Télévision Larry Hagman, qui a interprété l'ignoble J.R. pendant 13 ans dans Dallas, était hier à Bruxelles. Rencontre

BRUXELLES Ses cheveux gris trahissent son âge (73 ans). Mais il suffit d'un sourire, un de ces petits rictus dont il a le secret, pour le reconnaître. Oui, c'est bien Larry Hagman que l'on a devant soi. Pendant 13 ans, il a incarné J.R., le héros que l'on aimait détester. Et pourtant, c'est un homme plein d'humour qui se prête aux interviews. En tournée en Europe pour promouvoir les DVD de Dallas (les deux premières saisons sont déjà sorties, la troisième est attendue pour la fin de l'année), Larry Hagman était hier à Bruxelles. «La première fois depuis 50 ans», confie-t-il. «A l'époque, j'étais en voyage de noces.» Affable et blagueur, il n'hésite pas à poser en photo avec ses interlocuteurs, avant de les payer avec un faux billet de 10.000 dollars à son effigie. Histoire de nous rappeler qu'avec J.R., tout est toujours une question d'argent.

Comment expliquez-vous le succès de J.R.? A la base, il ne devait s'agir que d'un personnage secondaire...

«Effectivement. Au début, les héros étaient Bobby et Pamela. Puis, mon personnage s'est développé. Je suis né au Texas, dans une petite ville près de Dallas. Donc, je connaissais bien les habitants, l'état d'esprit de la région. Je savais comment apporter certaines touches personnelles à J.R.»

Une des raisons pour lesquelles le personnage de J.R. fonctionnait aussi bien, c'était son sourire cynique. D'où vous est venue l'idée?

«Ce sourire est venu tout seul, avec la personnalité de J.R. Il aimait ce qu'il faisait: corrompre les gens, séduire les femmes et gagner de l'argent.»

Y a-t-il des pays où Dallas n'a jamais été diffusé?

«La Chine. Il y a un milliard de gens qui ne savent pas qui a tiré sur J.R.!»

L'épisode Qui a tiré sur J.R.? demeure un des plus gros succès d'audience de l'histoire de la télé...

«A l'époque, plusieurs journaux m'avaient proposé 250.000 dollars pour que je leur révèle qui m'avait tiré dessus. Mais je l'ignorais moi-même. J'ai quand même un moment pensé leur dire un nom comme ça et prendre l'argent. C'est ce que J.R. aurait fait (rires ). Mais, à l'époque, je renégociais mon contrat avec les producteurs de la série et je ne voulais pas prendre de risque. J'avais 50 ans et j'estimais qu'il était temps de gagner plus d'argent. Si je ne recevais pas le salaire que je souhaitais, J.R. serait mort. Mais j'ai obtenu satisfaction.»

Vous aimiez être le personnage le plus haï au monde?

«J'adorais cela. Heureusement, j'avais joué avant dans une série humoristique, I dream of Jeannie, et la plupart des gens savaient que je pouvais camper d'autres personnages.»

En dehors de J.R., comment analysez-vous le phénomène Dallas ?

«A la base, c'était Roméo et Juliette dans les milieux du pétrole. Avec Pamela, on avait Bobby qui épousait la fille de l'ennemi juré de sa famille.»

Il paraît qu'à une époque, vous ne parliez jamais le dimanche...

«Je faisais cela pour reposer ma voix. Ce n'était pas évident pour mes proches, notamment pour ma fille. Ces jours-là, on a fini par communiquer par langage des signes.»

J.R. en son temps était devenu plus célèbre que le président des Etats-Unis. Pensez-vous qu'il aurait fait un bon président?

«Mais J.R. est président! George Bush à la Maison Blanche, c'est comme si J.R. avait été élu.»

Que reprochez-vous à Bush?

«C'est un menteur!»

Clinton a également menti à l'époque de l'affaire Monica Lewinski...

«Oui, mais Clinton a menti pour une histoire de sexe. Ça n'a jamais tué personne. Bush, lui, a menti sur l'Irak. Mais il est vrai qu'on a l'habitude. On nous avait déjà menti sur le Vietnam. Le problème, aujourd'hui, c'est que les médias sont aux mains des conservateurs. Pour la guerre en Irak, vous avez été bien mieux informés que nous aux Etats-Unis.»

Pour vous, Bush est pire que J.R.?

«Oh oui. J.R. n'a jamais tué personne. Avec Bush, on a tué des dizaines de milliers de personnes en Irak.»

Vous auriez pu vous présenter à la présidence?

«Non. Je ne sais pas mentir ( rires ). Mais un jour, quelqu'un a mis le nom de J.R. sur les listes électorales d'une ville et il a reçu 30.000 votes.»

Des regrets dans votre carrière?

«Non, pourquoi en aurais-je? Je suis très riche, célèbre et heureux.»

© La Dernière Heure 2005