Télévision Jeanne Moreau est morte dans son sommeil. Incroyable série de films cultes.

Mort naturelle. Survenue pendant son sommeil. C’est la femme de ménage qui, lundi à 7 heures 30, a trouvé Jeanne Moreau sans vie, dans l’appartement qu’elle occupait depuis trente-trois ans, rue du Faubourg Saint-Honoré. À 89 ans, l’actrice avait mis un terme à ses activités, mais pas depuis longtemps. Son dernier rôle, c’était en 2015 : Le talent de mes amis, d’Alex Lutz.

Elle disait souvent : "Je suis née au théâtre puis, en même temps, presque, j’ai débuté au cinéma." Ce n’était pas tout à fait exact. Ses débuts au théâtre remontent à 1946. Elle avait d’ailleurs pris des cours en cachette de son père, chez le doyen de la Comédie-Française d’alors, Denis d’Inès. Grâce à lui, elle fit ses débuts au sein de la prestigieuse Comédie- Française. Son père l’apprit en la voyant en photo. Il la mit aussitôt à la porte.

En 1949, à 21 ans, elle épousait un acteur de la troupe de Louis Jouvet, Jean-Louis Richard. Elle s’est mariée deux fois. Les deux fois, ça a duré deux ans.

L’année de son premier mariage est aussi celle de ses débuts au cinéma : un petit rôle dans Dernier amour. Ce sera son seul petit rôle de débutante.

Dès son deuxième film, Meurtres?, en 1950, à 22 ans, elle a le premier rôle féminin, aux côtés de Fernandel et Raymond Souplex. Dortoir des grandes puis Il est minuit Docteur Schweitzer l’amènent en 1954 et à un film culte, Touche pas au grisbi, avec Jean Gabin et Lino Ventura. En 1958, Ascenseur pour l’échafaud, et Les amants, tous deux de Louis Malle.

Pendant ce temps-là, elle continue à faire du théâtre. C’est l’époque aussi où Jeanne Moreau se lie d’amitié avec une femme écrivain, Anaïs Nin, qui l’entraîne à Los Angeles. Jeanne parle la langue : sa mère était une danseuse anglaise. À Hollywood, elle se lie d’amitié avec des personnalités comme Henry Miller, Tennessee Williams et Peter Brook qui la ramène en France pour tourner Moderato cantabile avec le jeune acteur star de la Nouvelle Vague, Jean-Paul Belmondo.

Orson Welles l’engagera pour un de ses films cultes, Le procès, puis pour sa prochaine adaptation de Shakespeare : Falstaff. Qu’elle joue en anglais.

Entre-temps, c’est Michelangelo Antonioni qui la veut pour La nuit, avec Marcello Mastroianni et Monica Vitti. Puis Joseph Losey pour Eva. Et François Truffaut, Jules et Jim.

Après, il y aura aussi Luis Bunuel (Journal d’une femme de chambre, en 1964) et de nouveau Truffaut (La mariée était en noir, en 1968). Elle a également tourné pour Elia Kazan, Wim Wenders, Fassbinder…

On pourrait résumer ces années 50 et 60 du cinéma français à deux icônes féminines. Brigitte Bardot pour les films divertissants; Jeanne Moreau, pour les sujets sérieux.

Louis Malle eut l’idée de les réunir pour un Viva Maria ! tourné au Mexique. Pour la grande bagarre presque finale, Malle avait engagé des bandes locales rivales. Il paraît qu’ils étaient venus avec de vrais revolvers et qu’il y eut de vrais blessés.

À partir des années 70, on a davantage vu Jeanne Moreau dans des rôles secondaires. Mais à Hollywood, en 1998, Sharon Stone lui remit un Oscar pour l’ensemble de sa carrière. Jeanne Moreau avait alors 70 ans.

Eddy Przybylski