Télévision

Mais la chaîne peine à innover

BRUXELLES Après un premier semestre difficile, TF1 a retrouvé quelques couleurs à l'automne avec des audiences qui résistent mais la chaîne leader, sous le coup d'un vaste plan d'économies, peine toujours à innover dans ses programmes.

Le groupe TF1 a été secoué par le départ précipité fin octobre d'Axel Duroux, l'ex-patron de RTL, débauché pour seconder Nonce Paolini. La rédaction, en proie à un certain malaise depuis quelques mois, l'a mal vécu, Axel Duroux ayant, en à peine six semaines, "suscité un espoir".
Une pétition de 250 signatures - fait rare dans la filiale de Bouygues - a ensuite dénoncé la dégradation des conditions de travail sur fond de rapprochement avec LCI.

Sur le front des audiences en revanche, l'horizon s'éclaircit un peu.
La chaîne dirigée par Nonce Paolini subit depuis 2005 une érosion continue de son audience, due à la montée des petites chaînes de la TNT. Cette dispersion des téléspectateurs touche toutes les chaînes historiques mais TF1 tombe de plus haut, tournant autour de 26% de part d'audience contre 30% il y a deux ans, 40% il y a dix ans.

Dans un contexte de crise aigüe de la publicité, ses résultats financiers ont dégringolé les six premiers mois de l'année, poussant Nonce Paolini à décréter un plan d'économies de 70 millions d'euros.
Mais cet été, Secret Story a requinqué les audiences et les scores de l'automne sont plutôt bons. Fait notable, entre octobre 2008 et octobre 2009, elles sont restées stables (26,2%).

"On observe une résistance mais c'est encore trop tôt pour parler de redressement", analyse Valérie Ghezail, de l'agence de conseil Havas Médias.
La position du numéro un du PAF - et première chaîne d'Europe - n'est pour l'heure "pas menacée", estime Philippe Bailly de NPA Conseil. "Ils gardent un moral de vainqueur", dit le sociologue François Jost.

TF1 mène une politique assez offensive sur le web avec plusieurs nouveautés, comme son portail de télévision, maintenant ainsi un lien avec le public jeune qui a tendance à délaisser la télé au profit de la toile.
"Depuis la refonte de TF1.fr notre audience a augmenté de 25%", se félicite Olivier Abecassis de e-TF1.

En parallèle, TF1 cherche à rattraper son retard sur la TNT gratuite avec le rachat de NT1 et de TMC. Cette opération, si elle aboutissait, lui permettrait de "compléter ses audiences", selon Philippe Bailly.
Côté programmes, la Une se dit "à la reconquête" sur certaines cases horaires stratégiques, notamment l'avant-soirée.

Le jeu "Tournez Manège", émission des années 1980 remise au goût du jour, a démarré cahin-caha mais gagne des téléspectateurs depuis son lancement en octobre (3,3 millions en moyenne). La "Roue de la Fortune", autre remake, enregistre aussi de bonnes performances.

Cette reprise de vieilles recettes semble payer mais elle témoigne d'une faible innovation. "Les succès sont beaucoup à base de séries américaines, de jeux... Le foot marche, mais à quel prix!", regrette Valérie Ghezail.
"Ils ne veulent pas brusquer", résume François Jost. Le nouveau magazine d'Harry Roselmack, en immersion dans une cité, a par exemple été programmé à 23h00.
A TF1, on parle d'un "renouvellement maîtrisé" de la grille, comme en témoigne leur dernière fiction "Mes amis, mes amours, mes emmerdes".
"Ils ne bougent pas grand chose. On a eu dix épisodes des Experts en une semaine", déplore Thierry Moreau, directeur de la rédaction de Télé 7 Jours. Pour lui, Axel Duroux, "qui savait faire du populaire de qualité, aurait pu bousculer les schémas".

© La Dernière Heure 2009