Télévision L’animateur de C’est vous qui le dites ! est une nouvelle fois pris à partie par les politiques… Mais aussi en interne.

Depuis qu’il a pris les commandes de C’est vous qui le dites ! , émission phare sur l’antenne de Vivacité (RTBF), Benjamin Maréchal ne s’est pas fait que des amis. Il est régulièrement qualifié de populiste quand il n’est pas accusé de racisme. L’animateur le sait, il est devenu une cible et s’en accommode un peu. Mais ces derniers mois, les attaques se sont faites plus violentes.

Dernier épisode en date, une lettre ouverte intitulée "Buzz ou dignité ?". Elle est l’œuvre d’un collectif s’indignant de la récupération par Benjamin Maréchal de la mort d’un scout fauché par une voiture à Pecq, le 17 novembre. L’animateur de Vivacité aurait utilisé ce drame pour poser à ses auditeurs une question jugée "absurde, tant elle est dénuée d’intérêt en termes d’information, et ignoble par l’effet qu’elle ne manque pas d’avoir" sur tous les proches de la victime. Les signataires demandent à Jean-Claude Marcourt (PS), ministre en charge des Médias, ainsi qu’aux parlementaires de la commission média, "d’agir pour que la récupération d’une tragédie pour faire le buzz à n’importe quel prix ne soit plus possible dans le cadre d’un média du service public."

Si l’animateur de Vivacité s’est défendu en expliquant avoir orienté le débat de son émission autour de la sécurité routière, tout le monde à la RTBF ne l’a pas entendu de la même oreille. En particulier Bertrand Henne, journaliste de la Première, autre radio de la RTBF. Sur sa page Facebook, celui-ci a partagé la lettre ouverte, et y a ajouté le commentaire suivant : "Ce type est une insulte au service public".

Suite à cette polémique, il convient de distinguer deux choses : d’une part la manière avec laquelle est conduite l’émission C’est vous qui le dites !, d’autre part l’attaque d’un membre de la RTBF à l’encontre d’un de ses collègues.

Cette seconde question a été rapidement tranchée en interne et l’affaire est close nous dit-on. Bertrand Henne a été convoqué par sa hiérarchie, ce qu’il a confirmé sur sa page Facebook. "J’ai donc rencontré l’administrateur général à sa demande […] Cette rencontre s’est bien passée […] Il n’a à aucun moment été question de sanctions ou d’un blâme à mon encontre comme j’ai pu le lire par ailleurs […] Fin, pour moi, de la polémique publique." Fin de la polémique ? Publique peut-être mais pas en tant que telle. À l’heure d’écrire ces lignes, le commentaire de Bertrand Henne a disparu de sa page Facebook, pas le partage de la lettre ouverte… C’est aussi oublier le clivage que suscite l’animateur de C’est vous qui le dites ! au sein du service public. Pour qui fréquente un tant soit peu les couloirs du boulevard Reyers, c’est un secret de Polichinelle : il y a bien deux clans au sein de la maison. Les réseaux sociaux fourmillent de messages qui en témoignent.

S’agissant de la lettre ouverte, l’affaire est désormais entre les mains du service juridique de la RTBF qui ne fait pas d’autres commentaires. Le service public réserve ses arguments aux parlementaires qui lui ont adressé des questions, ainsi qu’au CSA qui s’est fendu d’un courrier sur le sujet. Il nous revient cependant que la direction de la RTBF a écouté à plusieurs reprises l’émission mise en cause dans la lettre ouverte et qu’elle n’a pas détecté d’erreurs ou de fautes dans le chef de Benjamin Maréchal et/ou de son équipe.

Ce n’est pas la première fois que le politique s’intéresse de près à C’est vous qui le dites ! et à son animateur. En mars dernier, la députée MR Patricia Potigny l’avait évoquée à l’occasion d’une audition parlementaire. Elle avait formulé des réserves à l’encontre du programme, reprochant à Benjamin Maréchal d’avoir des "jugements assez catégoriques et sans ouvertures […] Il lance une idée sans possibilité de débattre. Les personnes qu’il interroge n’ont pas forcément de connaissances sur le sujet traité. Donc, au final, on se demande si son émission amène vraiment quelque chose d’intéressant au service public." Des critiques du monde politique qui sont proférées alors que le nouveau contrat de gestion est en cours de négociation.


"C'est vous qui le dites" sur Vivacité fait l'objet d'une instruction du CSA

"Rouler au-delà de 60-70km/h quand on approche une troupe de scouts, c'est forcément un risque ou pas toujours?" Deux jours après la mort accidentelle d'un jeune scout percuté par une voiture à Pecq, l'émission "C'est vous qui le dites" posait en ces termes la question à ses auditeurs de la radio Vivacité (RTBF). Alors que des proches de la victime se sont indignés dans une lettre ouverte de "l'indécence" de cette émission animée par Benjamin Maréchal et qu'une pétition a été lancée, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a reçu trois plaintes. Une instruction a été ouverte, annonce jeudi l'autorité de régulation. Pour les plaignants, l'émission diffusée le 20 novembre dernier "exploite la mort d'un enfant" pour "faire le buzz", sans aucune décence par rapport à "la douleur des parents, de la famille et des proches du jeune enfant décédé", résume le CSA.

Son secrétariat d'instruction, soit son organe chargé de traiter les plaintes et de conduire une enquête lorsqu'il suspecte une infraction, a décidé d'ouvrir une instruction. Il a adressé à la RTBF une série de questions sur le respect de la dignité humaine.

Si, à l'issue de ses investigations, il estime qu'il y a bien infraction, il transmettra un dossier à l'instance décisionnelle du CSA qui pourra, si elle aboutit à la même conclusion, prononcer une sanction.

L'émission "C'est vous qui le dites", diffusée tous les matins sur Vivacité, existe depuis plus de 10 ans. Succès d'audience, elle est régulièrement sous le feu des critiques, ses détracteurs la qualifiant de poujadiste. "On reçoit souvent des plaintes pour cette émission", confirme d'ailleurs le CSA.