Télévision David Pujadas pourrait aussi se passer de l’antenne pour se consacrer à la production.

C’est avec le sourire que David Pujadas nous a reçus, ce mardi matin, dans les bureaux de LCI, chaîne (la première d’info en continu en Belgique) où il a fait son grand retour - il y a été présentateur pendant sept ans - après avoir été évincé de la présentation du 20 heures de France 2, poste qu’il occupait depuis seize ans. " J’aime LCI. Je m’y sens très bien pour des raisons sentimentales et éditoriales. La direction que lui a donnée Thierry Thuillier (directeur général de LCI, NdlR) est à la fois formidable, efficace et intéressante ", nous explique David Pujadas qui a désormais deux casquettes au sein de la chaîne d’information. Il y est, en effet, à la fois présentateur et producteur de l’émission 24 heures Pujadas, l’info en questions (ancienne tranche horaire d’Yves Calvi, parti sur Canal +) diffusée du lundi au vendredi, de 18 h à 20 h. " Je ne serais pas venu sur LCI si je n’avais pas eu la possibilité de produire cette émission et de lancer ma société de production (Particules Productions). Cette dernière est d’ailleurs installée chez LCI.

Vous arrivez donc sur LCI avec un état d’esprit différent…

"Oui, on se sent entièrement responsable de son propre sort et de celui de son équipe. On n’est pas l’employé de quelqu’un avec ce que ça peut avoir de sécurisant et parfois d’infantilisant. Si l’émission ne fonctionne pas, c’est moi qu’on viendra voir."

Vous y retrouvez également d’anciens collègues de France 2…

"Le fait de retrouver d’anciens collègues de France Télévisions, Thierry Thuillier en premier, c’est quelque chose qui vous met en confiance. Je suis certain de parler le même langage que lui. On se comprend en un clignement d’œil. On est d’ailleurs toujours resté en contact. On s’est toujours dit qu’un jour on retravaillerait ensemble."

Quand l’idée vous est-elle venue de monter votre propre société de production ?

"C’était une hypothèse à long terme. Il fallait une occasion, un déclic. J’en avais d’autres. J’aurais pu quitter ces métiers publics du journalisme pour faire autre chose. Monter une entreprise, par exemple. Mais, pour moi, c’était plus naturel de me lancer dans le domaine de la production télévisuelle parce que j’ai une légitimité à la télévision. J’ai envie de créer, de produire et ne plus être seulement journaliste. J’ai envie de cette liberté. Je ne sais pas si je suis fait pour ce métier mais en tout cas j’ai envie de le faire."

Pourriez-vous vous passer de l’antenne pour vous consacrer totalement à la production ?

"Je pourrais me passer de l’antenne, oui. Produire des émissions animées par d’autres me plairait bien aussi. J’ai d’ailleurs un documentaire en cours de tournage ainsi qu’un autre documentaire et une émission sur la vie publique en cours de développement. Les deux derniers n’ont pas encore de diffuseur mais je ne m’en fais pas pour ça."

Vous avez été débarqué du 20 heures de France 2 mais vous présentiez aussi L’émission politique sur la même chaîne. Pourquoi avoir tout laissé tomber ?

"Parce que quand vous exercez des responsabilités éditoriales à ce niveau-là, il y a forcément un lien de confiance avec vos patrons qui s’installe. Il est fondamental. Et, à partir du moment où ce lien a été brisé au 20 heures , ça n’a plus de sens de continuer."

Si après votre éviction de France 2, TF1 vous avait proposé la présentation du 20 heures. Vous y auriez réfléchi ou pas ?

"Gilles Bouleau est plus légitime que jamais à ce poste mais si jamais il décidait de partir et que TF1 décidait de me proposer le 20 heures, je dirais non. Cette page est tournée, je n’y retournerai pas. Je l’ai fait pendant 16 ans. C’était une formidable responsabilité mais il ne faut pas se retourner."

"L’époque des présentateurs stars est révolue"

"Il n’y aura plus jamais un Drucker ou un Patrick Poivre d’Arvor. Je pense que cette époque de présentateurs stars est révolue. Ceux-ci sont nés à la télévision au moment où elle était encore un objet nouveau et fascinant. Aujourd’hui, la télévision est devenue banale.. Moi, j’ai conscience d’être une tête de gondole, une incarnation ou plutôt quelqu’un dans l’esprit des gens mais pas au point d’être une star de la télé", nous confie David Pujadas qui a tout de même été choisi pour interviewer le président de la République Emmanuel Macron, dimanche dernier, au côté d’Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau, deux autres journalistes du groupe TF1.

"J’ai eu une satisfaction personnelle parce que c’est la première interview présidentielle. C’est un honneur. C’est la reconnaissance d’une crédibilité, d’un savoir-faire. Par contre, je n’ai pas eu de satisfaction vis-à-vis de France 2. J’ai lu des articles là-dessus mais je ne les ai pas vécus comme ça. J’ai de l’affection pour France Télévisions et je ne suis pas dans l’idée de me dire que c’est une vengeance.