Télévision

Canal+ continue de payer pour "Le Grand Journal" un an après sa suppression: la chaîne a été condamnée aux prud'hommes à verser plus de 3,4 millions d'euros à l'ex-animatrice du "Grand Journal" Maïtena Biraben pour l'avoir licenciée en 2016 sans "cause réelle" ni "sérieuse".

L'animatrice avait accepté en 2015 de prendre les commandes du "Grand Journal", émission phare de la chaîne, à la demande de Vincent Bolloré, qui venait de prendre le contrôle de Vivendi, maison-mère du groupe.

Après une forte chute d'audience, la journaliste avait été écartée de l'émission à l'été 2016, au bout d'une seule saison, puis licenciée en juillet pour "faute grave", ce qui empêchait le versement des très fortes indemnités prévues dans son contrat.

2,5 M d'indemnités de rupture

Le conseil de prud'hommes de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) a statué : le licenciement de l'animatrice était sans "cause réelle" et "sérieuse" et ouvre donc le versement de ces indemnités et rattrapages de salaire pour un total de plus de 3,4 millions d'euros.

Les prud'hommes ont accordé à Maïtena Biraben 2.550.000 euros au titre de cette indemnité de rupture, 510.000 euros à titre de dommages et intérêts pour licenciement "sans cause réelle et sérieuse", le paiement de son préavis à hauteur de 162.500 euros, 138.356 euros d'indemnité de licenciement, le paiement de sa mise à pied soit 38.456 euros et des congés payés afférents, a précisé l'avocate de l'animatrice, Claire Fougea.

Après des débuts à la Radio suisse romande, Maïtena Biraben avait été révélée dans "Les Maternelles" sur la Cinquième, avant de rejoindre Canal+ en 2004 et d'y animer notamment la "Matinale", "Le Supplément", et de succéder à Antoine de Caunes à la présentation du "Grand Journal".

Aujourd'hui animatrice sur la radio RMC (14h-16H), Maïtena Biraben, 51 ans, réclamait 4 millions d'euros à la chaîne cryptée. Les parties peuvent faire appel.

Au printemps 2016, "quand Vincent Bolloré s'est aperçu que le nouveau format du Grand Journal ne faisait pas remonter les audiences, il a décidé de se séparer de Maïtena", selon l'avocate de l'animatrice.

Tranches en clair réduites

"Pour éviter d'avoir à payer l'indemnité contractuelle, les dirigeants de Canal+ vont invoquer une démission, puis, comme ils s'aperçoivent que ça ne tient pas la route, ils vont mettre en place un licenciement pour faute grave, dont les motifs ne tiennent pas non plus la route", avait affirmé l'avocate à l'issue de l'audience en juin dernier.

Maïtena Biraben avait été remplacée par Victor Robert en septembre 2016, pour une ultime et courte saison avant l'enterrement en grande pompe du programme le 3 mars 2017. Le "Grand Journal" a depuis été remplacé par "L'info du vrai" d'Yves Calvi.

Canal+, contactée par l'AFP, s'est refusée jeudi à tout commentaire.

L'avocat de la chaîne Eric Manca avait assuré en juin que le licenciement pour faute grave était justifié par la "déloyauté" de l'animatrice envers la chaîne.

Selon lui, la chaîne avait simplement annoncé que Maïtena Biraben quittait l'animation du "Grand Journal", puis lui avait fait plusieurs propositions, mais l'animatrice avait "tenté de passer en force pour obtenir le paiement d'une somme assez rondelette (ses indemnités de départ, ndlr) qui était due s'il y avait eu une exécution loyale de son contrat de travail", avait-il argumenté.

Depuis l'arrivée de Vincent Bolloré à la tête du groupe, les tranches en clair de Canal+ ont été fortement réduites et plusieurs émissions emblématiques supprimées. Le groupe a également perdu les droits de diffusion du football français au profit d'un concurrent espagnol pour la période 2020-2024.