Séries À l’affiche de la série télévisée Shooter, Ryan Philippe a ciblé la DH pour se confier.

À l’origine de Shooter , on trouve un roman intitulé Point of Impact , un thriller de Stephen Hunter publié en 1993. Ce livre palpitant mettait en scène un ancien sniper de la guerre du Vietnam lui-même inspiré d’un vrai tireur d’élite américain : Carlos Hathcock. Ce soldat - décédé en 1999 - était un sniper appartenant au corps des marines. À son actif, 93 ennemis de la bannière étoilée abattus rien qu’en lorgnant dans son viseur. Pendant 35 ans, cet homme a d’ailleurs détenu le record de distance de tir au combat avec un soldat abattu à 2.286 mètres pendant la guerre du Vietnam.

Son record et les nombreux récits de ses exploits feront de lui une légende adulée parmi les Marines. Sa renommée de flingueur de bad guys et son indéniable habileté au niveau de la gâchette lui permettront enfin de devenir un des principaux créateurs du programme d’entraînement des fameux Navy Seals.

Le roman de Hathcock a été adapté au cinéma en 2006 par Antoine Fuqua sous le titre Shooter avec Mark Wahlberg dans le rôle principal. Dix ans plus tard, USA Network a décidé d’adapter cette histoire sous la forme d’une série dont Ryan Philippe, ex-Monsieur Reese Witherspoon, est la vedette. Entre deux tournages, nous avons pu localiser le soldat Ryan. Entretien.

Comment expliquez-vous le succès international de cette série télévisée alors que la thématique est finalement très américaine ?

"Je pense que le public se fiche un peu de l’origine de la série. Ce qu’il regarde avant toute chose, c’est la manière dont nous présentons la vie de ce soldat. Un soldat qui pourrait être dans n’importe quelle armée du monde finalement. Shooter est aussi une série qui vous tient en haleine. C’est un thriller vachement bien écrit et qui vous propose dans chaque épisode un cliffhanger [NDLR : lorsqu’un récit s’achève avant son dénouement, à un point crucial de l’intrigue, quitte à laisser un personnage dans une situation difficile, voire périlleuse]. Du coup, les téléspectateurs n’ont qu’une envie : savoir ce qui va se passer par la suite. Au fond, c’est une série très addictive. Je connais des gens qui ont tellement accroché qu’ils regardaient parfois dix épisodes d’affilée ! Le mérite revient au scénariste John Hlavin et son équipe d’auteurs. Ce sont eux qui ont élaboré, construit la série de telle façon que vous ne puissiez plus vous en passer !"

Comment vous êtes-vous préparé pour ce rôle ?

"Pour les épisodes de Shooter, j’ai passé pas mal de temps à Camp Pendleton. C’est la base des Marines qui se trouve près de San Diego. J’ai aussi des amis comme Jeff Ross qui ont entraîné des soldats dans des missions et interventions militaires à l’étranger. Notamment en Irak et en Afghanistan. J’ai pris enfin des cours de tir afin d’acquérir les positions et gestes des professionnels. Pour ce rôle, j’ai appris comment viser ou se placer, comment choisir le poste d’observation, comment se dissimuler, comment se positionner par rapport au soleil afin d’éblouir l’ennemi qui se trouve en face. Mais aussi comment faire le vide dans sa tête, comment économiser ses mouvements, etc. J’ai surtout beaucoup appris sur la patience et toutes les qualités requises pour être un sniper opérationnel."

Le fait de tenir dans la main un fusil, cela doit donner l’impression d’être puissant, non ?

"Je ne dirais pas ça. J’ai eu plus le sentiment que c’était une expérience sociologique. Pour moi, il s’agissait plus de comprendre les dégâts que cela peut faire. Je l’ai vraiment appréhendé comme ça. J’ai aussi essayé d’avoir une approche à la fois émotionnelle et rationnelle. Je n’ai surtout pas essayé d’intellectualiser, ce n’était pas le but. En incarnant ce soldat, j’ai compris que, lorsqu’on s’en donne les moyens, quand on a le mental qui va avec, on peut aller très, très loin !"

Comme quoi par exemple ?

"Se fixer des objectifs dont on ne sait pas s’ils sont atteignables, ressentir le stress que cela génère, mais aussi se dire qu’au bout de la lunette de son fusil, on a le droit de vie ou de mort et qu’on est aussi responsable des hommes qui sont avec vous, cela vous donne surtout une sacrée pression !"

Êtes-vous un bon tireur ?

"Je vais vous raconter une anecdote. Un matin, je me suis retrouvé au milieu de trois snipers du corps des Marines. C’était très intimidant. Bref, c’était mon tour de tirer. Lors de mon second tir à 800 mètres, j’ai touché une cible métallique de 30 centimètres de diamètre. Je ne vous raconte pas la tête de ces soldats. Ils ne savaient pas trop quoi dire. Vous savez, pour ce type de rôle, c’est important de bien se préparer. Vous ne pouvez pas être passif ou chercher le confort ou la facilité. Il y a quelques jours, par exemple, nous avons tourné des scènes en plein dans le désert de Californie. Il faisait 40 °C. C’était difficile pour les acteurs et les équipes techniques. D’autant que nous avons travaillé de 8 h du matin à 20 h du soir. On devrait nous décerner une médaille rien que pour ça !"

© D.R.

Cela vous fait quel effet, vous, une star du cinéma, de vous retrouver dans une série télé ?

"Je dois dire que la télé a été pour moi une révélation. Quand vous tournez dans un long-métrage pour le cinéma, la logistique est très lourde. Vous passez beaucoup de temps dans votre loge ou dans votre caravane en attendant que l’on vienne vous chercher pour tourner votre scène. La télé, c’est beaucoup plus rapide. Pour faire court, vous n’avez pas le temps de buller, d’être contemplatif. Dans le cas de Shooter, j’ai à peine le temps de me poser et de penser ! Je suis en flux permanent. Tendu. Il y a aussi un truc que j’aime avec la télé, c’est tout ce que cela génère au niveau des réseaux sociaux. J’aime beaucoup cette interaction avec les gens. J’aime leurs commentaires. J’aime le fait qu’ils vous posent des tas de questions. Bref, on est vraiment en prise directe avec la réalité !"

Recevez-vous beaucoup de réactions ou de remarques provenant de vrais militaires ?

"Constamment ! Ils semblent très accros à cette série télé et à son contenu. Il faut dire que, dans cette production, nous nous évertuons à donner une dimension humaine aux soldats. Nous ne voulons pas qu’ils ressemblent à des espèces de Terminator sans émotions. Nous sommes très soucieux également de la manière dont agissent les militaires sur le terrain. Tant au niveau tactique qu’au niveau du maniement des armes. J’ai la chance d’avoir parmi mes amis des vétérans. Notamment parce que j’ai eu l’occasion d’œuvrer dans beaucoup d’associations caritatives pour les besoins de l’armée. Comme ce sont des gens que j’admire et que j’apprécie, je voulais être sûr que le personnage que j’incarne leur rende hommage d’une certaine façon. C’est pour cette raison que nous nous sommes tous beaucoup entraînés. Nous voulions que, aux yeux de ces militaires et aux yeux du public, nous soyons crédibles !"

Dans le cas de Shooter, avez-vous effectué vous-même toutes les cascades ?

"Oui ! Sauf une fois parce que la scène était très dangereuse. Vous savez, je suis quelqu’un qui adore repousser les limites. Lorsque vous signez pour un rôle physique, vous ne pouvez rester les bras ballants. Vous devez donner de votre personne pour que les gens se dissent : ‘Whaouh, cet acteur n’a qu’une ambition : nous donner un spectacle qui nous scotche dans notre fauteuil’. Bref, je ne fais pas du chiqué ! Quand j’ai signé pour Shooter, la première chose que j’ai dite à la production c’est : ‘Laissez-moi mettre en avant mes qualités sportives et athlétiques et vous verrez que le public sera encore plus réceptif’. Et c’est justement ce qui s’est passé. Maintenant, je ne vous cache pas qu’il y a un prix à payer quand vous vous donnez à fond. Et ce prix-là, ce sont des muscles froissés, des coupures, des luxations, des ecchymoses etc. Pendant la première saison de Shooter, je me suis esquinté le pied droit et la cheville. Cela ne m’a pas empêché de continuer le tournage. C’est juste que sous le treillis, j’avais un gros bandage et qu’en revenant dans ma caravane, j’avais le sentiment que mon pied allait exploser tant je souffrais. Je suis en bonne condition physique et j’ai pratiqué des sports de combat. Un jour, j’ai dû, au cours d’une journée entière, sauter d’un immeuble pour des répétitions qui n’ont même pas été filmées. Au total, j’ai probablement sauté dix fois et à chaque fois j’avais les mains moites. Mais bon, toute ma vie j’ai fait du sport. Toute ma vie, j’ai toujours aimé me lancer des défis. Je sais que je ne pourrai pas faire ça durant des décennies. Tant que je suis jeune et encore valide, j’en profite donc !"

Êtes-vous quelqu’un d’héroïque dans la vraie vie ? Et par extension, qu’est-ce qu’un héros pour vous ?

"Je ne me qualifierais pas de héros car je sais que je suis un acteur un acteur qui joue les mecs qui n’ont peur de rien. Seulement un acteur. Au-delà de ça, je pense être quelqu’un de courageux. Récemment, je me suis rendu au Sénat pour parler de la couverture médicale des vétérans et de leur prise en charge quand ils ont combattu et ont été blessés ! Je me bats aussi avec The Innocence Project, une association qui aide et soutient les victimes d’erreurs judiciaires. Notre but, c’est que ces gens qui n’ont pas les moyens de se payer des avocats puissent sortir de prison."

Qu’est-ce que l’héroïsme à vos yeux ?

"C’est la capacité et la volonté de protéger ceux et celles qui ne peuvent pas se défendre. C’est intervenir n’importe quand et n’importe où. J’ai beaucoup d’admiration pour ces hommes et ces femmes militaires qui, à différents niveaux, n’hésitent pas à se sacrifier pour préserver les valeurs qui nous sont chères. L’héroïsme, à mes yeux, est donc lié à la notion de sacrifice. Je pense qu’un héros, c’est enfin quelqu’un qui a aussi une conception plus large de l’humanité."

D’après vous, pourquoi sommes-nous des va-t-en-guerre depuis la nuit des temps ?

"C’est une très bonne question et c’est une question que je me pose depuis que je suis tout jeune. Je pense que c’est dans notre ADN. En ce moment, on est en train d’essayer politiquement d’imposer la démocratie US dans d’autres pays, et on se rend compte que les gens chez qui nous nous sommes invités n’en veulent pas ! Et on insiste, encore et encore. On veut faire un copier-coller de notre mode de vie, de notre modèle économique et social, de notre culture sans même prendre conscience qu’il n’est pas forcément compatible dans d’autres pays. Les philosophes, les sociologues, les historiens de tout temps se sont posé la même question que vous : ‘Quand est-ce que l’humanité va faire preuve de sagesse ?’ Peut-être que ça n’arrivera jamais. C’est d’ailleurs ce que je pense foncièrement. Je ne suis pas très optimiste quant à l’avenir. Quand on voit l’actu, il faut avoir la foi ! (rires). Mais je ne veux pas sombrer dans le pessimisme pour autant. Le fataliste et le cynisme, ce n’est pas mon truc; mais ils peuvent vous aliéner si vous n’y prenez pas garde !"