Télévision

Daniel est le policier qui a abattu Human Bomb en 93. Il joue son propre rôle dans le docu-fiction diffusé sur RTL à 21 h 10

PARIS Il s'appelait Erick Schmitt. Mais il restera surtout connu sous le nom de HB, alias Human Bomb. Le 13 mai 1993, chargé d'explosifs, il pénètre dans une classe maternelle de Neuilly et menace de tout faire sauter. 46 heures plus tard, les policiers font irruption et libèrent les derniers enfants. HB, lui, est tué durant l'intervention. Légitime défense de la part de la police ou liquidation de sang-froid ? Près de 15 ans plus tard, Daniel Boulanger, l'homme qui a abattu HB, interprète son propre rôle dans un docu -fiction diffusé par RTL-TVi. Il revient avec nous sur la genèse des événements.

Comment avez-vous réagi lorsqu'on vous a proposé de reprendre votre propre rôle pour la télé ?

"Ça s'est fait petit à petit. Au départ, je n'avais pas l'intention de jouer dedans. Je devais servir uniquement de conseiller technique sur le tournage. Puis, on en est venu à la conclusion que c'était plus simple que j'interprète moi-même le personnage plutôt que de demander à des acteurs d'essayer de reproduire les bons gestes. Ce n'était évidemment pas très joyeux à jouer, mais je l'ai fait car je pensais que ça apporterait plus de véracité."

Ce tournage a dû raviver des souvenirs...

"J'avais fait des efforts pour oublier ce qui s'était passé et aller de l'avant. Lorsque ça s'était produit, j'étais évidemment heureux que les enfants avaient pu être libérés, mais il y avait eu aussi mort d'homme. Tirer sur quelqu'un n'est jamais anodin. Ce n'est pas comme dans les films. Pour faire le bien, on fait le mal. Je l'ai très mal vécu à l'époque. Je n'ai pas dormi les premières nuits. Puis, j'ai réussi à me convaincre que ce que j'avais fait était la meilleure solution."

Que s'est-il réellement passé ce matin-là ? On sait que HB avait été endormi avec un produit dans son café, mais vous l'avez pourtant abattu de 3 balles en pleine tête...

"L'idée de base, c'était de libérer tous les enfants pendant qu'il était endormi et ensuite de partir. Il se serait retrouvé seul dans la classe avec ses explosifs. Mais il s'est réveillé. J'étais au plus près de lui. Il avait le bras gauche étendu avec sa main dans un sac. Est-ce qu'il entendait quelque chose ? Toujours est-il qu'il a ouvert les yeux et qu'il a fait un mouvement vers l'avant. J'ai alors tiré trois fois. Dans ce genre de cas, on sait que si on doit tirer, c'est au cerveau. C'est le seul moyen d'arrêter instantanément un individu, d'autant qu'il avait des explosifs."

Comment expliquez-vous qu'il se soit réveillé ?

"Visiblement, il n'a pas bu le café et, de toute façon, le produit qui avait été mis dedans ne pouvait pas l'endormir mais seulement le détendre."

Dans le docu -fiction, on ne montre pas HB lorsque vous l'abattez. Impossible de savoir s'il bouge...

"J'ai découvert ça en voyant le téléfilm. Mais je comprends. Ça permet au réalisateur de ne pas prendre parti..."

Une énorme polémique a suivi la mort de HB. Sa famille a porté plainte pour homicide volontaire !

"C'est vrai, ça n'a pas été simple à vivre. Vous passez du jour au lendemain de statut de héros à celui d'accusé. Mais le juge a conclu au non-lieu."

Pour vous, le docu -fiction est globalement fidèle à la réalité ?

"Oui, mais c'est assez compact. On ne montre pas la fatigue. Ça a duré 46 heures. Vous avez les reins cassés par le gilet pare-balles, vous avez mal à la tête à cause du casque. On ne voit pas non plus les moments où HB pète les plombs. C'est pour ça que j'ai décidé d'écrire un livre, Le jour où j'ai tué HB, qui sort cette semaine chez Hachette et qui me permet de compléter ce qui s'est passé, ainsi que de rendre hommage aux policiers du Raid."

Vous avez désormais 55 ans et vous êtes à la retraite...

"Exact. Mais je ne vais pas rester inactif. Je vais partir en Afrique pour faire de la lutte contre le braconnage."



© La Dernière Heure 2007