Musique


La chanteuse enregistre actuellement son 11e album, le premier avec des chansons originales depuis dix ans.

C’est en plein enregistrement de son nouvel album à paraître fin septembre que Viktor Lazlo nous reçoit dans le cadre du prestigieux studio ICP, à Bruxelles. En cabine, la chanteuse pose sa voix sur un titre, suave à souhait. Aux manettes derrière la console de mixage, le producteur Luc Cox et le compositeur Michel Bisceglia, partenaire de longue date de l’interprète du Canoë Rose. La prise de son terminée, ça discute sur le résultat. Bien, pas bien. Une respiration mal placée. Fluide ou pas assez. On assiste en direct, non sans une certaine émotion, à la création d’un des titres du disque à venir.

"Quand je pense que je ne voulais plus revenir en studio… Je me trompais", nous dit Viktor Lazlo, plus rayonnante que jamais. Il y a pourtant des années qu’elle n’avait plus mis les pieds dans une cabine d’enregistrement. La dernière fois, c’était en 2011 pour un disque de reprises de Billie Holiday (My Name Is Billie Holiday). "On l’avait enregistré dans le studio de Dan Lacksman en live, comme si on avait fait une captation de concert." Mais son dernier disque studio avec des titres originaux remonte à dix ans avec Begin the Biguine.

Ce qui l’a éloignée des studios ? Ce qui se passe après les enregistrements, ce qu’elle appelle "le cirque médiatique" et "ceux qui s’érigent en décideurs, en juges. Ceux qui peu vent ré duire à néant un travail de longue haleine en un mot, en une phrase." Dans le viseur : les critiques. "J’ai beaucoup de respect pour les journalistes", dit-elle, "mais j’estime que quand on n’aime pas, on n’en parle pas. Ou alors en étayant ses propos de façon objective et justifiable."

On se demande dès lors ce qui a bien pu la pousser à pousser à nouveau la porte d’un studio. "Michel Bisceglia !", répond-elle sans l’ombre d’une hésitation. "On adore tourner ensemble. On a fait tellement de concerts ces dernières années, plus que dans toute ma carrière. Il m’a dit que si je voulais continuer à chanter sur scène, je devais sortir de nouvelles chansons, que je ne pouvais pas continuer à utiliser le back catalogue. Et Michel, c’est quelqu’un qui arrive toujours à ses fins." La preuve…

Les voici donc attelés à l’enregistrement de ce nouveau disque, le 11e de sa discographie. Un album ancré dans le temps présent. "Ce sont des chansons écrites avec des textes qui racontent des choses, qui parlent de gens. Mais pas forcément de moi. C’est un album très marqué par ce qui nous tombe dessus depuis deux ans. C’est le cas du titre Lola&Jim, mais aussi de Debout et de Dans les bras du monde. On ne peut pas ignorer ce qui se passe autour de nous. Il y a aussi des chansons d’amour, forcément. L’album s’appelle Woman. Je pense avoir été très longtemps une jeune fille et aujourd’hui, je suis une femme (elle frappe du poing sur la table). Je m’intéresse beaucoup plus au monde dans lequel je vis et aux êtres humains que je ne connais pas. Tout cela s’est peut-être développé avec l’écriture parce que ma capacité d’observation s’est élargie." Parce qu’en effet, depuis 2010, Viktor Lazlo écrit aussi des romans.

On sent la chanteuse concentrée mais sereine au moment de poser sa voix sur les différentes musiques qui composeront ce disque. "C’est tout sauf de la pression. Ici, on assiste à une extraction de l’hormone du stress. Parce que j’aime ce que je fais et parce qu’on travaille depuis longtemps sur les chansons." L’enregistrement a commencé en septembre 2016.

Le fait d’enregistrer chez ICP n’est probablement pas pour rien dans cet état d’esprit. "À l’entrée, il y a les pochettes de mes deux premiers albums qui ont été faits ici", indique-t-elle, des étoiles dans les yeux. "Revenir ici, c’est un pur bonheur. J’ai non seulement l’impression d’être à la maison mais, en trente ans, le studio est devenu une vraie maison. On y est comme des coqs en pâte tant on prend soin de nous. Et ça ne me rappelle que des bons souvenirs."

Viktor Lazlo dévoilera l’intégralité de ce nouvel album lors de son passage à la Madeleine le 7 août dans le cadre du Brussels Summer Festival.

En savoir plus

Viktor Lazlo en concert à la Madeleine le lundi 7 août dans le cadre du BSF.

Infos : www.bsf.be. Tickets : https ://tickets.brussels-expo.be

Un 4e roman en janvier

"J’ai toujours pris plaisir à chanter, toujours ! S’il existe une source de plaisir pour moi sur cette Terre, c’est chanter." La confession a le mérite de la clarté. Elle n’empêche cependant pas Viktor Lazlo de s’adonner à une autre de ses passions, l’écriture. Le 15 janvier sortira son 4e roman intitulé Les Passagers du siècle. "Écrire et chanter procurent la même joie. Ça ne passe pas par les mêmes chemins mais le résultat, c’est une bénédiction de l’univers, ça vous amène dans un état de grâce total. C’est génial, un pur plaisir (rire) . C’est beaucoup de travail, mais qu’est-ce qu’on a de la chance de faire ce qu’on aime comme métier !"

La chanteuse ne le cache pas, avant de donner de la voix, elle a écrit. "Écrire, c’est la première chose que j’ai faite. J’ai commencé à l’âge de douze ans en écrivant une nouvelle. J’ai toujours tenu mon journal et écrit des petites histoires." Ce n’est pourtant que récemment qu’elle a dévoilé au public cette autre facette de sa personnalité artistique. Son premier roman, La Femme qui pleure, est paru en 2010 chez Albin Michel.

Il s’en est fallu de peu pour qu’il ne sorte jamais. "Il y a une quinzaine d’années", raconte-t-elle, "j’ai montré des textes à un éditeur qui m’a demandé de tenter un roman. C’était le patron de Grasset à l’époque. J’ai écrit les cent premières pages. Il m’a dit qu’il y avait un style et qu’il allait me publier. Cette réponse m’a suffi à l’époque, je n’avais pas besoin d’en savoir plus. J’ai rangé mes textes dans un tiroir sans finir le roman en question. Je n’étais pas prête." Des années plus tard, elle croise Claude Rappé qui lui dit vouloir écrire sa biographie. "J’ai répondu ‘sûrement pas, ça n’intéresse personne. D’ailleurs, si ça devait exister, je l’écrirais moi-même.’ Il m’a demandé de pouvoir me lire. Je lui ai donné les cent pages du roman et, le lendemain, il m’a appelé en larmes en me disant que c’était aussi fort que Françoise Sagan (rires). Il a souhaité que j’achève le livre, et il me trouverait une maison d’édition. Et j’ai fait trois romans chez Albin Michel."