Télévision “Baser toute son ambition sur la présentation du JT, ça peut être dangereux”.

“Je n’ai pas vu le temps passer !”, lance Alix Battard lorsqu’il s’agit d’évoquer ses cinq ans passés au JT de RTL-TVi. Un anniversaire – et à une semaine près, la même date ! – qu’elle partage avec son collègue, Olivier Schoonejans qui, lui, “ne compte plus les années” depuis son entrée à l’avenue Georgin, il y a 14 ans. “Je n’ai que 35 ans et pourtant, j’ai l’impression d’être un vieux de la vieille !”

Il n’y a aucun doute, les deux jokers piliers du RTL Info sont épanouis par leur métier, qu’ils ne considèrent pas comme une fin en soi. Ils reviennent pour nous sur ces cinq années passées au cœur de l’info de RTL-TVi.

Quelle est la différence entre l’Alix et l’Olivier d’il y a cinq ans et d’aujourd’hui ?

Alix : “Je trouve que j’ai quand même changé. J’ai d’ailleurs récemment revu un JT d’il y a quelques années et j’avais vraiment l’impression de voir un enfant ! (rires) Aujourd’hui, je me trouve plus assurée et plus mûre sur la forme. Sur le fond, je sens que j’ai plus d’expérience. On s’est petit à petit approprié le métier. Je trouve également que le nouveau décor nous a beaucoup portés. Ce changement m’a permis de m’affirmer et de prendre davantage possession du studio. J’ai vraiment senti un avant et un après.”

Olivier : “De mon côté, j’ai également regardé un de mes premiers JT il n’y a pas si longtemps. J’ai été surpris ! C’est vrai que physiquement, on change. Mais, il y a également du changement au niveau de l’aisance à l’antenne, de la façon de présenter. Je trouve qu’on a bien appris en cinq ans.”

Avez-vous plus de responsabilités qu’à vos débuts ?

Olivier : “On en prend plus en tout cas. C’est quelque chose qui vient avec le temps car, au départ, quand on est joker, on fait un JT de temps en temps avant de s’installer. Les autres journalistes nous regardent un peu de loin parce qu’ils ne nous connaissent pas donc on n’ose pas trop prendre d’initiatives…”

Alix : “Contrairement à Olivier, qui s’occupait des infos radio, je travaillais déjà dans la rédaction du RTL Info avant de devenir présentatrice du JT. Donc, je connaissais déjà un peu plus que lui, l’équipe du JT. Mais, effectivement, le présentateur à RTL a quand même une certaine forme de responsabilité parce que c’est lui qui fait la conduite du journal. Au début, on a plus tendance à se reposer sur le chef info et le rédacteur en chef. Ensuite, avec le temps et l’expérience, on peut davantage s’affirmer dans nos choix et nos positions.”

Vous souvenez-vous de votre premier JT ?

Alix : “Oui, ça s’était d’ailleurs très bien passé. J’avais ouvert sur une victoire des Diables Rouges. Je me souviens parce qu’on m’avait dit que ça allait me porter chance pour mon premier JT…”

Olivier : “Moi, je ne me souviens pas du premier JT. Mais je me souviens de mon premier 13 Heures. Philippe Malherbe avait fait mon nœud de cravate ! C’était un détail qui me stressait plus qu’autre chose avant de passer devant la caméra.”

Appréhendiez-vous le premier passage devant la caméra ?

Alix : “Moi, ça ne me stressait vraiment pas. Tout ce qui m’importait au début, c’était de savoir ce que j’allais choisir comme première tenue. (rires) Je me souviens d’ailleurs que j’avais mis une espèce de blouse bleue un peu soyeuse…”

Olivier : “Moi, par contre, j’étais énormément stressé à l’idée de passer devant la caméra ! Au casting, Laurent Haulotte nous avait dit : Il ne faut pas vous mettre de pression. Il n’y a que 400.000 personnes qui regardent le JT à 13 heures et 500.000 le soir. Mais après tout, ce n’est pas à ça que vous devez penser hein ! Bon amusement ! De quoi nous déstresser n’est-ce pas ? (rires) Heureusement, avec le temps, l’angoisse s’est estompée.”

Chaque présentateur donne sa petite touche personnelle au JT. Quelle est la vôtre selon vous ?

Olivier : “C’était une des questions que je m’étais posée au départ : qu’est-ce que je veux faire passer au JT ? On m’a donné un bon conseil : Reste toi-même et ta personnalité va ressortir ! Et, en effet, ça ne sert à rien de jouer un jeu.”

Alix : “Je pense qu’en général chacun a son style tout en restant dans le ton RTL Info. Mais, heureusement, nous ne sommes pas des robots et avons notre personnalité. Personnellement, je trouve qu’apporter notre touche au JT est quand même assez compliqué en tant que joker. C’est ce qui fait que ce poste est un peu ingrat. Comme on ne présente pas le JT de façon récurrente, on doit toujours se réapproprier le JT. Travailler avec un rythme plus régulier, nous permettrait de nous sentir plus légitimes. On travaillerait davantage sur notre style et notre écriture.”

Quelle est la force de l’autre selon vous ?

Alix : “Ce que je peux dire d’Olivier, c’est qu’au JT comme en radio, il a une écriture très franche et courte. Je trouve ça efficace. Je trouve également qu’Olivier est très créatif dans les conduites. Il amène du rythme.”

Olivier : “Moi, quand je regarde Alix au JT, j’ai l’impression de voir la femme que je connais en dehors du journal. Elle est classe et naturelle. C’est quelqu’un qui apporte le sourire, qui donne l’impression d’être sûre d’elle et enthousiaste.”

Être présentateur du JT, cela implique-t-il une connaissance approfondie de l’ensemble de l’actualité ?

Olivier : “Chez RTL, les journalistes sont censés être polyvalents et prêts à aborder tous les sujets. On ne peut pas expliquer quelque chose qu’on n’a pas compris soi-même…”

Alix : “Mais, on n’est pas forcément spécialistes dans chaque domaine. Parfois, on doit donner l’impression de maîtriser même si ce n’est pas notre sujet de prédilection.”

Avez-vous toujours rêvé d’être présentateur du JT ?

Olivier : “Non, pas vraiment. Mais je pense qu’il ne faut pas baser toute une ambition de boulot sur ça…”

Alix : “Je partage la façon de penser d’Olivier. J’ai commencé à vouloir être journaliste à une fête d’école primaire qui avait pour thème : le journal télévisé. J’y jouais le rôle de la présentatrice du JT. Résultat : je me suis dit que c’était un chouette métier. Mais baser toute son ambition sur ça, c’est un peu dangereux.”

Aviez-vous des modèles de présentateurs JT ?

Alix : “Moi, j’ai toujours bien aimé Claire Chazal pour son côté rassurant et classe. Je ne dis pas pour autant que c’était la meilleure journaliste de la terre.”

Olivier : “De mon côté, j’envie la décontraction de Laurent Delahousse. Son aisance me fascine !”

Alix : “Oui, il a une telle décontraction que ça lui donne un petit côté négligeant. Moi, je suis davantage bluffée par la précision de David Pujadas. Il a une manière hyper pédagogique d’expliquer son journal.”

Tous deux ont trouvé l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle

Dans quelques semaines, Alix Battard donnera naissance à son 2e enfant. Elle reviendra à l’antenne à la rentrée…

Arrivez-vous à déconnecter du boulot une fois rentré à la maison ?

Alix : "Moi, très bien mais j’adore l’actu donc je regarde toujours les infos. Quand on regarde le JT avec Laurent (Haulotte, son mari, NdlR) , c’est le moment des grosses discussions. On vit peut-être le journal de manière plus intense que d’autres couples ! (rires) Mais on n’est pas obsédé par ça non plus."

Olivier : "Avant, je culpabilisais quand je déconnectais lorsque j’étais en vacances. Avec le temps, bien que je n’arrive jamais vraiment à me détacher de l’actu, j’essaye d’être moins assidu pendant les congés. Mais, c’est difficile…"

Alix, pensez-vous ralentir la cadence après votre congé maternité ?

Alix : "J’espère ne pas avoir à le faire ! Pour l’instant, j’ai un bon équilibre donc il n’y a pas de raison que cela change. Croisons les doigts."

Que disent vos enfants quand ils vous voient à la télévision ?

Olivier : "Ca les amuse deux minutes puis c’est terminé, ils continuent à jouer et me disent souvent : Papa, on aime bien quand tu présentes le journal mais on préfère quand même quand tu es à la maison ! Une chose est sûre : je ne leur conseille pas de faire ce métier. C’est un boulot de passion qui demande des sacrifices, qui a des horaires compliqués et qui impose des choses à la famille. Maintenant, s’ils sont passionnés par le journalisme, c’est autre chose…"

Pourriez-vous faire ce métier toute votre vie ?

Alix : "Toute ma vie, je ne sais pas mais j’aimerais bien présenter, un jour, le journal de manière plus fixe. Paradoxalement, la présentation du journal permet d’avoir une stabilité qui permet d’organiser sa vie autour, de manière plus sereine. Le reportage nous demande, au contraire, plus de flexibilité. Donc, parfois, je me demande si j’arriverais à supporter le rythme du reportage toute ma vie… Mais bon, avant d’être présentatrice, je suis journaliste. Si je ne devais plus présenter le journal, ce serait peut-être une déception mais je n’en serais pas malheureuse."

Olivier :"Tout ce que je sais, c’est que pour le moment, ce que je fais me convient parfaitement. Le terrain ne me manque pas et je ne suis pas à la recherche d’autre chose."