Télévision La suppression de passages du reportage sur le plan Marshall, mercredi soir, continue de susciter de vives réactions

BRUXELLES Décidément, le numéro de Questions à la une de ce mercredi, consacré au plan Marshall de relance de la Wallonie, continue de faire couler beaucoup d'encre. La suppression, à la demande de l'administrateur général de la RTBF, Jean-Paul Philippot, de certains passages du reportage a encore suscité hier de vives polémiques.

Parmi les séquences litigieuses sucrées au montage, on trouvait une interview du sénateur MR Alain Destexhe affirmant que «aussi longtemps qu'on ne s'attaque pas à ce problème majeur de gouvernance publique, plutôt de malgouvernance publique que nous avons en Wallonie et aussi en partie à Bruxelles, je ne crois pas qu'il est possible de redresser véritablement la Wallonie. Vous savez que notre système public présente quelques caractéristiques uniques au monde. La Wallonie, c'est 262 communes, 5 provinces, 133 intercommunales, 33 para-régionaux, 9 centres universitaires, 29 hautes écoles, 5 TEC alors qu'il n'y en a qu'un en Flandre, 9 sociétés de distribution du câble télé. Trop de décisions publiques dépendent encore du fait que vous avez la bonne carte de parti, l'accès à un logement social par exemple.» Un discours qui visait évidemment implicitement le PS, omniprésent en Wallonie.

Si du côté de la direction de la RTBF on a parlé de changements mineurs, d'autres y voient au contraire une censure politique bien plus grave. Ainsi, le président du MR, Didier Reynders, s'est dit «surpris que la RTBF, pourtant attachée à la liberté rédactionnelle, applique une censure préalable sur l'un de ses reportages.» Les représentants MR au sein du Conseil d'Administration de la RTBF demanderont ainsi ce vendredi à l'administrateur général de la chaîne publique de s'expliquer.

Au boulevard Reyers, c'est également l'émoi. Les journalistes de la RTBF ont envoyé une lettre à Jean-Paul Philippot dans laquelle ils estiment que «les modifications imposées au reportage avant d'en autoriser la diffusion ont clairement été dictées par un souci du politiquement correct qui ne peut pas constituer la grille de lecture du travail des journalistes de la RTBF.» Les journalistes se disent alarmés par cette intervention directe de Philippot, d'autant «qu'elle s'ajoute à d'autres incidents récents.»

En filigrane, c'est l'indépendance de la RTBF vis-à-vis du PS qui pose question. Dommage qu'une émission comme Questions à la une, qui avait su s'imposer pour son indépendance de ton, en ait fait les frais...

© La Dernière Heure 2006