Télévision

Freddy Tacheny était très apprécié du marché publicitaire et, à ce titre, le meilleur garant du chiffre d’affaires de RTL

BRUXELLES La nouvelle a fait l’effet d’une bombe et ses secousses n’ont pas fini d’ébranler l’édifice de l’avenue Georgin. A dire vrai, l’annonce, jeudi soir, du "départ" de Freddy Tacheny, l’une des dernières figures tutélaires de la RTL House, a créé une telle onde de choc que le groupe privé a prudemment décidé de reporter toute communication à lundi.

L’occasion de se donner deux jours de plus pour élaborer une déclaration qui tienne la route et de sceller proprement la mésentente entre les deux têtes dirigeantes, aujourd’hui en profond désaccord. Car nul n’ignore plus que, ces derniers mois, l’ambiance était loin d’être détendue entre l’administrateur délégué, Philippe Delusinne, et son DG, Freddy Tacheny.

Même si tout le monde marche sur des œufs en interne et que le personnel continue à se taire dans toutes les langues, d’aucuns ne peuvent s’empêcher de souligner (en "off") que, dès le début, le ver était dans le fruit. Lorsque les licenciements de Pol Heyse et Eddy De Wilde avaient été rendus publics, le nom de Freddy Tacheny avait d’emblée circulé en tant que futur patron du groupe privé. Une solution qui semblait contenter les équipes tant à Bruxelles qu’au Luxembourg.

Mais un revirement de dernière minute avait porté Philippe Delusinne à la tête du groupe, instaurant assez rapidement, entre Freddy Tacheny et lui, une forme de guerre froide qui aurait pu rester larvée si chacun des deux hommes était resté maître sur son territoire. Philippe Delusinne assurant la représentation du groupe et la part "institutionnelle", tandis que Freddy Tacheny régnait sur les programmes et les régies. Mais au fil du temps, le territoire s’est avéré plus étroit que prévu pour ces deux forts tempéraments. En période de crise et sans réelle possibilité de développement en radio (Mint "ayant été assassinée" comme se plaît à le souligner Philippe Delusinne) ou en télé, les tentatives de développement vers la Flandre s’étant soldées par un échec, les frictions d’ego se sont multipliées.

Et même si, depuis huit ans, la page est bien tournée pour Francis Goffin - devenu patron des radios de la RTBF -, on ne peut que noter les parallélismes saisissants entre la fin de règne de l’un et l’autre des deux hommes à RTL. Car si Francis Goffin est parti "volontairement" à la RTBF, en 2003, son départ a mis fin à sept mois de conflit latent Force est, aussi, de constater que, depuis quelques années, les figures historiques se sont retirées les unes après les autres, et que la place se fait de plus en plus nette autour de Philippe Delusinne

Venu de marketing où il jouit d’une réputation enviable, et s’étant peu à peu imposé en télévision dans l’univers des programmes, Freddy Tacheny était très apprécié du marché publicitaire et, à ce titre, le meilleur garant du chiffre d’affaires de RTL, chaîne vivant essentiellement de la pub. Un profil difficile à remplacer. Il ne le sera d’ailleurs pas

© La Dernière Heure 2011