Télévision Ce dimanche soir, Emmanuel Macron a accordé une interview exclusive au présentateur de France 2 Laurent Delahousse. Un entretien pompeux selon la plupart des partis politiques et des journalistes.

Lumière tamisée, déambulation dans les couloirs de l'Elysée, proximité entre les deux hommes... Loin du traditionnel face à face callé dans un fauteuil, les Français ont pu assister à une toute autre interview du président. C'est ainsi que Laurent Delahousse et Emmanuel Macron sont passés de pièce en pièce de l'Elysée dans une certaine décontraction.


Même si l'éventail de thèmes évoqués était large (Syrie, code du travail, politique environnementale...), le fond n'a pas tellement retenu l'attention des téléspectateurs. La forme, par contre, fait l'objet de railleries. En effet, loin d'être informatives pour certains, les questions paraissaient peu pertinentes selon de nombreux politiciens et Français. C'est surtout le ton du journaliste vedette qui a interpellé la population, les politiques et les journalistes. Ce qu'il lui est reproché : les multiples tournures de phrase en faveur du président telles que "Vous avez provoqué une révolution", "Vous n’êtes pas seulement président, mais vous incarnez un nouveau leadership sur le capitalisme écologique", etc.

Un journaliste de Libération, dont les propos ont été fortement relayés dans la profession, n'a pas hésité à tacler l'intervieweur : "Laissez Michel Drucker faire ce travail".

Une phrase que Jean-Jacques Bourdin, journaliste star de BFM TV, a également voulu partager : "Monter ou descendre un escalier, c’est vrai que c’est un axe édito­rial. Michel Drucker l’au­rait mieux fait que Laurent Dela­housse. […] Quand on fait du jour­na­lisme, qu’est-ce qu’on fait ? Celui qui est en face doit répondre à des ques­tions précises. C’est comme ça que ça se passe. Sinon, ce n’est pas la peine. Sinon, eh bien, on fait la une d’un journal papier glacé. Il va falloir que l’Ély­sée comprenne que les inter­views complai­santes n’ont jamais servi personne !"

Certains confrères ont été plus virulents encore envers Laurent Delahousse, comme le journaliste de Reuters, Michel Rose : "L’une des questions les plus percutantes de l’interview de Macron : 'Voici le sapin de Noël dans la cour. C’est la fin de l’année, que voulez-vous dire aux Français - n’ayez pas peur ?'. Le pire du journalisme français déférent", a-t-il ironisé.


De nombreuses autres réactions ont afflué dans ce sens sur Twitter, comme celle de ce journaliste à Marianne.


L'ancienne journaliste radio de RTL Jérôme Godefroy s'est quant à lui étonné de la proximité physique entre les deux hommes. "C'est la première fois dans l'histoire de la télévision française qu'un président et son intervieweur se touchent. Oui, se touchent physiquement. Des petits gestes furtifs."


Mathieu Noël, écrivain et journaliste sur Europe 1, n'a pas non plus mâché ses mots, singeant un "Jean-Luc Delahousse de la Flagornette déambulant dans l'Elysée avec le président quasi main dans la main".

Frédéric Says, journaliste sur France Inter, a tout de même reconnu l'innovation de l'interview en mouvement mais regrette que "le ton compassé qui prévaut dans la plupart des grands entretiens des présidents n'a pas disparu. Etre debout n'empêche pas d'être au garde à vous".

Peu nombreux sont ceux qui ont tenté de prendre la défense du présentateur, comme Anne Rosencher, journaliste de L'Express : "Les médias - très corporatistes - répugnent à toute autocritique de la profession, mais adooorent le confrère-bashing. L'exact inverse serait plus sain".



21,4% pda

Du point de vue des audiences, l’entretien aura attiré 5,73 millions de téléspectateurs en moyenne (pour 21,4% de part d’audience), contre 7,62 millions pour le JT de TF1. En comparaison, le premier entretien présidentiel, plus classique, en octobre de cette année, avait rassemblé 9,5 millions de Français sur TF1, soit 36,6% des parts d'audience. Emmanuel Macron était alors face aux journalistes Anne-Claire Coudray, Gilles Bouleau et David Pujadas, qui lui avaient notamment demandé de se justifier sur ce style « jupitérien » qui l’avait fait plonger dans les sondages.