Musique Un quatrième album pour le groupe bruxellois

BRUXELLES The Red Room, l'album s'ouvre avec la voix chaude de Marc Huyghens qui chante quasiment a cappella si l'on excepte les quelques accords qui plombent l'ambiance. Venus est de nouveau sur orbite à portée de la terre. Enfin théoriquement. «Je ne cache pas que j'appréhende vraiment la sortie de cet album parce que je suis persuadé qu'il n'est pas évident, qu'il faut l'écouter plusieurs fois», confie Marc Huyghens, chanteur-guitariste du groupe bruxellois. «Et de nos jours, qui va encore prendre le temps de le faire?»

Ceux qui connaissent Venus et attendent cet album depuis la sortie de Vertigone en 2003 vont franchir le pas, celui de plusieurs écoutes, et ils en seront récompensés car cet album s'appréhende avec le temps, se fixe dans l'oreille malicieusement, sans qu'on y prenne garde.

Car Venus, pour ce quatrième album, a décidé d'opérer un virage en abandonnant le côté acoustique et mélodique qui avait fait sa marque de fabrique et a enregistré l'album de manière analogique, de façon à sonner assez live. «Je pense que c'est venu intuitivement, que cela a découlé de la manière dont est né l'album avec des compositions très brutes, continue le chanteur. «Un travail énorme a été fait sur le son. Il va chercher dans la sobriété, dans le côté brut. Comme on avait une démo avec très peu d' overdubs, la suite logique était d'aller jouer les morceaux ensemble en studio et tant qu'à faire d'inscrire ça sur bande. Le son est assez texturé, les instruments se mélangent, on n'arrive pas trop à les distinguer. Les choses s'enchaînent logiquement, sans une réflexion conceptualisée. Contrairement aux autres albums, le principal a été fait avec des instruments électriques, amplis,...»

Et avec Head, producteur anglais de PJ Harvey ou de Massive Attack alors que le groupe avait l'habitude de ne compter que sur lui-même, préférant laisser aux autres les noms clinquants et les possibles déceptions qui les accompagnent.

«La marque du producteur? s'interroge Marc Huyghens. On a 10 sur 10, s'il n'avait pas été là, on aurait 7 sur 10. Il n'a pas créé le son, il l'a épanoui. Il a essayé de simplement restituer ce qu'on a fait et après de l'optimaliser. C'est un travail superpro d'intelligence, de disponibilité, de respect.»

Le mot est lancé et repris en choeur par Christian Schreurs et Pierre Jacqmin, respectivement violoniste-guitariste du groupe et bassiste-contrebassiste. «Head a respecté le travail qui avait été fait en amont. Il ne s'est pas dit qu'il devait ajouter sa patte, faire sonner Venus comme il l'entendait. Il a vraiment beaucoup écouté nos morceaux, nos instruments pour restituer au mieux notre son.»

Plus ingé-son que producteur, Head a laissé les quatre gaillards s'exprimer en studio (à l'interview, il manquait Jean-Marc Butty, le batteur), les a laissés s'épanouir. Il leur a été présenté par John Parish qui aurait bien voulu bosser avec eux mais, à cause de son emploi du temps, il a dû décliner une... deuxième fois... En attendant, le groupe n'a pas cherché à reproduire des morceaux aussi accessibles que Beautiful Days ou She is so Disco. «La première vient de trois accords à la mandoline. L'autre a été construite ludiquement, sur ordinateur. On n'a jamais ou quasiment jamais réussi à faire une version fidèle en live, si ce n'est acoustiquement. Elle n'a pas été écrite pour faire un single, c'était pour s'amuser.»

De toute façon, ce n'est pas dans l'habitude du groupe de se mettre la pression. «On fait un album tous les trois ans, se félicite Christian Schreurs. «Grosso modo, un an pour l'album, un an pour tourner et un an pour se ressourcer. On ne nous a jamais mis de pression de sortie. Heureusement, on ne pourrait pas. C'est important de respirer. Avec Venus, ça se fait vraiment naturellement. On fonctionne énormément à l'envie.»

Et chacun développe s'il en a envie d'autres projets. Comme Marc Huyghens et Little Hotel. «C'est un trio chant-batterie, chant-guitare et contrebasse. Ce sera fait quand on aura le temps, mais je ne crois pas cette année-ci.»

Priorité à Venus. Welcome In The Red Room, où l'on se sent bien.

Venus, The Red Room (Bang!).

© La Dernière Heure 2006