Télévision

A quoi bon un nouveau documentaire sur les attentats de Paris alors qu’on a l’impression que tout a été dit ? Comment évoquer, sans tomber dans le pathos, une tragédie qui a fait 130 victimes ? Ce sont deux questions qui peuvent se poser avant de commencer à visionner “13 novembre : Fluctuat Nec Mergitur”** disponible sur Netflix.

Après avoir regardé le triptyque des frères Naudet, le constat est implacable : Jules et Gédéon ont réussi leur pari.

Très bien construit

“Fluctuat Nec Mergitur”, du nom de la devise latine de Paris ("Battu par les flots, mais ne sombre pas") est, d’abord, très bien construit. 

Minute par minute, il détaille les événements de cette soirée cauchemardesque, aux quatre coins de la ville.

Pour y parvenir, les réalisateurs français ont peaufiné la forme. Les images sont très propres, les infographies éclairantes, les archives inédites. C’est le cas des appels enregistrés par les services de secours. Comme rarement, on comprend la panique qui s’est emparée soudainement de la ville et on mesure le professionnalisme des équipes qui ont dû gérer les victimes.

© AFP
Gédéon et Jules Naudet, les deux frères réalisateurs


Une quarantaine de témoins

Les frères Naudet s’étaient déjà confrontés à ce type de sujet en réalisant “9/11” auréolé de deux Emmy Awards. Ce travail les a certainement aidés à convaincre la quarantaine de personnes qui témoignent dans ce reportage. Le vigile du Stade de France, des clients du “Carillon”, François Hollande, les pompiers et les policiers, le chef de la BRI, de nombreux témoins et victimes interrogés longuement.

Ils parviennent à ne pas tomber dans le sentimentalisme à outrance de ce documentaire qui n’en avait de toute façon pas besoin. Dès les premières secondes, les notes de la chanson de Dutronc “Il est cinq heures, Paris s’éveille” prennent aux tripes et on se demande bien comment on va pouvoir visionner quasiment trois heures d'images sur ce thème. Une chanson d'ailleurs choisie par les Eagles of Death Metal pour débuter leur concert hommage aux victimes de Paris en février 2016.


Les réalisateurs n'ont certainement pas choisi ce titre de Dutronc, par hasard, tant la force de ce documentaire réside dans l’optimisme que dégagent les survivants. Ces derniers se rappellent évidemment de l’horreur mais retiennent, surtout, la solidarité, la dignité et l’humanisme qui ont émergé durant cet événement traumatique.

© BELGA IMAGE
Grégory Reibenberg, la patron de la "Belle Equipe"

Ce fut le cas après. Grégory Reibenberg a, ainsi, perdu neuf proches dans la tragédie mais il a tenu rapidement à rouvrir son établissement : “La Belle équipe”. Un doigt d’honneur à la barbarie des terroristes comme il l’affirme. “C’était un lieu de vie et ça va le rester. Et même encore plus.”