Télévision Frédéric Mitterrand est aujourd'hui directeur des programmes de TV 5

NAMUR De passage (éclair) au Festival de Namur, Frédéric Mitterrand, brillant, souriant et affable, se demande toujours pourquoi les organisateurs ont décidé de mettre à l'affiche Lettres d'amour en Somalie, sorti en... 1981. A dire vrai, il s'en amuse plutôt. «C'est peut-être parce que je suis considéré comme l'homme d'un seul film, qui a une réputation un peu culte. Ils ont dû penser que c'était la meilleure manière de mettre un petit coup de projecteur sur moi. Mais ça tombe bien: j'aime beaucoup ce film.»

Le cinéaste, c'est la facette la moins connue de Frédéric Mitterrand?

« Lettre d'amour... est arrivé au bon moment. Le film était singulier. Il a étonné. J'étais complètement inconnu, en plus, à cette époque. Qu'une image publique se soit développée ensuite, à travers les émissions de télé, fait que les gens ont préféré se souvenir du moment où je n'étais pas connu. Les gens adorent dire qu'ils allaient à Saint-Tropez quand ce n'était pas encore à la mode!»

Vous pensez avoir dû répondre à une attente d'autant plus grande...

«Oui, et cette attente a été déçue. Surtout qu'elle s'exprimait sur un média vulgaire - considéré vulgaire - qu'est la télévision. Le public a été confronté à une multitude de productions différentes et a trouvé ça moins bien. On s'attendait que je fasse un film de fiction, avec des dialogues, des personnages, des acteurs. C'est quelque chose que je n'ai jamais tenu à faire et que je ne ferai pas. J'ai une sorte d'infirmité face à l'intrigue cinématographique traditionnelle: je n'y crois plus. Je ne crois plus à 99% des films que je vois.»

Vous pensez que la télévision a pris aujourd'hui la place du cinéma? Qu'elle incarne la culture de notre temps?

«Aucun nouveau média n'efface le précédent. Elle le vulgarise et l'oblige à se remettre en cause. Aujourd'hui, deux tiers des films de cinéma se font grâce à la télévision. Cela influe sur la forme, sur la manière de faire. D'où l'impression, parfois, de voir des films qui ressemblent à des téléfilms et vice versa. Ce que je ne critique pas... Une des choses les plus importantes que j'ai apprises en prenant la direction de TV 5, c'est de constater qu'il y avait des téléfilms excellents.»

En tant que directeur des programmes, vous avez toute liberté?

«Non, on n'est jamais totalement libre et les contraintes ne me gênent pas. Le tout est d'avoir sa liberté intérieure. J'ai des obligations, notamment de beaucoup travailler avec les chaînes partenaires, et je ne suis pas toujours d'accord avec leurs programmes. Je tiens absolument à ce que TV 5 ait son identité propre.»

Comment éviter l'écueil de la vulgarité que vous évoquiez plus tôt?

«Il y a une très grande présence de la vulgarité aux heures de grande audience. Par ailleurs, si on cherche, si on va voir les programmes des chaînes câblées, on trouve énormément de choses intéressantes et belles à montrer. Je ne voudrais surtout pas qu'on me prenne pour un vieux grognon qui vilipende la télévision dégradée. En vérité, elle offre, aujourd'hui bien plus qu'avant, des possibilités d'évasion remarquables.»

Vous avez de temps en temps envie de prendre la place d'un animateur que vous voyez?

«Non. Mais sur le même thème, d'essayer de proposer autre chose. Sur TV 5, on a mis à l'antenne une émission hebdomadaire d'une demi-heure sur le cinéma. C'est fait avec des moyens modestes, mais c'est bien. J'ai mis aussi cinq émissions sur les livres! D'ailleurs, à ce sujet, je regrette beaucoup l'arrêt des émissions de Dolorès Oscari et de Michèle Cédric, qui était sans doute l'une des intervieweuses les plus remarquables dont on dispose dans le paysage audiovisuel.»

© La Dernière Heure 2004