Télévision Grégory Basso, 29 ans, héros de Greg le millionnaire, présenté comme maçon, a révélé son passé de détenu

PARIS La vie est un songe. La vie est un mensonge. «Voici l'histoire de Greg le millionnaire», annonce la voix off au début de chaque épisode. Mais Greg n'est pas millionnaire. Ça se voit. «J'ai gaffé quelquefois pendant l'émission. C'était fait exprès. Pour pas passer pour un fils à papa. Je suis pas né avec des fleurs dans le cul.» Greg dit des choses comme ça.

La vingtaine de beautés réunies dans une villa ne connaît pas la supercherie. Parmi elles, Greg doit trouver «l'élue de son coeur», comme on dit dans l'imagerie à l'eau de rose du programme. Le but de la manoeuvre: écarter celles qu'il déteste, «les femmes vénales». Les mots résonnent comme une litanie dans sa bouche. Sur l'écran des vendredis soir, dans le salon de TF 1 où il reçoit. Avant, même... «Au casting, il n'arrêtait pas de le répéter. Il épousait le concept alors qu'il ne le connaissait pas encore.» Angela Lorente, ex-rédactrice en chef du Loft (Endemol) débauchée par Gérard Louvin (Glem) pour l'Ile de la tentation l'an passé, est sous le charme. Elle s'y connaît, elle a découvert les pépites Loana et Jean-Pascal. Greg: «Quand j'ai appris le vrai principe, j'ai dit oui tout de suite.» Direction Ibiza. On est en avril 2003. Trois jours pour intégrer les rudiments de la vie de château de roman-photo: golf, cheval et dégustation de vin. Alors les filles arrivent. Elles restent trois semaines et puis il n'y en a plus que deux. Qui apprennent la tromperie originelle. Et enfin une seule. Première diffusion prévue le 6 juin. Greg ayant régulièrement tâté de la truelle depuis son adolescence, son vrai métier sera maçon, garanti France d'en bas. On tourne le générique où, à grands renforts de chemise à carreaux, de coups de masse et de kebab dégusté debout à la va-vite, on construit la vie d'un simple. «Ce chantier, je travaillais pas vraiment dessus. Ça fait pas mal de temps que je ne suis plus dans la maçonnerie. J'ai donné un coup de main à un pote une journée et ils ont filmé, ça nous a fait délirer. Mais j'ai été payé pour ce jour-là!» La machine à gonfler l'Audimat est lancée quand, patatras, Greg fait des révélations.

«J'ai été incarcéré 30 mois pour des conneries.» En terminale, il participe à un cambriolage d'usine foireux à plusieurs. Les lycéens écopent de sursis. Arrivé en fac d'anglais à Montpellier, il devient un habitué des raves de la région. Amateur d'ecstasys, d'acides. «Des gens te proposent des plans. Tu passes de consommateur à petit dealer et puis à gros dealer.» La vie déraille. Il est arrêté en novembre 1997. Sa date de sortie, il la connaît par coeur, évidemment: «Le 2 mai 2000.» Aujourd'hui, il assume et il regrette. La drogue aussi. Greg a des principes. Qui savait néanmoins? TF 1? La production? «Angela ne savait pas. Gérard non plus. On m'avait demandé mon casier avant le départ à Ibiza, j'ai gagné du temps. Ce n'est qu'au retour que je l'ai présenté.» Officiellement, la chaîne privée crise, ploie mais ne rompt pas. C'est l'opération rédemption. Le dernier épisode est construit pour que Greg s'explique face caméra. Faire monter la pression. Il a menti pour ne pas laisser passer sa chance.

L'enfance pourtant a été «belle, heureuse, dans une famille soudée», comme dans une pub Ricoré. Mère née en Espagne, secrétaire d'un psy, père d'origine italienne, quarante ans dans les travaux publics. Deux soeurs cadettes. Que faire de sa vie? Des rêves de gosse sorti de l'école des fans «pilote de chasse» , vite remisés au placard des illusions perdues pour cause de «très mauvaise vue». A Valréas dans le Vaucluse, «il fait bon vivre», faire «beaucoup de sport» et rêver à autre chose, pas trop fort cependant. «Je savais pas très bien ce que je voulais.»

A Montpellier, il entre en mannequinat. Puis Paris, « des photos, un clip, deux défilés». Ça commence à marcher «dans l'artistique» quand les ennuis se présentent. Sorti de prison, il s'installe définitivement dans la capitale. Barman, agent de sécurité, hôte d'accueil, vendeur de vêtements. «Qu'est ce que j'ai fait d'autre de marrant?», il ne se souvient plus. Il y en a eu tellement. Le retour de l'argent facile, ce sera sur scène. Il devient strip-teaser et gogo dancer. Au Queen, au VIP, aux Folies- Bergère, il goûte la vie de la nuit. Il tournera même une romance érotique. «L'argent, ça rentrait mais jamais régulièrement. Aujourd'hui, je suis toujours intermittent. Ils sont en train de nous griller nos droits. C'est déjà dur de trouver les cachets qu'il faut et c'est souvent au black qu'on bosse.» Pas question pour autant de s'aventurer sur le terrain politique. Il a perdu ses droits civiques avec sa condamnation mais quand il revotera, ce sera certainement blanc. Greg égrène ses goûts en forme de plus petit dénominateur commun: voitures, motos, fringues, bouffes, ciné, musique. Sa conception du couple est à l'avenant. Coeur d'artichaut, pas macho, juste mec. Qui claque son argent avant de l'avoir gagné. «J'ai toujours été bidon là-dessus. Il me faudra quelqu'un qui me gère.» C'est pour l'attaché de presse. Son physique est son gagne-pain de vie facile. La gueule est taillée à la serpe comme dans un dessin animé. «J'ai fait Tarzan dans un spectacle, l'année dernière à EuroDisney. J'ai adoré voir les sourires grands comme ça des gosses et des parents.» Il se passe la main dans les cheveux et dévoile ses muscles Chippendale en soulevant son marcel kaki. «Ça, j'y peux rien, je les tiens de mon père mais, pour le reste, je m'entraîne.» Ses abdos, les femmes en ont souvent eu peur et les hommes étaient jaloux. Greg a eu des problèmes. Des photos de lui circulent sur des sites gays? «Ça me flatte, on va faire Têtu!»

Etre en une des journaux people ne l'émeut pas. Il ne lit pas tout et, pour ses futurs enfants, voudrait qu'on lui concocte une revue de presse complète. «Au Monoprix hier, les gens me reconnaissaient. Ils veulent te toucher. Ça peut faire peur mais ils sont adorables. Je ne vais pas cracher dans la soupe.» Greg est timide, dit-il, il fait «le canard», la tête cachée dans les bras. Greg n'est pas habitué, mais voilà la vie comme elle va.

Il a, pour quelques jours, gagné au Loto, pourtant, le plus dur reste à venir. «Il est bon comédien puisqu'on a vu qu'il cachait encore plus que ce qu'il avait à cacher. Il me demandait souvent des conseils», confie Hervé Pauchon, acteur et majordome dans l'émission. Maintenant, celui qu'il décrit comme «touchant et paradoxalement honnête» compte «bosser avec Gérard» (Louvin), et veut bien sûr se lancer dans le cinéma. «Apparemment, la caméra m'aime bien, c'est ce qu'on m'a dit.» En revanche, il n'est pas prêt à tout. « Star Ac 'je l'aurais bien fait, mais je suis pas chanteur, j'aurais eu l'air d'un pitre.» Les mots sortent si vite. C'est Greg qui a dit ça? Le loft, par contre, jamais de la vie. «J'ai été en prison, j'aurais pas pu être enfermé comme ça.» La vie au grand air, la vie au soleil, c'est le seul objectif avoué. Si ça ne marche pas à la télé. Défrayé pour l'émission, il paye ses dettes pour donner naissance au «nouveau Greg». Il exhibe, sincère, les poils dressés de ses avant-bras quand il repense aux scènes d'élimination des candidates. Le soupçon de carapace derrière les phrases toutes faites ne tient pas. Il ne voit pas ce qu'il aurait à découvrir en visionnant toutes les émissions. Ce qu'il a dévoilé dans le jeu, c'est tout lui. D'ailleurs, «c'était pas un jeu».

© La Dernière Heure 2003