de concert tous ensemble. Trust n’a jamais été fleur bleue ni chansons d’amour. Bernie n’a pas de message, mais parle de choses concrètes et essaye de sensibiliser les gens. Le disque traite de tous les problèmes bouillants sociaux et politiques. On jouera d’ailleurs 3 ou 4 nouveaux morceaux à Bruxelles. Comme le titre Démocrassie ou Tête de liste, tête de tûûûûût ! (rires)"