Télévision

À quelques heures de s’envoler pour Venise, où elle présentait At Eternity’s Gate (A la porte de l’éternité), un film sur la vie de Van Gogh, dans lequel elle partage l’affiche avec Willem Dafoe, Emmanuelle Seigner, de très belle humeur, a répondu à nos questions sur son rôle de flic dans Insoupçonnable, remake made in TF1 de The fall. à découvrir sur La Une, dès le 11 septembre. Une commissaire sur la piste d’un serial killer campé par l’inquiétant Melvil Poupaud…


Qu’est-ce qui vous plaît tellement chez Chloé Fischer ?

“Ce qui me plaît, c’est que c’est un personnage un peu inattendu, même si on a vu beaucoup de personnages de flics. C’est une sorte de Columbo au féminin, mais qui aurait un petit côté Super Jaimie ! Elle peut voir une mèche de cheveux coupés à trois mètres, un beau mec à 200 mètres ! Il y a un côté improbable que j’aimais bien. Et puis, elle a un côté David Lynch, en ce sens qu’elle est vraiment bizarre. Dans les premiers épisodes, elle est moins intéressante, en fait. Contrairement au personnage de Melvil qui est très intéressant tout de suite, le personnage de Chloé Fischer se dévoile plus tard.”

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C’est aussi une femme très libre, à laquelle il ne faut pas en raconter, et qui n’en fait qu’à sa tête…

“Oui, et en même temps, on comprend, petit à petit, pourquoi elle est tellement obsédée par ce métier. Dans le premier épisode, on voit qu’elle a de l’argent, qu’elle habite dans un bel appartement. On comprend qu’elle ne fait pas ça pour gagner des sous, mais parce que c’est quelque chose de très personnel. Elle veut sauver des victimes. Ces deux personnages sont un peu pareils : ils sont tous les deux obsessionnels. Il y en a un qui est passé du côté du mal, elle, elle se sert de son obsession pour faire le bien. Ça aussi, ça m’a intéressée : il y a quelque chose de très positif. C’est une sauveuse mais ce n’est pas la good girl un peu chiante. Elle n’est pas non plus politiquement correcte.”

Vous avez eu très peu de temps pour préparer le rôle, arrivant tout juste d’un autre tournage. Il paraît que vous étiez très fatiguée en commençant. Ça a influencé votre manière de jouer Chloé ?

“Euh… peut-être (rires). C’est vrai que c’était très dur pour moi : j’ai eu 48 heures entre les deux tournages. Peut-être que ça a donné au personnage quelque chose d’un peu bizarre. En même temps, c’est une femme qui voit des choses très dures toute la journée, qui fait face à des choses très violentes. Après, c’est comme ça : je ne sais pas ce que ça aurait donné si j’étais partie en vacances juste avant.”

La télé oblige à tourner plus vite, mais laisse le temps d’approfondir un personnage. C’est une jubilation pour la comédienne ?

“Oh oui, bien sûr. C’est pour ça que les acteurs adorent jouer dans les séries. C’est comme si on faisait un film de 10 heures. On a beaucoup plus de temps pour développer son personnage. Mais dès l’écriture, le personnage devient de plus en plus profond et intéressant.”

C’est la première fois que vous jouez dans une série. Vous n’aviez été séduite par rien, jusqu’ici ?

“On m’avait proposé par mal de séries, mais c’était toujours des rôles plutôt secondaires et puis dans des séries qui ne m’intéressaient pas. Là, j’adorais déjà la série anglaise, j’ai adoré l’adaptation, le personnage. Ce qui m’intéressait, aussi, c’était d’aller sur une chaîne très grand public. Pour TF1, qui produit, c’est très transgressif et c’est un peu la première fois. Je suis contente d’être à l’aube de ce changement.”

Quel souvenir gardez-vous de la série originale ?

“Un souvenir assez flou. Je l’ai regardée parce qu’il y a quatre ans, on m’avait proposé un film avec Jamie Dornan, pour Netflix. Je voulais voir la tête qu’il avait et… il a une très très belle tête d’ailleurs. J’avais regardé la première saison et j’avais adoré. Mais je trouve l’adaptation très différente, même s’ils ont gardé l’ADN de la série, c’est beaucoup moins lent et beaucoup plus grand public. On est d’avantage sur l’enquête.”

Cela vous arrive de regarder une série et de vous dire que s’il y avait une adaptation, vous seriez partante, immédiatement ?

“Là, par exemple, je m’étais dit que c’était un super rôle, mais je n’avais pas pensé à moi ! J’adore les Desperate Housewifes, c’est un rôle que j’aurais pu faire. J’adore Mad Men, The Crown. Je suis un peu juste pour jouer la reine d’Angleterre et on n’a pas de reine, ici.”

Nous, on en a une en Belgique. Vous êtes la bienvenue !

(rires) “Ah oui, je pourrais jouer une reine belge ! Pour revenir aux séries, je trouve qu’en général, les auteurs sont très bons. Ce qui n’est pas toujours le cas des scénaristes de films !”

En lisant un scénario, vous savez rapidement si ça vous plaît, si vous avez envie de jouer ou pas ?

“Je sais très vite si je veux le faire ou pas. J’ai beaucoup d’instinct et, du coup, je n’ai pas besoin d’avoir beaucoup d’éléments pour savoir si ça m’intéresse ou pas. Ici, les épisodes arrivaient au fur et à mesure. J’ai été la première à être contactée, il y a plus de deux ans. Il n’y avait pas encore le personnage masculin… Je n’avais que les quatre premiers épisodes et j’ai tout de suite aimé.”

C’est aussi une femme qui, à certains égards, se comporte comme un homme. Est-ce qu’en 2018, c’est quelque chose qui vous tient à cœur, que vous avez envie de montrer sur TF1 à 20h50 ?

“Absolument. J’adore l’idée que ce soit elle qui est le commandant, que ce soit une femme qui a un métier d’homme. Je voulais qu’elle ait quelque chose de masculin dans sa manière de s’habiller, c’est pour ça que je m’étais coupé les cheveux. En même temps, j’aime bien qu’elle se comporte comme un homme, même dans sa sexualité. Je suis quelqu’un de très féministe et j’adore que les femmes aient le plus de pouvoir possible. Et je trouve ça fantastique que ce soit sur TF1 ! Ca veut dire qu’ils évoluent. J’avais joué un rôle un peu féministe dans La Venus à la fourrure…”