Télévision Certains acteurs ont, eux-mêmes, refusé de tourner certaines scènes jugées trop choquantes.

Imaginez-vous dans une version dystopique des États-Unis, pays de toutes les libertés qui bascule dans un régime totalitaire où des fondamentalistes religieux, à savoir les Fils de Jacob, ont pris le pouvoir. Devenue République de Gilead, cette nouvelle nation proclame les hommes supérieurs aux femmes qui sont, quant à elles, réduites à un rôle de servitude.

Ces dernières sont d’ailleurs réparties en quatre catégories : alors que les épouses assistent leur mari, les Marthas ont un rôle de bonne, les tantes forment les servantes, et, enfin, les servantes, habillées d’un manteau rouge et d’une coiffe blanche, sont, de leur côté, destinées à concevoir et à porter les enfants d’un couple dont elles sont la propriété et les esclaves sexuelles avant de passer dans les mains d’autres maîtres.

Dès les premières minutes, La servante écarlate (The Handmaid’s Tale, en VO), série adaptée du roman éponyme de Margaret Atwood (1985), a le don de nous retourner l’estomac. Les actes choquants dont sont victimes June (personnage principal interprété par Elisabeth Moss), rebaptisée Defred (nom de son "commandant", c’est-à-dire de son maître), et les autres servantes font froid dans le dos. Violées, torturées, rabaissées et arrachées à leurs proches, elles ne peuvent échapper, même si elles tentent toutes les ruses possibles et imaginables, à cette secte qui a pris le contrôle du pays et de leur vie.

Interrogé par Entertainment Weekly, Joseph Fiennes, interprète du très sombre commandant Fred Waterford, a d’ailleurs refusé de tourner une scène de la saison 2 où son personnage devait tromper sa propre femme. "Je suppose qu’à bien des égards, aussi odieux et désagréable que soit Fred, je dois défendre certaines de ses facettes" , explique l’acteur britannique que l’on a pu croiser dans le film Shakespeare in love. Il y a une scène où, après avoir rencontré Luke, le mari de June/DeFred, Fred devait violer Serena (son épouse, NdlR) dans une chambre d’hôtel. Mais, ça ne me disait rien. J’ai dû prendre le risque de refuser de le faire parce que je sentais que même si Fred est ce qu’il est, il est humain."

Une saison 3 en préparation

Véritable phénomène, La servante écarlate, arrivée en plein mouvement #Metoo, a, sans surprise, été renouvelée pour une troisième saison sur Hulu, plateforme de streaming qui devrait bientôt devenir une propriété Disney. Les souffrances des malheureuses servantes ne risquent donc pas de prendre fin même si, intérieurement, on souhaiterait le contraire…

© AFP

La série inspire les féministes argentines

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, La servante écarlate a fait le tour du monde et a, même, servi d’inspiration à de nombreuses activistes féministes argentines qui utilisent désormais la fameuse tenue de La servante écarlate pour symboliser la liberté et le droit des femmes.

Toutes vêtues du manteau à capuche rouge et d’une coiffe blanche, ces dernières ont manifesté devant le Congrès de Buenos Aires, capitale du pays sud-américain pour demander la légalisation de l’avortement.

Si le projet de loi a été adopté, avec beaucoup d’émotion, en première lecture, le 14 juin dernier, il devra toutefois être accepté par le Sénat très conservateur, le 8 août prochain, pour être définitivement validé. Voilà la raison pour laquelle les manifestations du genre fleurissent actuellement dans le pays dirigé par le républicain Mauricio Macri.

Ce n’est pas la première fois que le costume faisant référence à La servante écarlate est utilisé dans le cadre d’une manifestation. À de nombreuses reprises aux États-Unis, des femmes ont vêtu la tenue rouge pour dénoncer la réforme de la santé voulue par le président Donald Trump.