Télévision Est-ce de l'inconscience... ou du professionnalisme à toute épreuve ? 

Pour rendre compte de l'ouragan Irma, certains journalistes n'ont pas hésité à aller au plus près de l'ouragan, et donc du danger, pour rendre compte de la violence du vent ou de la puissance du torrent d'eau. Mais à y regarder de plus près, les risques pris par les journalistes sont exactement opposés aux consignes des autorités qui conseillaient tout simplement de se mettre à l'abri. Mais parfois, le devoir d'informer justifie la prise de risque.

Premier exemple avec ce journaliste américain d'ABC News qui réalise un direct depuis ce qui semble être le balcon d'un studio de télévision de Miami. Le journaliste qui tient une corde à la main accrochée à la rambarde de la terrasse explique la violence des vents. Son caméraman n'hésite d'ailleurs pas à filmer les palmiers de l'autre côté de la rue qui subissent de vents de plus de 150km/h.


Côté français, la journaliste Agnès Vahramian de France 2, s'est également produite en direct depuis une plage de Floride samedi soir, alors que l'ouragan n'en était pas encore à son maximum. On voit pourtant la journaliste tenter de résister au vent de 130km/h lui venant depuis la plage. "On tient à peine debout", explique-t-elle d'ailleurs. "A part les journalistes, il n'y a absolument plus personne."


L'inconscience poussée à son paroxysme, c'est comme cela que l'on pourrait qualifier cette troisième vidéo. Juston Drake se qualifie comme "météorologiste, chasseur d'ouragans et photographe/caméraman". Il s'est filmé dans l’œil de l'ouragan en train de tester la force du vent. Si cet homme n'est pas un journaliste et encore moins un journaliste professionnel, son but semble être d'informer ses followers sur Twitter... Et la réflexion autour du risque reste la même.


Mais alors, ces mises en scène sont-elles opportunes de la part des journalistes ? Quelle est la plus-value informationnelle apportée par ces images ? S'il faut bien reconnaître que ces images impressionnantes renforcent le témoignage de violence des vents, le jeu en vaut-il la chandelle ? "Le principe global est toujours le même, explique Jean-François Dumont, secrétaire général adjoint de l'Association des journalistes professionnels francophones de Belgique. Il s'agit de mettre en balance l'intérêt général et la vocation de la presse qui est d'être témoin de situation comme celles-là avec la sécurité physique du journaliste. Et les rédacteurs en chef bien avisés prendront la mesure de ce risque."

Autrement dit, se trouver dans une situation inconfortable peut se justifier en fonction l'intérêt journalistique. "S'il y a un véritable danger de mort ou de blessure grave pour un journaliste mais qu'il est journaliste de guerre et qu'il est en situation où il pense en son âme et conscience qu'il peut prendre ce risque, cela peut se justifier. Mais se mettre en danger physiquement pour dire que l'ouragan est violent, là, je dirais que la balance penche dans l'autre sens. On n'a pas besoin d'un journaliste au milieu des bourrasques, au risque qu'il se prenne une toiture sur la figure pour se rendre compte de la violence des bourrasques. Et là, on peut suspecter une entreprise de communication de la part du média ou du journaliste qui pourrait dire 'regardez chers téléspectateurs, nous sommes au milieu de l'ouragan, nous sommes courageux'."

Pourtant, le secrétaire général adjoint de l'AJP n'y voit pas là une nouvelle tendance du journalisme actuel. "Les premiers exemples datent de la première Guerre du Golfe (1990-1991, ndlr.) où des journalistes étaient sur place mais en savaient moins que leurs collègues en studio à Paris ou Londres. Mais simplement le média voulait dire 'nous sommes là, et nous faisons partie de l'événement'. Cela participe à une glorification de l'envoyé spécial et du journalisme en général. Par contre, je le répète, il y a bien sûr des situations de mise en danger qui sont tout à fait légitimes et tous les journalistes qui sont morts ou qui ont été blessés au cours de leur métier n'étaient pas tous des têtes brûlées."